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A Chat with Leslie and David Lévy on Nuclear Revival and the West’s Competition with China and Russia

Energy Vista
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198 plays · Mar 1, 2026

Can the West still compete in nuclear power? In this French-language Energy Vista, Leslie Palti-Guzman sits down with David Lévy, former nuclear official and energy executive, for a strategic conversation on nuclear sovereignty, transatlantic cooperation, and Europe’s industrial future. From France’s original licensing of Westinghouse technology to today’s competition with Russia and China, we explore: • Should the US and Europe (+Japan and South Korea) form a coherent Western nuclear bloc? • China building 37 reactors in parallel, what does that mean for influence? • Why renewables alone cannot provide base load for AI and data centers This episode connects energy policy to geopolitics, industrial survival, and global power. 🎧 Listen on YouTube (with subtitles), Apple Podcasts, and Spotify. 🔎 Related Energy Vista episodes: • Philipp Chaffee on global nuclear revival, supply chains and policy drivers • Cécile Maisonneuve on Europe’s strategic autonomy, nuclear and the new geopolitics of electricity Subscribe for deeper energy geopolitics and market intelligence: 👉 https://lesliepaltiguzman.substack.com/ #EnergyVista #NuclearEnergy #EnergySecurity #Transatlantic #Europe #USA #China #Russia #EnergyPolicy #Electricity #Geopolitics #StrategicAutonomy #EnergyMarkets

Transcript

lpaltiguzman: Welcome to Energy Vista, a podcast on energy issues, personal and professional trajectories.

lpaltiguzman: A podcast where we make experts great again and contribute actively to the public debate and policymaking on commodities, the geopolitics of energy and trade.

lpaltiguzman: I'm your host, Leslie Palti-Guzman.

lpaltiguzman: It's February 27, 2026 and time for a new Energy Vista episode.

David B LEVY: Merci.

lpaltiguzman: Aujourd'hui, mon guest est David Lévy, un graduateur de l'École Polytechnique en France, un ingénieur qui a fait 10 ans en énergie et en défense en tant que senior civil servant et 25 ans en la secteur privée et en la secteur technologique.

lpaltiguzman: Il a aussi été un entrepreneur et un chef, et pour les trois dernières années, en l'énergie secteur.

lpaltiguzman: bringing his experience to this timely topic, including nuclear, where he has spent a lot of his thinking and time over the years.

David B LEVY: Merci.

lpaltiguzman: So I'm very excited.

lpaltiguzman: This episode will be in French.

lpaltiguzman: The good news is that it's translated directly in YouTube now with the subtitles.

lpaltiguzman: Donc, il sera disponible directement sur YouTube.

lpaltiguzman: Et ce podcast est aussi dédié à une communauté francophone global, où nous construisons des brades sur tous les côtés de l'Atlantique et de l'Ouest.

lpaltiguzman: Bonjour David!

David B LEVY: Bonjour Leslie....

lpaltiguzman: Merci de me rejoindre aujourd'hui sur le podcast.

lpaltiguzman: Alors, je suis très intéressée dans le futur des relations transatlantiques en général, mais aussi sur le sujet énergie et trouver qu'est-ce qui peut rapprocher les alliés historiques, surtout à l'heure où il y a beaucoup de voix qui s'élèvent pour plutôt souligner les sujets qui fâchent.

lpaltiguzman: Donc, il y a de nombreux dossiers, moi, je pense, qui sont de nature stratégique, que ce soit le secteur maritime,

lpaltiguzman: les minerais, les énergies fossiles, mais aussi le nucléaire, où les gouvernements, les entreprises privées peuvent trouver des deux côtés de l'Atlantique des zones et des centres d'intérêt et des dossiers où ils peuvent coopérer et avancer sur des nouvelles technologies, par exemple.

