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Leslie Chats with Anne-Sophie Corbeau on China’s LNG Pivot, Transatlantic Tensions, and the Future of Russian Gas in Europe

Energy Vista
Energy Vista

170 plays · May 31, 2025

Transcript

lpaltiguzman: Welcome to Energy Vista, a podcast on energy issues, personal and professional trajectories.

lpaltiguzman: I'm your host, Leslie Palti-Guzman.

lpaltiguzman: It's May 28th, 2025, and time for a new Energy Vista episode.

lpaltiguzman: Today, I'm exchanging with Anne-Sophie Corvo, a Global Research Scholar at the Center of Global Energy Policy at Columbia University.

lpaltiguzman: Elle est une experte d'énergie et d'énergie.

lpaltiguzman: Anne-Sophie a plus de 20 ans d'expérience dans l'industrie énergie et est une experte de la monde-famous et reconnaissante sur le gaz naturel.

lpaltiguzman: La continuation de ce podcast sera en français.

lpaltiguzman: Bonjour Anne-Sophie.

Anne-Sophie Corbeau: Bonjour Leslie, comment ça va?

Anne-Sophie Corbeau: Exactement.

lpaltiguzman: Merci de te joindre à moi.

lpaltiguzman: Je suis ravie qu'on fasse cet épisode et en français.

lpaltiguzman: C'est comme ça qu'on échange quand on se parle, donc il n'y a pas de raison qu'on le fasse autrement aujourd'hui.

lpaltiguzman: Et je t'avoue que toutes les deux, on garde un petit accent tenace quand on parle anglais, donc je pense que ce sera plus fluide de toute façon et plus agréable à nous écouter.

lpaltiguzman: Bon, moi, ça fait 20 ans que j'habite aux États-Unis, 20 ans cette année d'ailleurs.

lpaltiguzman: Donc, je trouve ça toujours un peu plus dur pour moi, en fait, de parler énergie en anglais, parce que tout le jargon de l'énergie se fait en anglais, et puis mes conversations en énergie sont en anglais.

lpaltiguzman: Mais c'est bien, ça me fait travailler, mon cerveau.

Anne-Sophie Corbeau: Exactement.

Anne-Sophie Corbeau: Mais c'est pareil pour moi, même si j'habite en France, finalement, parce qu'en fait, l'anglais, c'est ma deuxième langue étrangère.

Anne-Sophie Corbeau: Ma première langue étrangère, c'est l'allemand et ma langue maternelle, naturellement, c'est le français.

lpaltiguzman: ouais mais t'es d'accord que tu vois quand on dit spot cargos il y a beaucoup de vocabulaire qui se traduit pas très bien en français et de façon souvent plus facile d'utiliser l'anglais ouais exactement

Anne-Sophie Corbeau: Donc, en fait, je suis venue relativement tard et la plupart de mon vocabulaire technique, étant donné que j'ai étudié en Allemagne, c'était l'allemand.

Anne-Sophie Corbeau: Donc, quand j'ai commencé à travailler en fait en anglais, c'était assez compliqué.

Anne-Sophie Corbeau: Oui, on fait du front-leash.

Anne-Sophie Corbeau: Toujours.

Anne-Sophie Corbeau: Exactement.

lpaltiguzman: Donc voilà, ce n'est pas pour montrer que je parle bien anglais, c'est juste parce que c'est parfois ce qui vient plus vite à l'esprit.

lpaltiguzman: Donc, tu reviens de Chine.

lpaltiguzman: Tu étais à une grande conférence.

lpaltiguzman: Quelles sont tes impressions?

lpaltiguzman: On parle beaucoup du marché chinois en ce moment, d'un ralentissement, surtout par rapport possible au gaz, parce que la Chine a de plus en plus d'énergie non thermique.

lpaltiguzman: pour produire l'électricité, nucléaire, solaire, éolien.

lpaltiguzman: Et en même temps, ils gardent le charbon et ils produisent de plus en plus de charbon.

lpaltiguzman: Alors, quelle perspective tu vois sur la place qui restera pour le gaz dans les prochaines années, dans ce mix?

lpaltiguzman: En même temps, l'année dernière, la Chine a importé 80 millions de tonnes à peu près de GNL.

lpaltiguzman: C'était un record pour le pays?

lpaltiguzman: 8% de plus que l'an dernier.

lpaltiguzman: Donc, des sources d'optimisme, des sources de pessimisme, qu'est-ce que tu en penses?........................

Anne-Sophie Corbeau: Moi, je suis toujours un petit peu une voix dissonnante dans l'industrie.

Anne-Sophie Corbeau: C'est pour ça que les gens aiment en fait se positionner par rapport à moi.

Anne-Sophie Corbeau: Alors effectivement, la conférence mondiale du gaz la semaine dernière en Chine, à Pékin, sans aucune surprise, les messages étaient relativement optimistes quant à la place du gaz et la trajectoire de la demande du gaz en Chine.

Anne-Sophie Corbeau: C'est assez intéressant parce qu'il faut reconnaître aussi que les importations de gaz naturel liquéfiées cette année sont en chute libre.

Anne-Sophie Corbeau: On n'a pas encore les chiffres finaux pour mai, mais je pense que ça va suivre la même trajectoire que les mois précédents, c'est-à-dire qu'en grosso modo, on va avoir moins 20% par rapport à l'année dernière.

Anne-Sophie Corbeau: Donc, on a vraiment des importations de GNL qui sont assez faibles cette année.

Anne-Sophie Corbeau: Et ça fait penser effectivement que la demande future de gaz en Chine et notamment les importations de GNL ne sont peut-être pas sur une trajectoire aussi linéaire qu'un certain nombre de personnes aimeraient le penser.

Anne-Sophie Corbeau: Alors, il y a vraiment trois secteurs qui sont totalement différents en Chine et je pense que c'est vraiment important de faire cette différence.

Anne-Sophie Corbeau: On a d'une part le secteur résidentiel et sur la période, je dirais, de la fin des années 2010, on a eu en fait des initiatives du gouvernement pour passer du reste du charbon vers le gaz et l'électricité et ça a naturellement déclenché une croissance assez importante de la demande de gaz

Anne-Sophie Corbeau: dans le secteur résidentiel et tertiaire.

Anne-Sophie Corbeau: D'ailleurs, on voit que c'est un secteur très important et on a de fortes fluctuations de cette demande entre la période hivernale et la période de l'été.

Anne-Sophie Corbeau: Donc ça, c'est un secteur

lpaltiguzman: Et cette initiative, ça faisait partie du ciel bleu, un peu nettoyer le ciel et faire moins de savon?

Anne-Sophie Corbeau: Oui, ça venait effectivement un petit peu dans cet après-midi, parce qu'effectivement, il y avait eu un reportage, je ne sais pas si beaucoup de gens l'avaient vu, en 2015, qui avait vraiment interpellé, ça avait été fait par une journaliste chinoise, et en fait, elle s'était rendue compte qu'on ne voyait pratiquement jamais le ciel.

Anne-Sophie Corbeau: Et donc, après cela, il y a eu effectivement cette poussée pour essayer de passer du gaz, enfin du charbon vers le gaz, à la fois dans le secteur résidentiel et aussi dans le secteur de l'industrie.

Anne-Sophie Corbeau: Et ça a été fait.

Anne-Sophie Corbeau: Et ça a été en fait un véritable moteur de croissance pour ces deux secteurs et pour la demande de gaz dans ces deux secteurs.

Anne-Sophie Corbeau: Là où je pense qu'il y a beaucoup plus d'incertitudes et en fait où je vois le plus de différences entre les différentes prévisions, entre ceux qui sont bullish et bearish en fait sur le

Anne-Sophie Corbeau: La demande de gaz en Chine, c'est le secteur de génération d'électricité.

Anne-Sophie Corbeau: La part du gaz, elle est minuscule.

Anne-Sophie Corbeau: C'est 3%, grosso modo.

Anne-Sophie Corbeau: Mais le problème, c'est qu'on a un marché qui fait 10 000 TWh.

Anne-Sophie Corbeau: La demande d'électricité en Chine, c'est 10 000 TWh.

lpaltiguzman: Et un marché qui va potentiellement peut-être grandir avec les voitures électriques, avec les centres de données et tout ça là pour...

Anne-Sophie Corbeau: Exactement.

Anne-Sophie Corbeau: Exactement.

Anne-Sophie Corbeau: Et ce que la plupart des gens semblent oublier, c'est qu'en fait la Chine, en termes de taux d'électrification, est beaucoup plus avancée que la plupart des autres pays, même les pays développés comme l'Europe ou les États-Unis.

Anne-Sophie Corbeau: D'ailleurs, on a publié juste hier avec une de mes collègues, Tatiana Mitrova, un petit article un petit peu provocateur sur Petrostate contre Electrostate, et en particulier l'Electrostate, c'est la Chine.

Anne-Sophie Corbeau: qui est en train d'électrifier son économie, mais qui le fait aussi sur la base d'énergies renouvelables.

Anne-Sophie Corbeau: Ils ont déjà atteint leur objectif 2030 en termes de déplacement des énergies renouvelables, 1200 gigawatts.

Anne-Sophie Corbeau: Ils développent très, très rapidement aussi l'énergie nucléaire.

Anne-Sophie Corbeau: Donc cette électrification, elle se fait de plus en plus sur la base d'une énergie propre.

Anne-Sophie Corbeau: Alors c'est vrai qu'il y a le charbon, on continue à construire du charbon, mais le gaz, c'est très, très faible.

Anne-Sophie Corbeau: Et en fait, le gaz a surtout un rôle

Anne-Sophie Corbeau: d'ajustement par rapport aux énergies renouvelables et d'être là si, par exemple, on a une sécheresse qui avait été le cas en 2021 et donc avait généré dans le sud du pays une demande accrue au niveau de la demande de gaz au secteur de génération d'électricité.

Anne-Sophie Corbeau: Mais moi, ce que ça me dit, c'est qu'en fait, on risque dans le futur d'avoir une demande de gaz naturel défié qui risque d'être en fait très variable.

Anne-Sophie Corbeau: Et en fonction des aléas climatiques et du développement des énergies renouvelables,

Anne-Sophie Corbeau: Peut-être qu'une année, ça sera important et peut-être qu'une année, ça sera beaucoup moins important.

Anne-Sophie Corbeau: Et cette année, ce qu'on voit sur le début de l'année, c'est quand même des chiffres assez dramatiques de moins 20%.