David B LEVY: Merci.

lpaltiguzman: Aussi pour contrer les Russes, les Chinois,

lpaltiguzman: Parce qu'à la fin, ceux qui vont dominer ces dossiers stratégiques vont être ceux qui vont établir les standards et les règles du jeu.

lpaltiguzman: Donc ce sont des enjeux de taille.

lpaltiguzman: Donc pour toi, est-ce que tu vois une coopération transatlantique sur ce dossier nucléaire actuellement ou plutôt une rivalité?

lpaltiguzman: Et je demande ça parce qu'on voit que de plus en plus, par exemple, l'entreprise Westinghouse

lpaltiguzman: qui est une société pionnaire dans ce sujet nucléaire, surtout en Europe d'ailleurs.

lpaltiguzman: Détail, c'est grâce à Westinghouse en partie que la France a eu...

lpaltiguzman: sa technologie du réacteur à eau pressurisé et qui est utilisée dans une grande partie du parc nucléaire en France aujourd'hui.

lpaltiguzman: D'ailleurs, maintenant, c'est une entreprise qui est principalement, qui a des propriétaires et des intérêts canadiens, mais donc qui s'établit de plus en plus en Europe, en Europe de l'Est notamment.

lpaltiguzman: Donc, est-ce que tu vois une rivalité ou une coopération?

David B LEVY: C'est une excellente question qui dépend beaucoup, effectivement, de… Beaucoup de choses dépendent de Trump, mais surtout de l'incertitude qu'il a créée, en fait, dans les relations, plus que de décisions, c'est l'incertitude qui pèse beaucoup.

David B LEVY: Alors, effectivement, revenons un tout petit peu dans le passé, 56 ans plus tôt, en 1970, quand on a décidé de lancer le programme nucléaire français, le choix a été fait de la filière House Oppression, de la filière Wessing House.

lpaltiguzman: Pourquoi?

David B LEVY: Alors, on a attendu que De Gaulle ait quitté le gouvernement pour faire ça.

lpaltiguzman: Pourquoi?

David B LEVY: Parce que, en fait, l'arme atomique française a été... Et les premiers réacteurs français n'étaient pas sur une technologie à haute suppression.

David B LEVY: Ils étaient sur une technologie qui s'appelle graphite gaz.

David B LEVY: Et cette technologie...

David B LEVY: très probablement, aurait conduit à des réacteurs beaucoup trop gros, parce que l'uranium n'est pas enrichi dedans, des réacteurs beaucoup trop gros avec des instabilités, un peu de toute proportion gardée, ce qui s'est passé à Tchernobyl.

David B LEVY: Mais Tchernobyl, la raison, ce n'est pas juste le réacteur lui-même, c'est le fait qu'on a bypassé cette sécurité les unes après les autres.

David B LEVY: Et donc, le réacteur le plus efficace était celui de Westinghouse à l'époque.

David B LEVY: Et le Chourah, on a attendu un peu que De Gaulle soit sorti du jeu parce qu'on n'est pas sûr qu'il aurait accepté comme ça de licencier une technologie américaine, d'être sous licence d'une technologie américaine.

David B LEVY: Pour la petite histoire qui est intéressante, d'ailleurs, pourquoi Westinghouse est le champion du monde des réacteurs sous pression qui sont l'essentiel des réacteurs de puissance vers le monde aujourd'hui?

David B LEVY: C'est parce que l'armée américaine lui avait commandé le premier réacteur de sous-marins qui s'appelait S1W.

David B LEVY: pendant la guerre, quelques dizaines, je pense, ou quelques mégawatts.

David B LEVY: Et après ça, on est passé de quelques mégawatts, quelques dizaines, quelques centaines, et à la fin, 1300 et même 1600 aujourd'hui.

David B LEVY: Et donc, Westinghouse a licencié cette technologie et à la fin, Pramatome est aujourd'hui passé construire des réacteurs sans avoir besoin de Westinghouse.

David B LEVY: Et il se trouve que Westinghouse est passé en chapter 11 il y a un peu plus d'une dizaine d'années aujourd'hui, est passé en chapter 11

David B LEVY: et a été redressée grâce à des fonds, donc grâce à Brookfield, qui est un fonds canadien, et qui l'a racheté, et assez paradoxalement, ou assez normalement plutôt d'ailleurs, par deux ingénieurs des mines français, Patrick Fragman et Jacques Bessnenou.

David B LEVY: Pourquoi normalement?

David B LEVY: Parce que Westinghouse a décidé de...

David B LEVY: de faire ce qui avait été offert en France, c'est-à-dire une filière, le même réacteur tout le temps.

David B LEVY: C'est-à-dire ce qui coûte très cher, c'est chaque, ce qu'on appelle « first of a kind », le premier exemplaire.

David B LEVY: Ça, ça coûte très cher et quand on reproduit, ça coûte moins cher.

David B LEVY: Donc, West-Igao, c'est caler là-dessus.

David B LEVY: Et un peu comme la fordité, on a le droit de modifier quelque chose du moment qu'on ne change rien.

David B LEVY: La coopération, maintenant, Framatome a développé un réacteur qui est d'ailleurs plus puissant que le réacteur Westinghouse, qui fait 1600 MW.

David B LEVY: Le réacteur Westinghouse fait plutôt 1000.

David B LEVY: Framatome et EDF en ont construit des premiers exemplaires, mais qui ne seraient pas les exemplaires qui vont être développés maintenant à Panly d'abord, puis après ça à Bugey et ailleurs.

David B LEVY: Il y a de la coopération déjà entre Framatome et Wessig House.

David B LEVY: Par exemple, dans un sens, quand il y a eu des problèmes à Plamanville, c'est Wessig House qui en a réparé une partie.

David B LEVY: EDF est le premier client de Wessig House.

David B LEVY: Donc, il y a de la coopération.

David B LEVY: Je pense qu'il va y avoir de la coopération fortement dans toute l'Europe de l'Est parce que Wessig House ne va pas pouvoir tout fournir.

David B LEVY: Mais Wessig House aujourd'hui est plutôt en avance

David B LEVY: dans la mesure où ils ont construit des réacteurs qui ont eu des dérives de prix, comme les réacteurs de Framatome et de DF, sinon ils n'auraient pas été en Chapter 11.

David B LEVY: Mais Donald Trump a dit « Voilà 80 milliards pour me construire des réacteurs.

David B LEVY: » Donc le principal souci de Wasinger House aujourd'hui, c'est d'être capable de construire tous les réacteurs dont les États-Unis ont besoin.

David B LEVY: Ce qui veut dire qu'en Europe, il y a de la place pour la coopération et Framatome et Bernard Fontana qui était le président de Framatome jusqu'à l'année dernière avaient une logique de ne pas forcément fournir des réacteurs mais de fournir des pièces, que ce soit les turbines, les cuves, les géanteurs de vapeur ou des pompes ou des vannes, peu importe, mais de fournir des sous-systèmes.

David B LEVY: Donc la coopération va forcément exister.

lpaltiguzman: Et c'est une coopération qui sera avec des consortiums ou plus, comme tu mentionnes, un peu d'éléments européens, un mélange un peu hybride?

David B LEVY: Alors, je pense qu'avant d'arriver à un consortium, vu que les relations étaient assez distantes à un moment, on est forcé de passer par, on commence par se rapprocher, se renifler, et puis au bout d'un moment, il y aura des consortiums.

lpaltiguzman: Et est-ce qu'il y a une rivalité pour gagner des marchés?

lpaltiguzman: Parce qu'on a vu que Westinghouse a gagné certains marchés en Europe de l'Est.

lpaltiguzman: Est-ce qu'il y a eu une rivalité avec EDF ou pas?

David B LEVY: C'est vrai qu'il y a eu de la concurrence

David B LEVY: les Américains et les Européens ont été sur les mêmes marchés et aussi les Coréens, d'ailleurs, parfois.

David B LEVY: Aujourd'hui, l'avantage des Américains, c'est qu'ils ont déjà vendu, qu'ils ont la puissance des Américains.

David B LEVY: On ne va pas se faire d'illusions comme là-dessus.

David B LEVY: L'inconvénient des Français, c'est qu'ils n'ont... Malheureusement, la France est moins crédible qu'elle ne l'était il y a 50 ans, en ce moment-là, à l'export, et qu'on n'a pas construit...

David B LEVY: On a vendu quand même des réacteurs en Angleterre, mais on n'a pas cette idée de on en vend plein du même modèle.

David B LEVY: On n'est pas capable de vendre les réacteurs qu'on va construire en France à 600 mégawatts.

David B LEVY: Comme on ne les a pas encore construits, je pense que c'est difficile de les vendre, même si, encore une fois, on les a vendus en Angleterre.

David B LEVY: Et puis, il y a une question de taille aussi, qui est que peut-être 600 mégawatts est un peu trop gros.