Anne-Sophie Corbeau: Moins 20% sur pratiquement les cinq premiers mois.

lpaltiguzman: Et d'ailleurs, ça se passe, non?

lpaltiguzman: Ça se traduit dans les récents discours de chefs de boîtes d'énergie qui, à l'époque, il n'y a pas très longtemps, les Eldorados, c'était la Chine, le marché chinois.

lpaltiguzman: On allait envahir le marché chinois du GNL et plus récemment, c'est les centres de données.

lpaltiguzman: J'ai l'impression qu'on passe un Eldorado à un autre.

lpaltiguzman: en termes de où est-ce qu'on va, quel débouché on va trouver pour toute la nouvelle production de Genelle qui va arriver sur le marché dans les prochaines années, à partir de l'année prochaine.

Anne-Sophie Corbeau: Exactement.

lpaltiguzman: Voilà.

Anne-Sophie Corbeau: D'où l'intérêt de regarder pas seulement vers la Chine, mais de regarder aussi vers d'autres pays en redéveloppement, notamment l'Inde, notamment les pays d'Asie du Sud-Est.

Anne-Sophie Corbeau: Mais là, l'équation, elle est totalement différente.

Anne-Sophie Corbeau: C'est-à-dire qu'il va falloir qu'on ait des importations de gaz naturel égéfiés qui soient un coût abordable, parce qu'on sait très bien que l'Inde n'est pas très intéressée par des prix à 10-12 dollars par ml du Tiu.

Anne-Sophie Corbeau: Les pays d'Asie du Sud-Est, c'est pareil.

Anne-Sophie Corbeau: Et en fait, on a vraiment cette compétition entre le charbon

Anne-Sophie Corbeau: le charbon à venir, mais aussi le charbon existant.

Anne-Sophie Corbeau: Et le charbon existant, si les prix du gaz et du GNL sont de copes élevés, on peut totalement oublier le fait que ce charbon existant va être déplacé par le gaz naturel qu'est fié.

Anne-Sophie Corbeau: C'est complètement inconcevable.

Anne-Sophie Corbeau: Donc, il va falloir prendre ça en compte.

lpaltiguzman: Un autre point pour la Chine et pour le gaz, c'est que la Chine a le choix.

lpaltiguzman: Ils ont beaucoup de pipelines d'importation d'Asie centrale, de la Russie.

lpaltiguzman: Ils ont le GNL de plusieurs pays.

lpaltiguzman: Et ils ont surtout une production domestique qui est souvent sous-estimée et qui continue d'augmenter.

Anne-Sophie Corbeau: Totalement.

Anne-Sophie Corbeau: Totalement.

lpaltiguzman: Et donc, ça a mis avec le reste le fait qu'ils ont d'autres énergies.

Anne-Sophie Corbeau: Absolument.

lpaltiguzman: Ça fait que le gaz a peut-être un rôle plus faible à jouer dans le futur.

lpaltiguzman: En tout cas, le GNL.

Anne-Sophie Corbeau: Oui, les gens oublient.

Anne-Sophie Corbeau: Les gens oublient.

Anne-Sophie Corbeau: Et en fait, très souvent, tu sais, quand je fais des cours sur le gaz, je pose la question, en fait, est-ce que vous pensez que la Chine est parmi les cinq premiers producteurs mondiaux de gaz, les dix premiers ou les quinze premiers?

Anne-Sophie Corbeau: Et en général, j'ai souvent la réponse,

Anne-Sophie Corbeau: les gaz premiers.

Anne-Sophie Corbeau: Ben non, la Chine est le quatrième producteur de gaz au monde.

Anne-Sophie Corbeau: C'est plus important que la Norvège, c'est plus important que le Qatar.

lpaltiguzman: et quand tu prends l'Afrique le continent africain tout ensemble c'est presque à la hauteur du continent africain donc c'est énorme

Anne-Sophie Corbeau: Ils sont juste derrière les États-Unis, la Russie et l'Iran.

Anne-Sophie Corbeau: Voilà.

Anne-Sophie Corbeau: Énorme, absolument.

Anne-Sophie Corbeau: Et il suffit qu'en fait, le président Xi Jinping dise aux national companies « Bon, vous produisez davantage cette année parce qu'on a des problèmes et en général, ça réagit immédiatement ».

Anne-Sophie Corbeau: Et je pense qu'il y a un autre aspect qui n'est pas forcément très étudié ou dont on n'entend pas trop parler, c'est le biomethane.

Anne-Sophie Corbeau: À mon avis, il y a aussi un potentiel au niveau de ce pays.

Anne-Sophie Corbeau: Alors, la NDRC avait donné comme objectif 20 milliards de mètres cubes à l'horizon 2030.

Anne-Sophie Corbeau: Je ne pense pas que ça sera atteint parce que de toute façon, ils sont pratiquement à des niveaux très très faibles.

Anne-Sophie Corbeau: Mais si un jour les responsables chinois se disent finalement on a un potentiel

Anne-Sophie Corbeau: On va aller aussi vers le biométal, ça veut dire que potentiellement, il y a quelques trains d'équifaction qui vont passer ailleurs, qui ne vont pas avoir de débouchés en Chine.

Anne-Sophie Corbeau: Et ça, c'est important, parce que vraiment, dans l'esprit des Chinois, il y a sécurité des approvisionnements, et donc avoir notre gaz à nous, domestique, et essayer de ne pas être trop dépendant des importations, et diversifier ces importations aussi.

lpaltiguzman: Tout à fait, il y a toujours une dimension géopolitique là où traditionnellement la Chine n'a jamais voulu être plus dépendant de 10% de n'importe quel producteur étranger.

lpaltiguzman: Oui.

Anne-Sophie Corbeau: dont la Russie, et c'est pour ça qu'il y a beaucoup de gens qui disent « Ah oui, Power of Siberia 2 ».

Anne-Sophie Corbeau: Alors, on a déjà Power of Siberia 1, on a aussi le nouveau gazoduc qui va être construit, qui vient sur l'est, donc les deux ensemble, ça va faire 50 milliards de mètres cubes.

Anne-Sophie Corbeau: Déjà, la demande de gaz actuelle, elle est autour de 430 milliards de mètres cubes, on va très certainement atteindre assez rapidement les 500,

Anne-Sophie Corbeau: Mais je doute qu'il y ait de l'appétit de la part des dirigeants chinois ou des compagnies chinoises pour signer pour un nouveau gazoduc qui ferait aussi 50 milliards de mètres cubes.

Anne-Sophie Corbeau: Donc, ça voudrait dire que la Chine aurait plus de 100 milliards de mètres cubes venant de la Russie.

Anne-Sophie Corbeau: C'est compliqué cette dépendance quand même.

lpaltiguzman: Surtout que si l'Europe dont on va parler dans le reste de la conversation se met à ne plus importer du gaz russe, beaucoup de ce gaz ira en Chine par le GNL, que ce soit Yamal ou Arctic, au moins pendant les mois d'été, la route du Nord.

lpaltiguzman: Donc c'est le pipeline plus le GNL russe.

Anne-Sophie Corbeau: Exactement, exactement.

lpaltiguzman: Oui.

Anne-Sophie Corbeau: Alors, pour autant que les nouveaux projets russes de GNL, donc Article NG2 dont tu as parlé, puissent véritablement démarrer, puisque pour le moment, ce projet, il est sous sanction.

Anne-Sophie Corbeau: Le projet Yama, lui, continue à fonctionner.

Anne-Sophie Corbeau: Mais on a en fait, sur les quatre projets que la Russie a, qui fonctionnaient l'année dernière, on en a déjà deux, les petits projets européens.

Anne-Sophie Corbeau: qui sont plutôt vers l'Europe, Portovalia et Vizoc, qui eux se sont arrêtés, c'est petit, c'est 3 milliards de mètres cubes ensemble, mais ils se sont arrêtés en février.

Anne-Sophie Corbeau: On n'en a plus que deux qui fonctionnent, on a Sakhalin qui est complètement à l'est de la Russie et Yamal qui est au nord-ouest, ces deux-là continuent à fonctionner, mais c'est tout.

Anne-Sophie Corbeau: Et donc le projet Arctic LNG2, qui est techniquement opérationnel lorsqu'il s'agit du premier train et potentiellement du deuxième train, lui est à l'arrêt sous sanction.

lpaltiguzman: Apparemment, il y avait des rumeurs qui recommençaient plus ou moins à produire parce qu'il y avait du flaring qui se passait.

lpaltiguzman: À voir.

Anne-Sophie Corbeau: À voir, je pense qu'en fait, on teste, tu vois, je pense que Poutine est en train de mettre un orteil dans l'eau et voir est-ce que je peux redémarrer ou pas.

lpaltiguzman: Oui.

Anne-Sophie Corbeau: Sauf que là, le président Trump est totalement furieux contre lui parce qu'il n'a toujours pas sa paix en Ukraine et qu'il pense que les choses traînent un petit peu parce qu'il n'a pas eu la paix en 24 heures qu'il désirait.

Anne-Sophie Corbeau: Et si j'étais Poutine, je serais quand même assez prudent sur le redémarrage d'Arctique et de l'NG2.

lpaltiguzman: Oui, il n'y a pas vraiment de débouchés pour ces cargos à l'heure actuelle.

lpaltiguzman: Et j'ai travaillé pour une boîte de Geospatial Intelligence et on peut voir exactement où sont les cargos, combien de temps ils restent sur place, est-ce qu'ils font des transactions illégales, du spoofing et tout le tralala.

lpaltiguzman: Donc, il y a les yeux sur ces cargos.

Anne-Sophie Corbeau: Exactement, exactement.

lpaltiguzman: Merci.

Anne-Sophie Corbeau: Et c'est beaucoup plus facile de repérer un méthanier parce qu'il y en a quand même bien moins qu'un gros pétrolier.

Anne-Sophie Corbeau: Et donc, c'est assez facile de voir...

Anne-Sophie Corbeau: Ah tiens, celui-là, en fait, il a transporté sa cargaison sur un autre métallier et c'est pour ça, en fait, que les huit cargos qui ont été envoyés par article MG2, finalement, ne sont jamais arrivés à quelque destination ce soir.

lpaltiguzman: Exactement.

lpaltiguzman: Donc on est plutôt d'accord sur la Chine.

lpaltiguzman: Voyons si on est d'accord sur l'Europe.

lpaltiguzman: Donc la Commission européenne a réitéré sa vision d'une sortie totale du gazoleuse d'ici 2027.

lpaltiguzman: Est-ce que tu crois que c'est réaliste et à quel prix?

Anne-Sophie Corbeau: Alors moi, j'ai vu le document, je l'ai lu et je me suis dit, tout ça pour ça.

Anne-Sophie Corbeau: En fait, ça fait quand même deux ans et demi qu'on parle sérieusement de se débarrasser non seulement du gaz par gaz au Ducrus, mais aussi du GNL russe, parce qu'en fait, depuis la crise, nos importations de GNL russe n'ont fait qu'augmenter.

lpaltiguzman: Oui, et alors l'année dernière, c'était quand même 19% des importations globales de gaz en Europe, juste après la Norvège, et à peu près au même niveau que les États-Unis.

Anne-Sophie Corbeau: Et la seule chose

lpaltiguzman: Je crois que les États-Unis, c'était 20% peut-être, et la Russie, 19%.

Anne-Sophie Corbeau: Voilà, parce que tu comptes en fait à la fois le gaz par gazoduc et le GNL russe.

lpaltiguzman: Merci.

Anne-Sophie Corbeau: Grosso modo, on était autour de 50 milliards de mètres cubes à la fois pour tout le gaz russe et pour le GNL américain, c'est tout à fait exact.

Anne-Sophie Corbeau: Mais en fait, depuis début 2023, depuis le moment où on avait dit à propos, vous savez, vous apportez de plus en plus de GNL russe,

Anne-Sophie Corbeau: On a très bien entendu un certain nombre d'officiels de la Commission européenne et un certain nombre de ministres, notamment Mme Teresa Rivera qui était à l'époque ministre espagnole en charge de l'énergie et de l'environnement, qui disait qu'il faut absolument qu'on arrête les implantations de Générés.

Anne-Sophie Corbeau: Au final, il n'y a absolument rien qui s'est passé.

Anne-Sophie Corbeau: On a eu des sanctions sur le transbordement qui d'ailleurs ont commencé à être mises en place, ou du moins à être effectives en mars de cette année.

Anne-Sophie Corbeau: à mon avis elles ne vont pas être particulièrement efficaces.

Anne-Sophie Corbeau: La seule raison pour laquelle en fait le GNL russe vers l'Europe sera en fait moins important je pense que l'année dernière, c'est tout simplement que les deux projets que j'ai mentionnés se sont arrêtés.

Anne-Sophie Corbeau: Donc le reste étant le même, oui c'est tout petit mais finalement ça fera peut-être 2 milliards de mètres cubes en moins allant vers l'Europe, donc on va quand même diminuer un peu nos implantations.

lpaltiguzman: C'est des petits points.

Anne-Sophie Corbeau: Mais sinon en fait,

Anne-Sophie Corbeau: ce document manquait de la chose principale auquel je m'attendais, qui est comment est-ce que légalement on va convaincre les pays, notamment la Hongrie et la Slovaquie, qui sont toujours des importateurs de gaz par gazodique russe, d'arrêter d'importer.

Anne-Sophie Corbeau: Et pour moi, c'est ça.

Anne-Sophie Corbeau: C'est vraiment, en fait, le dernier pilier qui va être résistant à cette directive européenne.

Anne-Sophie Corbeau: Autant je peux croire qu'on peut envoyer le GNL ailleurs

Anne-Sophie Corbeau: que le gaz par gazoduc, ça me pose davantage de problèmes.

Anne-Sophie Corbeau: Alors, je sais qu'ils veulent passer par ailleurs, qu'ils veulent passer par d'autres voies légales.

Anne-Sophie Corbeau: Légalement, je ne suis pas totalement sûre que ça va marcher...................

lpaltiguzman: Les compagnies d'électricité, Engie, même ENI et autres, ont quand même encore des contrats avec Gazprom qui n'ont pas été annulés.

Anne-Sophie Corbeau: Il y a beaucoup de choses qui restent.

Anne-Sophie Corbeau: Alors, elles n'ont pas été annulées, mais pour le moment, la plupart des voies d'acheminement, que ce soit les Nord Stream, le gazoduc via la Bélarusse, Yamal Europe et le transit via l'Ukraine, pour le moment, on n'a plus tous ces canaux.

Anne-Sophie Corbeau: En fait, la seule route technique qu'on peut utiliser pour envoyer du gaz en Europe, c'est pour le moment Toc Stream.

lpaltiguzman: Donc disons que demain, l'Europe trouve une façon technique, légale, de ne plus importer de gaz russe.

Anne-Sophie Corbeau: Un groupe avec les casse-t-s.

lpaltiguzman: On se retrouve sans gaz russe.

lpaltiguzman: Est-ce que l'Europe, l'industrie européenne, s'écroule, s'effondre, ou bien il y a tellement de gaz qui est arrivé sur le marché global que finalement, l'Europe accepte de payer un peu plus cher parce que c'est le prix qu'il faut payer pour sa sécurité énergétique, accepte d'avaler la pilule et de ne plus du tout importer de gaz russe?

Anne-Sophie Corbeau: C'est très intéressant ta question et je pense qu'en fait l'important c'est qu'est-ce que demain?

Anne-Sophie Corbeau: Parce que si tu regardes le plan actuel européen avec lequel pour le coup je suis d'accord, ça va en fait par étapes.

Anne-Sophie Corbeau: C'est-à-dire on ne se débarrasse pas du gaz russe demain.

Anne-Sophie Corbeau: On commence un petit peu avec tout ce qui est spot à la fin de cette année et ensuite à la fin de 2027, là on arrête tout.

lpaltiguzman: Bon, c'est bon.

Anne-Sophie Corbeau: Alors, est-ce que ça va être possible de tout arrêter?

Anne-Sophie Corbeau: Ça, c'est la question.

Anne-Sophie Corbeau: Mais si on suppose que c'est faisable, ça veut dire que ça sera fin 2027.

Anne-Sophie Corbeau: J'espère bien que fin 2027, une grande partie du GNL qui est actuellement en construction sera tarifiée sur le marché, c'est-à-dire un certain nombre de projets américains.

Anne-Sophie Corbeau: On a déjà Plaquemine, Corpus Christi, StageFree qui sont déjà en train d'augmenter en termes de capacité.

Anne-Sophie Corbeau: On a Golden Pass, il y a les Qataris, il y a le Canada.

Anne-Sophie Corbeau: Donc, un certain nombre de projets devraient arriver sur le marché

Anne-Sophie Corbeau: Et j'espère bien qu'à terme, on aura réussi à rééquilibrer.

Anne-Sophie Corbeau: Mais ce qui est important de voir, c'est qu'en fait, ce qu'il faut vraiment qu'on remplace, ce sont 15 milliards de gaz par gazoduc qui arrivent via Toxtreme.

Anne-Sophie Corbeau: Parce que le gaz de Yamal, il ne disparaîtrait pas du marché.

Anne-Sophie Corbeau: Il irait juste ailleurs.

Anne-Sophie Corbeau: Mais ça ne va pas en fait créer un appel d'air supplémentaire.

Anne-Sophie Corbeau: C'est-à-dire qu'on ne se débarrasse pas

Anne-Sophie Corbeau: d'un peu plus de 30 milliards de mètres cubes, à peu près 35 milliards de mètres cubes, on a vraiment besoin de trouver 15 milliards de mètres cubes.

Anne-Sophie Corbeau: J'espère quand même que début 2028, il y aura suffisamment de gaz sur le marché pour qu'on puisse avoir ces 15 milliards de mètres cubes de gaz russe qui seront nécessaires.

lpaltiguzman: Et si le prix est volatile parce que des raisons géopolitiques, le Qatar qui est en retard ou pour quelle que soit la raison, est-ce que tu penses que... Qu'est-ce qui se passe en Europe?

lpaltiguzman: Il y a un débat interne, finalement, c'était peut-être pas une bonne décision de se séparer du gaz russe.

lpaltiguzman: Économiquement, ça vaut pas le coup.

lpaltiguzman: Il y a les parties d'extrême droite qui reviennent au pouvoir.

lpaltiguzman: Enfin, tout a un scénario dans lequel...

lpaltiguzman: il y a un débat qui revient parce que le gaz russe finalement les gens sont convaincus que c'est moins cher en tout cas certains gouvernements en France ou en Allemagne peuvent le penser des lobbies industriels qu'est-ce que tu en penses?

lpaltiguzman: Parce que même avec le possible reset entre la Russie

lpaltiguzman: et les États-Unis, il y a eu beaucoup de discussions sur un retour du gaz russe et des voix en Europe qui tout de suite ont dit « ah ben finalement, c'était pas une mauvaise idée, on y est pensé depuis quelques temps, on avait plutôt fait des hedges en se disant que ça allait peut-être revenir ».

lpaltiguzman: Est-ce que tu penses vraiment qu'on en a fini une fois pour toutes avec le gaz russe potentiellement ou bien il y aura toujours ce débat qui reviendra?

Anne-Sophie Corbeau: Alors je pense que si en fait on a un débat à la fin de 2027 sur est-ce qu'on garde ou on garde pas en fait ce gaz par occasion du cru, ça viendra essentiellement des pays comme la Slovaquie et l'Hongrie, on se retrouve en fait dans le même débat, est-ce que la voie actuelle dont on attend en fait la finalité, puisque la Commission européenne n'a pas publié son document, va permettre de se débarrasser de ce gaz?

Anne-Sophie Corbeau: Pour moi c'est la seule question.

Anne-Sophie Corbeau: Le GNL, il va pas disparaître, il ira ailleurs, donc ça ne va pas créer d'appel d'air supplémentaire.

Anne-Sophie Corbeau: Donc c'est vraiment ça la question.

Anne-Sophie Corbeau: Maintenant, pourquoi est-ce qu'en fait on a eu un certain nombre de gens, notamment au niveau des gouvernements, mais aussi des industriels, qui ont dit « ça serait fantastique que le gaz russe revienne », pour deux raisons.

Anne-Sophie Corbeau: La première, c'est qu'il y a un mythe, c'est le fait que le gaz russe, il n'est pas cher.

Anne-Sophie Corbeau: En fait, ce mythe, il a disparu il y a très très longtemps.

Anne-Sophie Corbeau: À partir du moment où, en fait, on a eu la renégociation de tous les contrats après la crise économique de 2008-2009, la plupart des contrats, en fait, de gaz par gazoduc russe ont été réindexés à des prix spot.