David B LEVY: Donc, pour moi, la coopération entre EDF, Framatome d'un côté, Westinghouse de l'autre,

David B LEVY: va commencer sur des fournitures dans un sens ou dans l'autre.

David B LEVY: Et puis petit à petit, c'est là qu'il faut voir quels sont les concurrents ou les concurrents plus violents.

David B LEVY: La concurrence peut être plus forte, c'est que quelque part, les Russes et les Chinois et un peu les Coréens sont des concurrents qui sont au moins aussi importants que Westinghouse et qui sont dans des pays qu'on considère moins démocratiques.

David B LEVY: Et donc la question va être, est-ce qu'on est capable d'être les Américains d'un côté, les Français de l'autre, les Coréens d'un troisième, à peu près démocratique, et puis face aux Chinois et aux Russes?

lpaltiguzman: non

David B LEVY: Moi, je pense que je suis assez pessimiste là-dessus, et je pense qu'on aura...

David B LEVY: À un moment, il y aura besoin d'un rapprochement Westinghouse EDF from Atome, si on veut être capable de concurrencer Rosatome ou les Chinois dans un certain nombre de pays, et que la France toute seule aura quand même beaucoup plus de moelle.

David B LEVY: Il faut voir que les Chinois construisent en ce moment 37 réacteurs en parallèle.

David B LEVY: Notre parc, c'est...

David B LEVY: les deux tiers de notre part, et ils vont le construire en 5-6 ans.

David B LEVY: Donc les Chinois vont avoir un part qui va être très rapidement deux fois le nôtre, puis trois fois le nôtre, puis etc.

lpaltiguzman: Est-ce qu'ils ont des ambitions à l'export, les Chinois?

David B LEVY: On retrouve plus les Russes à l'export, mais je ne vois pas pourquoi les Chinois ne seraient pas capables de faire aussi à l'export avec juste un... Enfin, il faut savoir que...

David B LEVY: Un réacteur, c'est un peu trois choses.

David B LEVY: Il y a une technologie, enfin une licence, si j'ose dire.

David B LEVY: Il y a la fabrication des grosses pièces.

David B LEVY: Et après ça, il y a toute l'ingénierie, c'est-à-dire le montage, etc.

David B LEVY: Le coût du montage, je mets six ans à le faire au lieu de mettre 12 ans, ou 12 ans au lieu de six ans.

David B LEVY: Ça, c'est relativement local.

David B LEVY: On a déplacé des équipes en France entre Gravelines et Dampierre, ou Dampierre et Tricastin, mais c'est à 500 km l'un de l'autre.

David B LEVY: C'est beaucoup plus difficile d'un pays à l'autre.

David B LEVY: Donc, sauf peut-être... l'IA aidera sans doute dans le futur.

David B LEVY: Et donc, ce que les Chinois sont capables de faire en cinq ans en Chine, ils ont plus de mal à l'exporter.

David B LEVY: Et après ça, il y a toutes les normes de sûreté où on essaye de faire en sorte que les normes de sûreté soient à peu près internationales, parce que sinon, si un réacteur pète en Tchéquie, les retombées ne vont pas se limiter à la Tchéquie.

lpaltiguzman: Je suis tout à fait d'accord avec toi sur le point que je pense qu'il y aura un besoin d'un bloc cohérent occidental sur ce sujet nucléaire.

David B LEVY: Donc, il vaut mieux que les normes soient internationales.

lpaltiguzman: en ajoutant peut-être le Japon, la Corée du Sud, l'Europe et les États-Unis, pour contrer justement ces pays comme la Chine et la Russie.

lpaltiguzman: Qu'est-ce que c'est au final le danger si la Chine et la Russie dominent le nucléaire civil?

David B LEVY: Alors, si domine à l'export, c'est de perdre des marchés à export.

David B LEVY: C'est quand même des marchés importants.

David B LEVY: Il faut être sûr que les normes de sûreté sont les mêmes.

David B LEVY: Maintenant, je pense qu'il nous faut notre indépense à nous.

David B LEVY: On ne peut pas dépendre quand même des russes.

David B LEVY: Il y a la question export, puis la question chez nous.

David B LEVY: La question export, on a perdu des marchés à export, ce qui est très triste.