Anne-Sophie Corbeau: Donc, de toute façon, livré sur le marché, il était à des indexations liées à des prix spot.

Anne-Sophie Corbeau: Il n'était pas cher.

Anne-Sophie Corbeau: Il n'est pas cher à produire.

Anne-Sophie Corbeau: Mais ça ne veut pas dire qu'il n'est pas cher une fois qu'il arrive sur le marché.

Anne-Sophie Corbeau: C'est comme si tu disais, en fait, les Saoudiens, ils produisent à 5 dollars par baril et ils arrivent à 5 dollars par baril en Europe.

Anne-Sophie Corbeau: Ben non, bien sûr que non.

lpaltiguzman: Merci.

Anne-Sophie Corbeau: Les gens, ils se font de l'argent au passage.

Anne-Sophie Corbeau: Donc ça, c'est un mythe qu'il faut absolument tuer sur le champ.

Anne-Sophie Corbeau: La deuxième chose, en fait, c'est que...

Anne-Sophie Corbeau: On a eu des prix très élevés au début de l'année, fin de l'année dernière, début de cette année.

Anne-Sophie Corbeau: Les prix ont été même deux à trois fois plus élevés, enfin deux fois plus élevés qu'il l'était en début 2024.

Anne-Sophie Corbeau: Et ça a été panique à bord pour les industriels qui se sont dit, mais on va vraiment mourir cette année si les prix continuent à être à 40 ou 50 euros par mégawatt-heure.

Anne-Sophie Corbeau: Donc, il nous faut plus de gaz.

Anne-Sophie Corbeau: Et quelle est la seule source, en fait, de gaz disponible immédiatement sur le marché?

Anne-Sophie Corbeau: C'est le gaz par gaz au de brusse.

Anne-Sophie Corbeau: D'où cet espoir que ce gaz pourrait en fait arriver immédiatement, peut-être via un accord et de paix avec l'Ukraine.

Anne-Sophie Corbeau: Effectivement, ça serait possible.

Anne-Sophie Corbeau: Alors, quelles seraient les options possibles?

Anne-Sophie Corbeau: Il y en a essentiellement une, c'est-à-dire qu'on redémarrerait en fait le transit via l'Ukraine, ce qui rendrait messieurs Orban et messieurs Fikou, les premiers ministres hongrois et slovaques, heureux parce qu'ils auraient de nouveau accès à leur gaz.

Anne-Sophie Corbeau: Poutine, heureux parce que de toute façon, il continue à avoir un pied dans l'Europe.

Anne-Sophie Corbeau: L'Ukraine, ça leur permet de gagner un petit peu d'argent.

Anne-Sophie Corbeau: Et pour les États-Unis, les volumes ne sont pas trop élevés, donc ça n'occupe pas non plus tous les projets d'exportation du gaz naturel électrique.

Anne-Sophie Corbeau: Bon, tu connais la situation qui est autour de l'Ukraine.

Anne-Sophie Corbeau: Pour le moment, la perspective de paix, ça se retarde un petit peu.

lpaltiguzman: Oui, c'est un peu de...

Anne-Sophie Corbeau: Entre Nord Stream, écoute, là franchement, pour moi, c'est quand même un mythe énorme.

Anne-Sophie Corbeau: Je peux comprendre que pour des gens, ça soit effectivement un symbole, mais c'est justement le fait que ce soit un symbole qui rend si difficile ce retour de Nord Stream 2, parce que Nord Stream 2, c'est un gazoduc qui n'a même pas été certifié.

Anne-Sophie Corbeau: Donc, il faudrait obtenir du gouvernement allemand et du régulateur allemand la certification de ce gazoduc, et ensuite, effectivement, les contrats n'ont pas été totalement annulés, ce serait un cas politique, ce serait un cas

lpaltiguzman: Je pense que ce serait un casse-tête politique terrible pour l'Allemagne.

lpaltiguzman: Parce qu'on leur a dit, plus de Nord Stream, maintenant, OK, Nord Stream, ça va.

lpaltiguzman: On peut l'accepter.

lpaltiguzman: Mais politiquement, même par rapport à la population, ça a été une telle saga pour le pays, ce pipeline.

lpaltiguzman: Oui, oui.

Anne-Sophie Corbeau: Ça a été une telle saga.

Anne-Sophie Corbeau: Et c'est Pouty qui a coupé le gaz.

Anne-Sophie Corbeau: Ça a été quand même, pour les Allemands qui pensaient, je pense, en avril, il n'y avait personne qui pensait en avril 2022 que ce gazoduc d'Anstriman qui fonctionnait, mais alors avec la régularité d'une horloge suisse, c'était toujours Constance, sauf en juillet où on faisait la maintenance.

Anne-Sophie Corbeau: Et tout à coup, il a été coupé, mais c'était un coup de poignard dans le dos.

Anne-Sophie Corbeau: Géopolitique, ils avaient confiance.

lpaltiguzman: Oui, exactement.

lpaltiguzman: Et donc, il y a un autre mythe qui est mort, c'est le mythe de l'interdépendance.

lpaltiguzman: Et du fait que si la Russie fait partie de l'architecture sécurité de l'Europe, tout le monde est gagnant, la Russie voudra ses revenus du gaz, l'Allemagne a de l'énergie à bon prix, tout le monde est content, personne ne va faire la guerre.

Anne-Sophie Corbeau: Tout à fait.

lpaltiguzman: Ben, manque de pot, ça n'a pas marché.

Anne-Sophie Corbeau: C'est fini.

Anne-Sophie Corbeau: Ça a été enterré.

lpaltiguzman: C'est bon, c'est vrai.

Anne-Sophie Corbeau: Ça a été enterré le 24 février 2022 et ça a été enterré quand Poutine a vraiment commencé à couper le gaz un par un.

Anne-Sophie Corbeau: et à tenter en fait de diviser pour mieux régner en utilisant ses décrets présidentiels de paiement euro.

Anne-Sophie Corbeau: Donc tout ça, c'est vraiment mort, et je pense que la confiance, en fait, elle n'est plus vraiment là, parce que même si le gaz par Gazoccupe revenait, rien n'empêche d'être arrêté n'importe quand.

Anne-Sophie Corbeau: Donc comment tu dois avoir confiance?

lpaltiguzman: Oui, mais mon autre problème Anne-Sophie, c'est que disons qu'on règle le problème du gaz.

lpaltiguzman: On ne règle pas le problème du pétrole forcément ou des fertilizers ou d'autres commodités, ammonia, bleu ou autres couleurs qui peuvent venir de Russie dans le futur.

lpaltiguzman: Donc on sait qu'il y a des molécules russes qui vont revenir sur le marché européen d'une façon ou d'une autre potentiellement.

Anne-Sophie Corbeau: Potentiellement.

Anne-Sophie Corbeau: Alors effectivement, pour le pétrole, tu as tout à fait raison.

Anne-Sophie Corbeau: Pour tout ce qui est engrais aussi, d'ailleurs, et ça, ça a été d'ailleurs dénoncé par les organisations telles que Fertilizer Europe en disant « Mais attendez, vous vous rendez compte que d'accord, on n'a plus de gaz russe, mais il y a tous les engrais qui arrivent en fait par des chemins détournés et qui sont en train en fait de détruire notre production domestique à nous parce qu'ils se mettent au niveau prix systématiquement juste en dessous de nos coûts de production et d'où on est mort. »

Anne-Sophie Corbeau: qui n'aurait pas dû exister, qui n'aurait pas dû être permise.

Anne-Sophie Corbeau: Mais en fait, je pense qu'au niveau européen, il y a un certain nombre de pays qui restent en fait assez aveugles sur l'ensemble des implications de ce que la Russie peut faire au niveau énergétique et au niveau économique.

Anne-Sophie Corbeau: Et puis, on est en guerre économique contre la Russie.

Anne-Sophie Corbeau: Je pense que c'est totalement évident depuis des années.

lpaltiguzman: Parlons d'une autre guerre économique qui est la guerre commerciale avec les tarifs et les États-Unis.

lpaltiguzman: Il y a des discussions qui sont en cours.

lpaltiguzman: Il y aura peut-être un accord, il y a eu de plus en plus de pression les derniers jours.

lpaltiguzman: Quel est le rôle du GNL dans cet accord?

lpaltiguzman: Est-ce que tu crois que ça va être par rapport au méthane?

lpaltiguzman: Est-ce que tu crois que ça va être par rapport à des nouveaux contrats?

lpaltiguzman: On a l'histoire de la première administration Trump, du premier deal qui avait été fait.

lpaltiguzman: Il y a eu la guerre en Ukraine entre-temps.

lpaltiguzman: Les États-Unis sont venus à la rescousse de l'Europe.

lpaltiguzman: Et en même temps, on sait que, par exemple, il y a un projet de GNL allemand, le FSRU, ils viennent de s'en séparer, c'est cher.

lpaltiguzman: Donc, qu'est-ce que tu penses que les Européens peuvent faire pour montrer, faire un geste par rapport à l'administration américaine qui aime vendre du GNL?

lpaltiguzman: Et qu'est-ce qui est faisable commercialement aussi, qui fait sens économiquement pour l'Europe?

Anne-Sophie Corbeau: Déjà, c'est un peu difficile de négocier avec quelqu'un qui change d'habit comme de chemise, avec tout le respect que je dois au président.

Anne-Sophie Corbeau: C'est une véritable girouette et je pense que beaucoup de gens ont vraiment du mal à se projeter dans l'avenir avec quelqu'un qui passe de 50% à non d'un 1er juin, non finalement c'est reporté à juillet, c'est très très difficile.

Anne-Sophie Corbeau: Mais qu'est-ce qu'il veut au final?

Anne-Sophie Corbeau: Parce que de facto, en 2025, l'Europe...

Anne-Sophie Corbeau: L'Union Européenne importe plus le GNL américain.

Anne-Sophie Corbeau: C'est un fait!

Anne-Sophie Corbeau: Parce que tout simplement, nos stockages sont plus vides que l'année dernière.

Anne-Sophie Corbeau: On doit remplacer 15 milliards de mètres cubes de gaz russe qui arrivait via l'Ukraine.

Anne-Sophie Corbeau: Donc de toute façon, on importe davantage de JNL américain.

Anne-Sophie Corbeau: Point final.

Anne-Sophie Corbeau: Donc est-ce que ça, c'est déjà suffisant?

Anne-Sophie Corbeau: Je ne sais pas.

Anne-Sophie Corbeau: Est-ce qu'il veut davantage de contrats signés?

Anne-Sophie Corbeau: Il y en a déjà des contrats qui ont été signés.

Anne-Sophie Corbeau: Une hyper assignée avec Woodside, par exemple.

Anne-Sophie Corbeau: Il y a eu un head of agreement entre CFE et Delphine.

Anne-Sophie Corbeau: Il y a des contrats qui sont signés.

Anne-Sophie Corbeau: Est-ce que c'est suffisant?

lpaltiguzman: Est-ce que tu crois que l'Europe serait prête à prendre de l'equity dans des projets pour montrer du foreign direct investment aux États-Unis?

lpaltiguzman: Parce qu'en fait, le financement de ces projets, la troisième vague, si elle vient, c'est problématique.

lpaltiguzman: Parce que soit tu relies on state company d'Arabie Saoudite ou autre, soit

Anne-Sophie Corbeau: Alors, c'est ça.

lpaltiguzman: Ou de banques multiples, et c'est compliqué, c'est cher, le prix de ces projets a augmenté.

lpaltiguzman: Enfin, Woodside, je crois que c'est presque 20 milliards de dollars, parce que le prix de construction, l'inflation, ils sont compliqués à financer, ce projet.

lpaltiguzman: Donc, est-ce que tu te penses

Anne-Sophie Corbeau: Ils sont compliqués, d'autant plus compliqués qu'en fait, l'administration américaine se tire une balle dans le pied, puisque les tarifs, en fait, sur l'acier, l'aluminium, etc., qui vont renchérir le coût sur les projets, ce n'est pas la faute des Européens, c'est la faute de l'administration américaine.

Anne-Sophie Corbeau: Donc déjà, de toute façon, on a un impact sur lequel, nous, on ne peut rien faire.

Anne-Sophie Corbeau: Mais aussi, il va falloir arrêter un mythe.

Anne-Sophie Corbeau: La demande européenne, elle va continuer à être assez élevée sur les prochaines années,

Anne-Sophie Corbeau: éventuellement, elle va diminuer.

Anne-Sophie Corbeau: Nous ne sommes pas un marché en croissance.

Anne-Sophie Corbeau: C'est un marché qui veut se décarboner, dans lequel la demande de gaz va finir par diminuer dans tous les secteurs.

Anne-Sophie Corbeau: Et à terme, ça veut dire aussi que les importations de gaz naturel et café vont aussi diminuer.

Anne-Sophie Corbeau: Je ne sais pas pourquoi les Américains, systématiquement, quels qu'ils soient, que je parle avec des analyses, des consultants, des compagnies, sont tous absolument obnubilés par le fait que l'Europe doit se couvrir totalement en termes de demande de gaz et de demande de GNL.

Anne-Sophie Corbeau: Mais dites-moi déjà quelle est ma demande de GNL, je ne sais même pas moi-même.

Anne-Sophie Corbeau: Et puis, accessoirement, l'administration américaine veut détruire le tissu industriel européen.

Anne-Sophie Corbeau: Qu'est-ce que vous pensez qu'il va se passer si nos industries partent ailleurs?

Anne-Sophie Corbeau: On aura naturellement une demande de gaz qui sera bien moins importante.

Anne-Sophie Corbeau: Donc, ça ne sert strictement à rien.

Anne-Sophie Corbeau: Et puis, contracter du GNL américain, qu'est-ce que ça veut dire?

Anne-Sophie Corbeau: Ça veut dire qu'effectivement, il y a des compagnies qui auront un contrat.

Anne-Sophie Corbeau: Mais le contrat...

Anne-Sophie Corbeau: peut leur permettre d'envoyer ce GNL un peu n'importe où.

Anne-Sophie Corbeau: Donc en fait, ça ne fait strictement rien qu'une compagnie européenne ait contracté du GNL américain parce qu'elle peut très bien l'envoyer n'importe où, de la même façon que les Chinois qui avaient contracté du GNL américain l'envoient actuellement en Europe.

Anne-Sophie Corbeau: Donc cette espèce de lubie et d'histoire, en fait, on dit « Ah mais il faut que vous apportiez davantage de GNL américain pour pouvoir combler votre déficit. »

Anne-Sophie Corbeau: Pour le moment, les revenus qui viennent du GNL américain, c'est 5% du déficit entre l'Union européenne et les États-Unis.

Anne-Sophie Corbeau: 5%.

Anne-Sophie Corbeau: Donc on fait quoi?

Anne-Sophie Corbeau: On multiplie par 20?

Anne-Sophie Corbeau: Non, ça, ce n'est pas possible, parce que ça voudrait dire que, grosso modo, il faudrait que l'Europe consomme 1 000 milliards de mètres cubes de GNL, ce qui est à peu près 10 fois, enfin un peu moins de 10 fois la production de GNL américaine actuelle, mais c'est surtout 3 fois plus que ce qu'on consomme actuellement.

Anne-Sophie Corbeau: Donc remettons les choses dans leur cadre.

lpaltiguzman: Peut-être qu'une solution serait que les opérateurs de regazification en Europe

Anne-Sophie Corbeau: Ce n'est pas possible.

lpaltiguzman: prennent de l'equity aux États-Unis et donc ça garantit un marché en Europe parce que c'est eux qui ont les slots de terminaux de regasification en Europe.

Anne-Sophie Corbeau: Alors, les opérateurs de regasification, normalement, ne sont pas censés faire du commerce, puisqu'on a tout ce qui s'appelle unbundling, c'est-à-dire qu'en fait, tu sépares les activités commerciales des activités de réseau.

Anne-Sophie Corbeau: Donc ça, ça ne va pas être possible.

Anne-Sophie Corbeau: Il faut que ce soit des compagnies commerciales.

Anne-Sophie Corbeau: Mais qu'est-ce qu'une compagnie commerciale?

Anne-Sophie Corbeau: Ce sont en fait, soit des utilisateurs finaux,

Anne-Sophie Corbeau: soit éventuellement des compagnies, mais ça peut être aussi des compagnies comme Total.

Anne-Sophie Corbeau: Mais est-ce que Total, finalement, est une compagnie européenne ou est-ce qu'on la considère comme une compagnie globale parce qu'elle va pouvoir envoyer ce GNL américain un petit peu partout?

Anne-Sophie Corbeau: Tu vois, le gros problème, c'est qu'il n'y a pas vraiment de définition très claire que l'administration américaine n'a pas dit clairement ce qu'elle voulait et que,

Anne-Sophie Corbeau: fondamentalement, son principal interlocuteur, c'est la Commission européenne.

Anne-Sophie Corbeau: La Commission européenne n'a pas le moyen de contracter du gaz pour l'ensemble des pays.

Anne-Sophie Corbeau: Ça, c'est un mythe.

Anne-Sophie Corbeau: On ne va pas répliquer ce qu'on a fait pour les vaccins.

Anne-Sophie Corbeau: C'est totalement ingérable.

Anne-Sophie Corbeau: Et puis, comment, en fait, la Commission européenne... Oh mon Dieu, n'en pitié pas ça.

lpaltiguzman: La Commission européenne avait commencé un joint purchase initiative.

Anne-Sophie Corbeau: Ah non, stop!

Anne-Sophie Corbeau: Agré-gative, je n'ai encore rencontré personne qui dise que ça fonctionne.

Anne-Sophie Corbeau: C'était un mythe qui disait, si on accumule notre demande ensemble de différents pays, etc., de différents partenaires, de différents acheteurs, on va réussir à avoir des meilleures conditions.

Anne-Sophie Corbeau: Il n'y a personne qui y croit.

Anne-Sophie Corbeau: En fait, moi, j'appelle ça Tinder for Gaz.

Anne-Sophie Corbeau: C'est la plateforme Tinder for Gaz.

Anne-Sophie Corbeau: Tu fais en sorte que les acheteurs et les fournisseurs se rencontrent et puis en dehors de la plateforme, ils vont signer un contrat.

Anne-Sophie Corbeau: Alors d'après ce que je sais, il y aurait à peu près pour l'équivalent d'un milliard de mètres cubes de contrat qui auraient été signés et je n'ai toujours pas réussi à savoir qui avait signé exactement parce qu'il n'y a absolument aucune information.

Anne-Sophie Corbeau: En fait, nos hommes politiques, Sefcovic en tête, c'est un des commissaires européens, ont décidé que c'était un succès absolument flamboyant.

Anne-Sophie Corbeau: Ils se promènent partout avec ce succès absolument flamboyant et en fait, il n'y a aucune preuve de ce succès.

Anne-Sophie Corbeau: tous les fournisseurs et les acheteurs que j'ai rencontrés m'ont dit, ça ne sert à rien.

Anne-Sophie Corbeau: Donc, on ne va pas utiliser ça.

Anne-Sophie Corbeau: Je sais qu'effectivement, c'est ce que la Commission européenne dit, oui, on va utiliser l'agréative.

Anne-Sophie Corbeau: D'accord, super, ça ne fonctionne pas.

lpaltiguzman: Donc, en fait, pour que le GNL américain continue d'aller en Europe, il faut que les prix soient relativement attractifs pour pas qu'ils aillent en Asie, c'est quand même beau.

Anne-Sophie Corbeau: Voilà.

Anne-Sophie Corbeau: Exactement.

lpaltiguzman: Et il faut que la demande en Europe reste stable et en tout cas ne décélère pas.

lpaltiguzman: Message reçu.

Anne-Sophie Corbeau: D'ailleurs, tu disais quelque chose tout au début de l'introduction.

Anne-Sophie Corbeau: Pourquoi est-ce qu'on dit que le GNL américain a sauvé l'Europe en 2022?

Anne-Sophie Corbeau: Tout simplement parce qu'il y a plein de gens qui ont redirigé leur GNL vers l'Europe.

lpaltiguzman: C'est que l'on est en train.

Anne-Sophie Corbeau: Et ce n'était pas parce qu'ils voulaient sauver les Européens, c'est parce qu'ils voulaient se faire de l'argent.

Anne-Sophie Corbeau: Ils se sont fait plein d'argent parce que le différentiel entre le prix

lpaltiguzman: Il se trouve qu'il y avait une capacité disponible, accessible, voilà exactement.

Anne-Sophie Corbeau: et que le gène américain est flexible, et donc il y a des gens qui ont vu une opportunité commerciale.

lpaltiguzman: Et du fait, on ne peut pas dire la même chose du Qatar parce qu'ils n'avaient soi-disant pas assez de volume flexible pour les amener à l'Europe et ils étaient en train de négocier leur contrat avec les grandes boîtes Shell et Total pour leur expansion.

lpaltiguzman: et ils ne sont pas vraiment venus à l'aide avec des cargos flexibles non plus.