David B LEVY: la question chez nous, je pense qu'on a besoin de notre indépendance et ça va être des grands débats effectivement si on arrive à se rapprocher de Westinghouse, enfin si on arrive, si on se rapproche de Westinghouse un jour, plus que juste fournir des systèmes ou fournir des équipes ou etc.

David B LEVY: Il faut savoir qu'il nous fournit du combustible à Westinghouse.

David B LEVY: Et bien, je pense que malgré tout, il faut qu'on soit à peu près indépendant chez nous, on l'a été et il faut qu'on le reste.

David B LEVY: Dernière chose que j'oubliais d'ailleurs,

David B LEVY: les États-Unis vont commander une usine d'enrichissement à Orano, avec Urenco.

lpaltiguzman: Merci.

David B LEVY: C'est une technologie centrifugeuse.

David B LEVY: Donc, ça veut dire que les États-Unis ont besoin de nous également.

David B LEVY: Le problème, c'est qu'on est très dépendant de toutes ces histoires de technologies.

David B LEVY: Quand Donald Trump dit, dès qu'un neurone a servi à quelque chose aux États-Unis, vous ne pouvez pas exporter le techno ailleurs.

David B LEVY: ça devient lourd, alors que jusqu'à présent, le nucléaire était un peu passé, je veux dire, à côté de toutes ses limitations, on faisait à enrichir jusqu'à il y a peu, alors je ne sais pas où ça en est aujourd'hui, de l'uranium en Russie, enfin la Russie est le premier fournisseur d'uranium enrichi, et il enrichissait même de l'uranium de retraitement, qui est l'uranium qui sort de réacteur, et c'était le seul à faire ça.

lpaltiguzman: Non, c'est cette notion de souveraineté énergétique, et on en entend beaucoup parler, surtout depuis l'invasion de la Russie en Ukraine.

David B LEVY: Donc voilà.

lpaltiguzman: Donc, il y a autonomie, souveraineté.

lpaltiguzman: Est-ce que tu peux nous donner un peu dans le contexte européen, comment tu comprends ce concept de souveraineté?

lpaltiguzman: Ce n'est pas juste par rapport aux États-Unis, ce n'est pas juste par rapport à la Russie, mais donne-nous un peu les derniers développements en Europe et en France.

David B LEVY: Alors, en termes énergétiques, effectivement, il y a ce qu'on est capable de construire et ce qu'on a besoin d'importer.

David B LEVY: C'est deux choses un peu différentes.

David B LEVY: On va dire construire une centrale à gaz, tout le monde ne sait pas le faire, mais beaucoup de gens savent le faire.

David B LEVY: Mais par contre, après ça, il y a toute l'indépendance énergétique qu'on a vue avec le chauffe de 1973.

David B LEVY: Et là, il faut tirer un chapeau quand même à nos anciens parce que

David B LEVY: Le lancement du parc, contrairement à ce qu'on croit, le lancement du parc nucléaire, c'est avant le choc de 73.

David B LEVY: Il y a eu une accélération en 74, mais le gros du lancement, c'était avant 73.

David B LEVY: Et il y avait même, alors puisque tu parles indépendance, non seulement on avait lancé des réacteurs à haute sous pression, mais en plus de ça, on avait lancé les réacteurs qu'on appelle la neutre en rapide, qui permettent de recycler l'uranium, j'allais dire quasiment éternellement, pour des centaines d'années, voire des milliers d'années.

David B LEVY: Parce que l'uranium, en fait, on en utilise 0,7%, parce qu'il y a deux atomes différents dans l'uranium, l'uranium 235 et l'uranium 238.

David B LEVY: Et on en utilise 0,7% dans les réacteurs à hausse ou pression.

David B LEVY: Et grâce à un réacteur neutre en rapide, on utilise tout le reste en faisant de plus de l'unir, en fait.

David B LEVY: Et donc, ça, c'était décidé ensemble, c'est-à-dire réacteur à hausse ou pression et réacteur à neutrons rapides, en 1970, ce qui est juste incroyable d'avoir cette vision-là qu'on est strictement incapable d'avoir aujourd'hui, ça fait peur d'incapacité, quoi.

David B LEVY: Donc, il y a avoir disposé de la technologie pour construire un réacteur nucléaire et être indépendant chez soi pour pas qu'un jour, il y ait un Américain qui nous dise « Ah ben non, la licence, elle est à moi, arrêtez d'exploiter » ou « Vous n'avez pas le droit d'exporter ».

David B LEVY: Il y a, après ça, tout ce qui est indépendance dans le sens de la fourniture du combustible ou du combustible enrichi qui est une technologie assez compliquée.

David B LEVY: Là, on sait enrichir l'uranium.

David B LEVY: On en a beaucoup chez nous.

David B LEVY: Il y en a qui viennent d'un certain nombre de pays, du Canada, du Kazakhstan.

David B LEVY: Avant, on avait le Niger et le Gabon.

David B LEVY: Le Gabon était fermé, mais le Niger, depuis peu de temps, un an ou deux, à la suite de la guerre en Ukraine, un jour, Emmanuel Macron a dit quelque chose et les Russes, plus ou moins en représailles, ont fermé le Niger, j'allais dire.

David B LEVY: Donc, on n'a plus accès au Niger aujourd'hui.

David B LEVY: mais il y a suffisamment d'uranium dans suffisamment de pays et c'est suffisamment facile à stocker pour qu'on soit à peu près tranquille là-dessus.

David B LEVY: Et en plus de ça, si jamais il y avait un très grave problème, on prendrait notre stock d'uranium de retraitement et on le remettrait dans l'enrichissement, la conversion, et ça nous fera de l'uranium qu'on peut remettre dans les réacteurs.

David B LEVY: Voilà, donc maintenant les technologies, les Russes exportent la technologie, les Chinois aussi, mais les Chinois par exemple construisent des réacteurs sous une licence West-Higuao.

David B LEVY: En tout cas, c'est des réacteurs qui viennent de chez West-Higuao.

David B LEVY: Je ne connais pas l'aspect juridique de la chose, mais la technologie vient de West-Higuao.

David B LEVY: Et les Coréens aussi, c'était une technologie West-Higuao et c'est comme ça qu'ils ont construit leurs réacteurs.

lpaltiguzman: aux Etats-Unis on parle beaucoup du concept all the above energy où notre économie a besoin pas d'un winner mais de en fait de développer toutes les énergies pour être le mieux placé dans la course pour l'AI mais aussi juste pour avoir une énergie

lpaltiguzman: à bon prix, aussi pour avoir security of energy et tout ça.

lpaltiguzman: Donc aux États-Unis, je pense que c'est mal comprendre ce qui se passe aux États-Unis, de penser que c'est seulement l'énergie fossile qui est en train d'être développée.

lpaltiguzman: L'administration actuelle passe beaucoup de temps aussi, surtout le ministère de l'énergie, Chris Wright, qui est aussi un ingénieur, qui sait de quoi il parle.

lpaltiguzman: Je pense qu'il est à fond nucléaire.

lpaltiguzman: Récemment, en géothermale aussi, il a annoncé beaucoup d'investissements aussi pour développer la recherche dans le géothermal.

lpaltiguzman: Et beaucoup d'États américains continuent à développer les renouvelables.

lpaltiguzman: Donc, en fait, est-ce qu'en Europe, on est encore dans une doctrine, enfin, dans une approche un peu doctrinaire par rapport à quelle énergie il faut poursuivre pour cette autonomie, pour la transition énergétique?

David B LEVY: Alors, effectivement d'abord, si je prends l'exemple des... Je commence aux États-Unis et en Chine et j'arrive en Europe.

lpaltiguzman: Jusqu'à maintenant, il y a eu un choix par rapport aux renouvelables qui ont été faits.

lpaltiguzman: Ou bien il y a une approche plus pragmatique depuis la guerre en Ukraine qui se développe et donc le nucléaire a refait surface comme une solution.

lpaltiguzman: Mais où est-ce que tu penses qu'on, où est-ce qu'on en est dans ce débat en Europe?

David B LEVY: L'énergie, c'est comme tous les marchés.

David B LEVY: Il y a des endroits où c'est plus favorable comme ci et des endroits où c'est plus favorable comme ça.

David B LEVY: Quand on est au Kerguelen, qui est un territoire français, mettre des éoliennes, c'est génial.