Anne-Sophie Corbeau: Non, ils ne sont pas particulièrement venus effectivement au secours de l'Europe, mais bon, accessoirement, de toute façon, il y avait déjà les États-Unis qui étaient présents.

Anne-Sophie Corbeau: Bon, au final, voilà, c'est à eux de voir.

Anne-Sophie Corbeau: Ils se seraient faits plein d'argent sinon.

lpaltiguzman: Justement, sur cette question de fiabilité, est-ce que tu crois que l'Europe

lpaltiguzman: qui exprime une certaine anxiété actuellement par rapport aux États-Unis et à la fiabilité des exportations américaines.

lpaltiguzman: Est-ce que tu crois que c'est légitime, c'est une inquiétude légitime ou ça fait partie d'une négociation, d'une posture de négociation?

Anne-Sophie Corbeau: Alors, je pense qu'il y a deux choses, en fait.

Anne-Sophie Corbeau: Il y a le fait que, comme je le dis, qui que ce soit qui contracte du gaz peut l'envoyer n'importe où.

Anne-Sophie Corbeau: Donc, en fait, parce que c'est un des atouts, en fait, du GNL américain.

Anne-Sophie Corbeau: Il peut être absolument envoyé n'importe où.

Anne-Sophie Corbeau: Donc, ça veut dire qu'il faut toujours que l'Europe, en fait, soit prête à payer un prix suffisamment élevé pour pouvoir attirer ce GNL.

Anne-Sophie Corbeau: Mais je pense qu'il y a un autre problème qui est beaucoup plus prominent dans les discussions, c'est les histoires d'émissions de métal.

Anne-Sophie Corbeau: Et ça, c'est un gros problème parce que,

Anne-Sophie Corbeau: L'Union européenne a mis en place des régulations de méthane, donc une régulation qui a été passée en août 2024 et qui dit qu'on va commencer à acquérir de plus en plus de données sur les émissions de méthane par rapport à toutes les importations d'énergie fossile.

Anne-Sophie Corbeau: Ce n'est pas seulement le GNL, c'est le gaz en général, c'est le pétrole, c'est le charbon.

Anne-Sophie Corbeau: avec comme objectif d'essayer de faire pression sur les différents fournisseurs pour que progressivement, ils diminuent en fait leurs émissions de méthane.

Anne-Sophie Corbeau: Ce qui a du sens, puisque en fait, si on veut vraiment agir rapidement sur tout ce qui est climat, agir sur le méthane, c'est une bonne idée.

Anne-Sophie Corbeau: Alors, ça pose problème à un certain nombre de fournisseurs, et en particulier aux États-Unis, parce que c'est vrai que les États-Unis n'ont pas un projet de gaz naturel ou des projets de gaz naturel qui est classique.

Anne-Sophie Corbeau: C'est-à-dire, il n'y a pas un champ, un gazoduc,

Anne-Sophie Corbeau: le terminal et on envoie.

Anne-Sophie Corbeau: Là, il faut essayer de comprendre exactement d'où ça vient.

lpaltiguzman: C'est pas intégré, c'est pas intégré à part peut être un ou deux projets, mais non, c'est pas intégré et donc les développe, enfin,

Anne-Sophie Corbeau: Ce n'est pas intégré.

lpaltiguzman: Tout dépend du business model, mais la plupart des off-takers des projets américains achètent leur gaz sur le spot aux États-Unis.

lpaltiguzman: Et donc, ça vient exactement du Permian, comme ça peut venir du Hainesville et d'autres géographies américaines, ou même du Canada.

Anne-Sophie Corbeau: Voilà.

Anne-Sophie Corbeau: Je pense qu'il y a des moyens, en fait, de régler les problèmes en essayant de comprendre, en faisant des émissions, des « emission factors » par bassin de production.

Anne-Sophie Corbeau: Je pense qu'à la fois du côté européen et du côté américain, il y aurait moyen de se réconcilier.

Anne-Sophie Corbeau: Le problème, c'est que le côté américain a eu un « deregulation day » en mars.

Anne-Sophie Corbeau: que toutes les régulations sont un petit peu passées par la trappe.

Anne-Sophie Corbeau: Et en fait, on a une dichotomie entre un certain nombre d'acteurs, c'est-à-dire les grandes majors, les grands producteurs qui comprennent très bien que s'ils veulent en fait avoir un accès au marché européen, il va falloir de toute façon continuer à réduire les émissions de médicaments.

Anne-Sophie Corbeau: Et de toute façon, ça fait partie en général de leur politique.

Anne-Sophie Corbeau: Et l'administration et les petits producteurs qui s'en moquent totalement.

Anne-Sophie Corbeau: Et ça, c'est un problème.

lpaltiguzman: Est-ce que l'administration américaine a raison de voir ces régulations de méthane en Europe comme une non-tariff barrier que l'Europe utilise pour justement peut-être réguler ces importations de GNL et trouver un espèce de... sous le manteau de la régulation, trouver une façon de...

lpaltiguzman: to fight back.

lpaltiguzman: C'est un outil dans les négociations.

Anne-Sophie Corbeau: Non, parce que si tu te souviens en fait de la genèse de toutes ces régulations, on a eu les premières régulations en 2020, ça faisait partie des objectifs de l'Union européenne de s'attaquer au problème du méthane.

Anne-Sophie Corbeau: En fait, on a eu ensuite le Global Missing Plage qui a été fait en commun entre l'Union européenne et les États-Unis, après joint par un certain nombre d'autres pays.

Anne-Sophie Corbeau: Donc, il y avait en fait un accord des deux parties européennes

Anne-Sophie Corbeau: rejoints par d'autres pays, qu'il fallait s'attaquer aux émissions de méthane.

Anne-Sophie Corbeau: Donc la Commission européenne a juste continué sur la lancée, et ce sont les États-Unis qui ont bifurqué au passage.

Anne-Sophie Corbeau: Donc c'est totalement différent.

Anne-Sophie Corbeau: Et je pense que ce n'est pas une mauvaise volonté de la part de l'Europe, c'est plutôt les États-Unis qui relancent un petit peu cet argument.

Anne-Sophie Corbeau: Et encore une fois, je pense que du côté américain, il y a un certain nombre de partis, notamment du côté des producteurs et de ceux qui voient en fait les choses à long terme, qui se disent,

Anne-Sophie Corbeau: C'est dans notre intérêt de réduire nos émissions de méthane.

Anne-Sophie Corbeau: Aussi parce que de toute façon, s'ils ne le font pas, on peut être sûr qu'il va y avoir toutes les ONG qui vont aller les regarder ce qu'ils font, soit avec des caméras sur le sol, soit en utilisant les satellites et leur dire « attendez, vous ne regardez pas toutes vos émissions?

lpaltiguzman: Oui.

Anne-Sophie Corbeau: » Donc ça, c'est très facile en fait de se faire pointer du doigt.

Anne-Sophie Corbeau: Donc je pense que c'est dans l'intérêt des États-Unis et là, pour le coup, l'administration américaine fait un mauvais calcul à long terme.

lpaltiguzman: Ok, à suivre.

lpaltiguzman: Pour revenir à la question de fiabilité, je pense qu'il y a des voix en Europe qui disent aussi que à cause de la politisation du GNL américain, que la politique « America first », il y a peut-être un risque que le gaz américain restera pour le marché domestique et qu'il y en aura moins pour l'exportation.

lpaltiguzman: Une autre angoisse, c'est que

Anne-Sophie Corbeau: C'est intéressant.

lpaltiguzman: les prix Henry Hub peuvent augmenter et dans ce cas-là, il y aura un lobby par rapport aux industries chimiques, industrielles aux États-Unis qui voudront aussi garder le gaz pour eux et puis la demande des centres d'intelligence artificielle, etc.

lpaltiguzman: Donc, peut-être plus de demandes domestiques.

lpaltiguzman: Il y a un agenda politique qui favorisera plus le marché aux États-Unis.

lpaltiguzman: Moi, je ne suis pas vraiment d'accord pour cette inquiétude parce que je pense que dès le

Anne-Sophie Corbeau: Pour le coup, je le suis.

Anne-Sophie Corbeau: Je dois dire qu'on pourrait peut-être même avoir un test cet hiver.

lpaltiguzman: Merci.

Anne-Sophie Corbeau: Si les prix, pour une raison ou pour une autre, la raison principale, ce serait qu'en fait, la production ne monterait pas assez rapidement et qu'on aurait un hiver précoce.

Anne-Sophie Corbeau: Parce que tu sais ce que c'est un hiver aux États-Unis.

Anne-Sophie Corbeau: Ça peut faire monter la demande résidentielle très rapidement.

Anne-Sophie Corbeau: Et il n'est pas impossible qu'on se retrouve avec une situation comme en 2022, où les prix avaient atteint pratiquement 10 dollars par M&A de Tio.

Anne-Sophie Corbeau: Et là, je ne serais pas surprise de voir un certain nombre d'acteurs, dit au président Trump, mais vous vous rendez compte, on envoie tout notre gaz ailleurs.

Anne-Sophie Corbeau: Alors après, la question c'est, qui va payer les pots cassés?

Anne-Sophie Corbeau: Est-ce que ce vont être les exportateurs de GNL, ou est-ce que ça va être le plus grand importateur de gaz des États-Unis, qui est le Mexique, qui est très, très, très, très dépendant du gaz américain?

Anne-Sophie Corbeau: Je ne sais pas comment ils ont fait pour être... Leur économie est très dépendante du gaz, et ils ont

lpaltiguzman: Merci.

Anne-Sophie Corbeau: pratiquement entièrement dépendants du gaz américain.

Anne-Sophie Corbeau: Alors, d'un point de vue économique, ça a du sens.

Anne-Sophie Corbeau: Naturellement, le gaz américain, il n'est pas cher.

Anne-Sophie Corbeau: Quand même, ils sont arrivés à un niveau de dépendance où moi, je serais très inquiète si j'étais politicienne.

lpaltiguzman: Ce dont il faut se souvenir aussi, c'est que les États-Unis ont beaucoup de gaz.

lpaltiguzman: À l'époque, on disait 100 ans de gaz.

Anne-Sophie Corbeau: Ils ont coupé de gaz, oui.

lpaltiguzman: Donc, ce n'est pas une question de ressources, c'est une question d'accès.

lpaltiguzman: Est-ce qu'on peut accéder à ce gaz?

lpaltiguzman: Est-ce qu'on va avoir les pipelines et les capacités suffisantes de pipelines dans une période de temps raisonnable?

lpaltiguzman: Parce que la demande américaine, elle augmente pour le gaz.

lpaltiguzman: actuellement, même demande d'électricité basée sur le gaz.

Anne-Sophie Corbeau: Oui, mais il faut les amener au bon endroit.

lpaltiguzman: Donc ça, c'est en augmentation, mais ce n'est pas une question de manque de ressources naturelles.

lpaltiguzman: Le gaz est là.

lpaltiguzman: Et pour le moment, il y a assez de gaz pour le marché domestique et pour les exportations au Mexique et sur le général.

Anne-Sophie Corbeau: Oui.

lpaltiguzman: Et après, de mon côté,

Anne-Sophie Corbeau: Il y a un mais.

Anne-Sophie Corbeau: Il y a un mais.

lpaltiguzman: Oui, c'est un débat intéressant, c'est un débat intéressant, qui a eu d'ailleurs tout au long des dernières dizaines d'années.

lpaltiguzman: Doe Chemicals et compagnie, ils ont toujours levé un petit peu leur voix à chaque fois qu'Henri Hub augmente.

lpaltiguzman: Mais d'une certaine façon, quand on regarde dans les faits actuels, en dépit de la rhétorique,

lpaltiguzman: L'administration de Trump continue de donner des licences d'exportation de GNL.

lpaltiguzman: Ils accélèrent même les permis.

Anne-Sophie Corbeau: Oui, oui, mais...

lpaltiguzman: Donc, il y a une volonté d'exporter plus.

lpaltiguzman: Il y a une volonté de construire plus de projets.

lpaltiguzman: Et d'ailleurs, quand on regarde le volume d'argent qui a été mis dans cette industrie, ce ne serait pas de sens de mettre à la poubelle plus de 700 milliards de dollars.

lpaltiguzman: On a atteint des sommes énormes dans la construction de ces projets.

lpaltiguzman: Et ce que ça représente?

Anne-Sophie Corbeau: Ce ne serait pas la première fois qu'il y a des gens qui se focalisent sur quelque chose et qui s'aperçoivent une décennie plus tard qu'ils sont allés totalement dans le mur.

Anne-Sophie Corbeau: Ce ne serait pas la première fois.

Anne-Sophie Corbeau: Effectivement, ce serait une erreur économique absolument magistrale.

Anne-Sophie Corbeau: Par contre, il y a un truc qui est quand même assez intéressant, c'est qu'à la fois le président Trump est en train d'argumenter pour diminuer le prix du pétrole, mais ça, ça ne favorise pas non plus la production de pétrole domestique et on a à peu près un tiers du gaz aux États-Unis qui est du gaz associé.

lpaltiguzman: Tout à fait.

Anne-Sophie Corbeau: donc sa rentabilité et donc le prix va dépendre effectivement du prix du pétrole.

Anne-Sophie Corbeau: Donc on pourrait avoir quelques surprises au niveau de la rapidité du développement du gaz à ce niveau-là avec des gens qui disent « le prix est à 50, non mais moi je ne suis pas très intéressée ».

Anne-Sophie Corbeau: Ça, ça peut aussi entrer en compte.

lpaltiguzman: Donc il y a le niveau des prix aux États-Unis qui fait que ça peut déclencher la production dry-gaz.

lpaltiguzman: Ça devient plus encourageant.

Anne-Sophie Corbeau: Exactement, du gaz, du gaz non associé.

lpaltiguzman: Voilà, gaz non associé.

Anne-Sophie Corbeau: Mais de toute façon, je pense qu'il va y avoir un rééquilibrage, c'est-à-dire un rééquilibrage au niveau de la demande domestique.

Anne-Sophie Corbeau: C'est-à-dire que si les prix augmentent trop, éventuellement, il y aura des industries qui feront ce que sont faits en Europe, c'est-à-dire qu'on réduit un petit peu la volure.

Anne-Sophie Corbeau: Et puis, comme de toute façon, apparemment, le charbon est magnifique et beautiful et je ne sais plus quel était l'adjectif, tout simplement, si on ne retire pas de capacité du charbon, on va se retrouver avec un rééquilibrage à ce niveau-là, qui va néanmoins être contraint par la capacité du charbon domestique sur les marchés et où elle est localisée.

Anne-Sophie Corbeau: mais ça permettra éventuellement de faire diminuer peut-être un petit peu la demande de gaz au secteur des générations d'électricité.

Anne-Sophie Corbeau: Donc un rééquilibrage domestique.

lpaltiguzman: C'est passionnant, on pourrait en parler des heures, j'ai plein d'autres sujets, mais je voulais parler de ta trajectoire personnelle aussi et professionnelle.

lpaltiguzman: Alors, tu as beaucoup voyagé pendant ta carrière, tu as même habité à l'étranger, en Angleterre, en Arabie Saoudite.

lpaltiguzman: Donc, tu es une femme, tu es une épouse, tu es une chercheuse, une mère.

lpaltiguzman: Est-ce que parfois, tu as fait des choix dans ta carrière où tu t'es dit, à ce moment-là, j'ai besoin de mettre en priorité ma famille ou à ce moment-là, j'ai besoin de mettre en priorité ma carrière?

lpaltiguzman: Et quel genre de conseils tu peux donner aux jeunes femmes ou aux jeunes hommes qui nous écoutent et qui doivent peut-être faire ce genre de choix?

Anne-Sophie Corbeau: Ce n'est pas du tout évident, en fait, de faire une carrière jointe, surtout quand on pense à l'international.

Anne-Sophie Corbeau: Et effectivement, en 2014, j'ai eu cette opportunité d'aller en Arabie Saoudite.

Anne-Sophie Corbeau: Et je me suis dit, super idée.

Anne-Sophie Corbeau: Mon mari était d'accord pour éventuellement m'accompagner.

Anne-Sophie Corbeau: Donc, moi, j'y suis allée d'abord en disant, ça va être cool, il va trouver un job.

Anne-Sophie Corbeau: Sauf qu'il n'a jamais trouvé de job, au final.

Anne-Sophie Corbeau: Et donc, les gens de Kapsark, où j'étais employée, c'est un centre de recherche saoudien, étaient assez sympas avec moi.

Anne-Sophie Corbeau: Ils m'ont donné pas mal de flexibilité.

Anne-Sophie Corbeau: pour revenir en Europe et passer au passage par Paris, etc.

Anne-Sophie Corbeau: Mais bon, néanmoins, on avait un certain nombre de kilomètres entre nous.

Anne-Sophie Corbeau: Donc ma fille et mon mari étaient à Paris et puis moi à Riyad.

Anne-Sophie Corbeau: Et c'est vrai que ce n'était pas toujours très évident.

Anne-Sophie Corbeau: Et à l'époque, l'Arabie Saoudite, on n'y rentrait pas très facilement, ce qui n'arrange rien parce que maintenant les visas sont en ligne, c'est assez facile d'y rentrer.

Anne-Sophie Corbeau: Mais à l'époque, il fallait faire tout un processus de demande de visa.

Anne-Sophie Corbeau: Ça prenait des semaines, donc c'était vraiment assez compliqué.

Anne-Sophie Corbeau: Mais bon, du coup, on s'est accommodé.

Anne-Sophie Corbeau: Ma fille a toujours de très, très bons souvenirs d'ailleurs de Ria.

Anne-Sophie Corbeau: Toute ma famille en a. Mais à un moment, j'ai décidé qu'il fallait me rapprocher.

Anne-Sophie Corbeau: Donc, j'ai trouvé un poste au Royaume-Uni, ce qui me permettait d'être relativement proche, ce qui me permettait de passer en fait quatre jours à Londres et trois jours à Paris.

Anne-Sophie Corbeau: Ça a fonctionné très, très bien jusqu'au moment du Covid.

Anne-Sophie Corbeau: Quand le Covid est arrivé, moi je me suis retrouvée en France et au bout d'un mois, j'étais toujours en France parce que pratiquement tout était bloqué.

Anne-Sophie Corbeau: Et là, les ressources humaines de BP m'ont dit « Mais qu'est-ce que tu fais en France?

Anne-Sophie Corbeau: » « Alors texto, qu'est-ce que tu fais en France?

Anne-Sophie Corbeau: On ne paye pas à travailler en France.

Anne-Sophie Corbeau: Ta position, elle est au Royaume-Uni, à Londres, donc tu reviens. »

Anne-Sophie Corbeau: à reprendre l'Eurostar, on était pratiquement 15 personnes dans l'Eurostar, et donc à revenir travailler au Royaume-Uni, de mon appartement, j'étais toute seule, je ne voyais personne, et la situation pendant 2020 a naturellement empiré, ça a cumulé avec l'hiver, je suppose que tous les gens au Royaume-Uni savent exactement ce qui s'est passé, l'hiver 2020-2021, ça a été catastrophique au Royaume-Uni, et donc je me suis retrouvée en me disant, mais qu'est-ce que je fais là?

Anne-Sophie Corbeau: Et là, je dis, bon, allez, hop, je commence à chercher du travail ailleurs.

Anne-Sophie Corbeau: J'ai contacté quelques amis.

Anne-Sophie Corbeau: Un de mes amis m'a dit, mais pourquoi tu ne contactes pas Jason Bordoff de Cijep?

Anne-Sophie Corbeau: De toute façon, ça fait des années qu'il veut t'embaucher.

Anne-Sophie Corbeau: Une heure après, je recevais un email de Jason.

Anne-Sophie Corbeau: Je n'avais pas contacté.

Anne-Sophie Corbeau: C'était la plus d'autres personnes qui l'avaient contacté pour moi, qui me dit, il faut qu'on parle.

Anne-Sophie Corbeau: Et puis bon, donc la négociation, c'était ma position doit être à Paris parce que je veux être avec ma famille.

Anne-Sophie Corbeau: Je ne suis plus...

Anne-Sophie Corbeau: de compromis là-dessus et là pour le moment c'est encore le cas, ma fille a 12 ans je suis encore restée auprès d'elle et voilà donc là pour le coup j'étais nettement mis ma priorité sur ma vie familiale parce que le Covid au bout d'un moment c'était absolument impossible d'être séparée.