David B LEVY: Aux États-Unis, il y a des endroits qui sont plus au sud, plus ensoleillés, des endroits qui sont plus au nord, qui ont plus accès, certains peuvent avoir plus accès au pétrole ou moins accès au pétrole.

David B LEVY: Il y a des endroits où la consommation est concentrée, d'autres où elle n'est pas concentrée, etc.

David B LEVY: Et donc, on trouve toutes les configurations.

David B LEVY: Et effectivement, ça peut être intéressant d'avoir au Texas beaucoup de panneaux solaires, même s'il y a du pétrole aussi, beaucoup de panneaux solaires pourvu qu'il y ait un peu de batterie derrière.

David B LEVY: C'est-à-dire le propre de l'électricité, c'est qu'elle est très difficile à stocker.

David B LEVY: Et pour faire des data centers, le data center ne va pas s'arrêter de 18h à 6h du matin.

lpaltiguzman: Il faut une énergie en continu, 24 heures sur 24, base load et scalable comme on dit ici.

David B LEVY: Absolument.

David B LEVY: Et donc, c'est là que les gens sont, quand ils sont doctrinaires, ils sont d'assez mauvais espoir, ils disent, regarde, aux États-Unis, ils font plein de panneaux solaires, le Texas, il a, je ne sais plus, combien de pourcents d'énergie solaire, la Chine, elle fait du panneau solaire, etc.

David B LEVY: Oui, la Chine, elle fait aussi beaucoup de centrales au charbon, parce qu'entre le nord de la Chine et le sud de la Chine, il y a des endroits où il y a plus de soleil, d'autres où il y a plus de vent, d'autres où il y a plus de charbon, d'autres, etc.

David B LEVY: La France a cette particularité que

David B LEVY: Il y a un grand écart déjà entre le soleil d'été et le soleil d'hiver.

David B LEVY: Déjà en Espagne, l'écart est plus faible, mais en France, c'est un facteur 12, ce qui est absolument énorme.

David B LEVY: C'est-à-dire que quand j'ai un panneau de 1200 watts, il va fournir 1200 watts en été, et en hiver, il ne va plus fournir que 100 watts.

David B LEVY: Grosso modo.

David B LEVY: C'est plutôt en énergie.

David B LEVY: S'il fournit 1200 W en été, il ne va plutôt fournir que 100 W en hiver.

lpaltiguzman: Sous-titrage ST' 501

David B LEVY: Ce qui veut dire que soit j'en construis énormément pour que ça marche aussi en hiver et j'ai dépensé plein d'argent, soit j'en construis pas assez et donc ça ne marchera pas en hiver.

David B LEVY: Et pour les data centers, effectivement, il faut que ça marche en hiver.

David B LEVY: Alors, après ça, il y a l'histoire des pays.

David B LEVY: Nous, on a un réseau

David B LEVY: hypermaillé et de l'électricité décarbonée avec le nucléaire et l'hydraulique.

David B LEVY: À partir du moment où on a ça, ça n'a pas grand sens de construire beaucoup d'éolien de solaire, d'autant que tous les coûts sont des coûts fixes.

David B LEVY: C'est-à-dire à chaque fois que je dépense quelque chose, je ne fais pas d'économie par ailleurs parce que c'est le coût d'investissement qui fait la quasi-totalité du coût, 90 % du coût dans toutes ces centrales de production.

David B LEVY: Alors, au niveau européen, effectivement, il y a eu...

lpaltiguzman: Merci.

David B LEVY: La doctrine a été très pro et poussée par les Allemands beaucoup très pro renouvelable et anti-nucléaire.

David B LEVY: Les Allemands ont arrêté le nucléaire, les Belges arrêtent le nucléaire et tout à coup appuient sur le frein et font une espèce de dérapage incontrôlé.

David B LEVY: nous on a réussi à préserver le nucléaire malgré tout un tas de signaux européens où quand une maison est chauffée à l'énergie nucléaire, on ne considère pas qu'elle ait les mêmes caractéristiques que quand elle est chauffée autrement, enfin l'électricité nucléaire, etc.

David B LEVY: Et donc aujourd'hui,

David B LEVY: Ça va être horrible ce que je dis, mais je pense qu'il y a eu un vrai suicide européen sur les histoires énergétiques qui n'a pas touché que la France.