Anne-Sophie Corbeau: Je suis restée au Royaume-Uni, il était impossible pour moi d'en sortir parce que ma fille était en France, c'était interdit.

Anne-Sophie Corbeau: J'ai demandé à toutes les autorités possibles et imaginables, le Consulat de France, BP,

Anne-Sophie Corbeau: les autorités britanniques m'ont dit non, vous n'avez pas le droit de sortir.

Anne-Sophie Corbeau: Ça ne fait rien que vous ayez un enfant dans notre pays.

Anne-Sophie Corbeau: C'était complètement hallucinant.

Anne-Sophie Corbeau: Donc là, ce sont des choix qu'il faut faire et c'est vrai que le Covid a vraiment complètement rebattu les cartes à ce niveau-là.

lpaltiguzman: donc c'est un mélange d'expérience c'est un mélange d'expérience de maturité et d'apprendre à dire non aussi après pour ta prochaine position de savoir ce qui te convient

Anne-Sophie Corbeau: Donc là, pour le moment...

Anne-Sophie Corbeau: Exactement, mais c'est aussi en fait un très mauvais calcul de la part de certaines compagnies.

Anne-Sophie Corbeau: J'avais eu d'autres discussions avec d'autres compagnies qui ne comprenaient pas que, oui, moi je viens, mais il y a la famille derrière, je ne vais pas les abandonner, mon mari ne va pas rester à la maison.

Anne-Sophie Corbeau: J'ai eu des discussions avant d'aller en Arabie Saoudite avec de grandes compagnies internationales et ça s'est arrêté sur le fait que, non, moi je bouge, mais il y a tout le monde.

Anne-Sophie Corbeau: Donc il faut prendre en compte la famille.

Anne-Sophie Corbeau: Soit dit en passant,

Anne-Sophie Corbeau: on peut vivre en étant dans deux pays pendant un certain temps.

Anne-Sophie Corbeau: Après, il faut envisager la possibilité de pouvoir être tous ensemble.

Anne-Sophie Corbeau: Mais c'est faisable, ça se fait hors Covid.

Anne-Sophie Corbeau: Je pense que si les ressources humaines du bébé ou du moins la détestable personne à laquelle j'ai eu affaire avait été un tout petit peu plus flexible, ça se serait beaucoup mieux passé.

Anne-Sophie Corbeau: D'ailleurs, un certain nombre de collègues, quand je suis partie et qu'ils ont compris pourquoi je partais, m'ont dit « Anne-Sophie,

Anne-Sophie Corbeau: faut pas demander aux ressources humaines, il faut leur dire quoi faire, si tu es venu vers moi, je t'aurais dit, on aurait parlé aux ressources humaines et tu serais allé à Paris, d'ailleurs j'étais en fait membre du comex de PP France, donc oui, bon, ça aurait pas été si compliqué que ça, mais voilà, mauvaise personne.

lpaltiguzman: Et en tout cas, je crois qu'une des premières fois où on s'est rencontrés, ça devait peut-être être à Flame ou à une autre conférence.

Anne-Sophie Corbeau: C'était ta flemme, ouais.

lpaltiguzman: Tu te souviens de la première fois où on s'est rencontrés?

Anne-Sophie Corbeau: Je me souviens de la première fois, ouais,

lpaltiguzman: En tout cas, je voulais te remercier parce que je pense que tu es un rôle modèle.

lpaltiguzman: Tu as été un peu plus… Je crois que tu as quelques années d'avance sur moi sur le circuit des conférences et speaking.

lpaltiguzman: Et je trouve ça… Surtout à l'époque, tu as 20 ans, plus de 20 ans d'expérience.

lpaltiguzman: Moi, ça va approcher les 18 ans, je crois.

lpaltiguzman: Donc, il n'y avait à l'époque pas beaucoup de femmes qui étaient dans des panels et qui prenaient leur parole et qui sont straightforward et qui n'ont pas peur de mâcher des mots.

Anne-Sophie Corbeau: Exactement.

lpaltiguzman: Donc, je pense que c'est bravo pour ton influence et pour être un modèle pour nous toutes.

Anne-Sophie Corbeau: Mais je crois qu'en fait, quand on est une femme, et surtout quand on est dans ma position, on peut exprimer vraiment son opinion.

Anne-Sophie Corbeau: C'est vraiment, en fait, utile parce que beaucoup de gens viennent vers moi après les panels en général en disant merci beaucoup d'avoir parlé.

Anne-Sophie Corbeau: Alors,

Anne-Sophie Corbeau: beaucoup sont aussi restreints en fait par les directives corporelles.

Anne-Sophie Corbeau: Il faut donner le message corporelle et ne pas s'en éloigner.

Anne-Sophie Corbeau: Ce n'est pas toujours évident.

Anne-Sophie Corbeau: Mais je pense que des gens comme nous ont la possibilité de pouvoir s'exprimer et de donner leur opinion.

Anne-Sophie Corbeau: Naturellement, une opinion qui doit être basée sur des faits.

lpaltiguzman: bien sûr des données et je me souviens d'une conférence à Flame où on était toutes les deux enceintes d'ailleurs donc c'est il y a à peu près 11 ans maintenant 2013 ouais et d'ailleurs je devais être crevée parce que je me souviens que j'avais le décalage horaire donc je sais plus quand est-ce que j'étais arrivée mais

Anne-Sophie Corbeau: Il ne s'agit pas de dire n'importe quoi non.

Anne-Sophie Corbeau: Merci.

lpaltiguzman: Mon fils est né en août, donc Flaimes en général en mai, donc je devais être 7-8 mois de grossesse.

lpaltiguzman: Et entre le décalage horaire et la fatigue, la grossesse, je crois que j'ai mangé beaucoup de cookies pour me réveiller et pour monter mon niveau de sucre.

lpaltiguzman: Et je me souviens de Karen Sund qui est décédée depuis, mais qui était venue me voir.

Anne-Sophie Corbeau: C'est clair.

lpaltiguzman: Ça va, tout va bien.

lpaltiguzman: Mais j'avais été contente de te retrouver à ce moment-là parce qu'on était à peu près dans la même position.

Anne-Sophie Corbeau: Ah, c'est clair.

Anne-Sophie Corbeau: J'ai débarqué, c'était l'horreur, parce qu'en fait, ce jour-là, il y avait un temps épouvantable.

Anne-Sophie Corbeau: J'ai pris le premier, ça s'appelait Thalys à l'époque, qui devait partir à 6h et quelques,

Anne-Sophie Corbeau: j'avais pas pris mon petit déjeuner, ils nous ont annoncé qu'il n'y aura pas de nourriture, moi j'étais morte de faim, j'étais à 7 points de grossesse, bon finalement il y a eu de la nourriture heureusement, et donc je suis arrivée à Amsterdam où il y avait Catherine qui m'a vue monter avec mon baby-pam, parce que là pour le coup ça devait être fin mars, parce que moi j'ai accouché le 10 mai, et j'étais à 7 mois et demi, c'était mon dernier voyage absolument, d'ailleurs voyage par train,

Anne-Sophie Corbeau: Et elle m'a regardée en disant, attends, mais t'es enceinte?

Anne-Sophie Corbeau: J'étais arrivée, je crois que j'avais le trajet, normalement, c'était 3h30, j'avais fait plus de 6h dans le train, j'étais le seul train qui était parti ce jour-là.

lpaltiguzman: Merci.

Anne-Sophie Corbeau: C'était une sacrée expérience.

Anne-Sophie Corbeau: Mais dans les expériences assez amusantes de femmes qui retournent travailler tout en allaitant, alors j'ai fait des expéditions absolument mémorables, en fait, donc je tirais mon lait,

Anne-Sophie Corbeau: Je m'arrangeais pour, en fait, garder mon lait frais avec des glaçons, etc., que je demandais dans les hôtels.

Anne-Sophie Corbeau: Je faisais passer mon lait à travers les systèmes de sécurité des aéroports.

Anne-Sophie Corbeau: Je me rappelle toujours en Italie, il y avait des petits ponts de lait qui passaient.

Anne-Sophie Corbeau: Le mec qui regarde, qui se dit, c'est quoi ça?

Anne-Sophie Corbeau: Bon, c'était passé.

Anne-Sophie Corbeau: Des aventures avec, pareil, le Thalys qui me donne, qui accepte de mettre mon lait, en fait, dans le frigo du train.

Anne-Sophie Corbeau: C'était fantastique.

Anne-Sophie Corbeau: Mais bon, voilà, quand on veut vraiment se débrouiller, on peut.

Anne-Sophie Corbeau: Mais c'était des bons souvenirs, ça.

lpaltiguzman: D'ailleurs, qu'est-ce que tu dis à ta fille maintenant quand tu lui expliques ton travail de façon simple?

lpaltiguzman: Elle comprend?

lpaltiguzman: C'est clair?

Anne-Sophie Corbeau: Ah oui, elle comprend parce que maman passe beaucoup à la télévision, donc elle est très contente de pouvoir dire « tiens, maman, moi je suis estampillée vue à la télé ».

Anne-Sophie Corbeau: Non, elle comprend, elle comprend, elle a 12 ans maintenant, donc elle est en sixième.

Anne-Sophie Corbeau: D'ailleurs, ils ont de plus en plus en fait au programme de choses sur l'énergie.

Anne-Sophie Corbeau: Alors, elle a refusé de faire un topo sur le gaz, elle a fait un topo sur l'hydroélectricité, mais bon, j'ai un petit peu aidé au passage.

Anne-Sophie Corbeau: Et donc, oui, c'est ce que je fais grosso modo, c'est que je travaille sur le gaz naturel et l'hydrogène apparaît,

Anne-Sophie Corbeau: expliquer vraiment ce que c'est.

Anne-Sophie Corbeau: Voilà, on n'est pas encore là.

lpaltiguzman: Tu me diras le premier jour où elle lit tes recherches et tes rapports.

Anne-Sophie Corbeau: Oula, c'est mal barré.

lpaltiguzman: Bon, c'était un plaisir de te parler, Anne-Sophie.

lpaltiguzman: Merci, merci.

lpaltiguzman: Et on le refera bientôt.

Anne-Sophie Corbeau: Merci à toi pour l'invitation.

Anne-Sophie Corbeau: À très bientôt.

lpaltiguzman: À bientôt.

lpaltiguzman: This episode was recorded on May 28th, 2025.

lpaltiguzman: This is Leslie Palti-Guzman saying good day and good luck.

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