David B LEVY: La France est même plutôt protégée, mais on a dépensé des centaines de milliards d'euros à mettre de l'éolien et du solaire.

David B LEVY: Et quand on regarde ce qui se passe quand on élève l'éolien et le solaire, on aurait exporté un peu moins d'électricité qu'aujourd'hui, mais on aurait eu l'électricité dont on a besoin.

David B LEVY: En Allemagne, c'est presque pire parce qu'ils ont arrêté tout le nucléaire.

David B LEVY: Et donc, Friedrich Merz vient de dire, on a fait une bêtise, on va reconstruire plein de centrales à gaz.

David B LEVY: Ce qui veut dire en termes d'indépendance qu'on va être dépendant du gaz.

David B LEVY: Alors, Russes ou Américains, ça, ça dépend des périodes, mais on va être dépendant du gaz importé, quoi.

David B LEVY: et Ursula von der Leyen aussi a dit on a fait des graves bêtises lors de son discours de l'état de l'union et donc il faut changer elle a fait un geste comme ça, il faut changer et c'est assez bizarre parce que son geste voulait peut-être dire il faut changer pour aller du gaz russe au gaz américain mais tant qu'on n'a pas de central nucléaire on n'a pas de base load on ne peut pas développer des data centers sur les renouvelables ce n'est pas possible

lpaltiguzman: Déjà, reconnaître les erreurs, c'est un bon point.

lpaltiguzman: C'est la première étape.

lpaltiguzman: Est-ce que l'électricité en Europe va augmenter?

lpaltiguzman: Parce que jusqu'à maintenant, elle a été en régression.

lpaltiguzman: Aux États-Unis, on ne parle que des data centers et de l'augmentation de la demande d'électricité, pas que pour ça, mais aussi pour éventuellement dans le futur l'électrification de toute l'économie, y compris possible de l'industrie à plus grande échelle.

lpaltiguzman: Est-ce qu'on commence à en parler en Europe?

David B LEVY: Si on continue à mal faire, elle va forcément augmenter.

David B LEVY: C'est-à-dire, c'est rare de raisonner en économie à coût fixe, comme l'énergie, mais si je regarde le périmètre français, c'est une économie à coût fixe, donc à chaque fois que je rajoute un panneau solaire, quelque part j'ai dépensé plus, parce que j'ai rajouté un panneau solaire,

David B LEVY: Et à la fin, c'est soit le contribuable français, parce que c'est très largement subventionné, soit le consommateur français, soit l'actionnaire d'EDF, parce que EDF est le principal fournisseur, qui est aussi le contribuable français, en fait.

David B LEVY: Mais l'argent, d'une manière ou d'une autre, il ne va pas sortir de ce cercle-là.

David B LEVY: Et donc, dans la série, on dit beaucoup de bêtises parfois, l'autoconsommation,

David B LEVY: L'autoconsommation, c'est je vais mettre un panneau solaire sur mon toit et je vais produire mon électricité.

David B LEVY: Tout le monde dit c'est génial, comme ça on est indépendant.

David B LEVY: Oui, mais c'est faux parce que l'autoconsommation, en été, ça marche bien.

David B LEVY: En été, l'électricité est gratuite, donc je n'avais pas besoin de me payer mon panneau solaire et il suffisait que j'achète l'électricité au prix spot.

David B LEVY: Donc en été ça marche bien, mais en hiver il n'y a pas de soleil.

David B LEVY: Et donc je vais devoir de toute manière tirer sur le courant EDF.

David B LEVY: Enfin EDF ou un autre.

David B LEVY: Et quand je tire sur le courant EDF, ça veut dire que EDF aura été forcé de prévoir les capacités de production, les capacités de transport, les capacités de distribution.

David B LEVY: Donc à la fin j'aurais juste rajouté un coût qui est le coût de mon panneau solaire dans le système.

David B LEVY: Et quelqu'un va le payer.

David B LEVY: Alors, ça va être quelqu'un sur sa facture, quelqu'un sur son impôt ou ses EDF dont le résultat va diminuer.

David B LEVY: Mais il y a donc une économie de coût fixe.

David B LEVY: Et à ce moment-là, avec ce raisonnement-là, l'électricité augmente.

David B LEVY: Et tant que ce n'est pas optimisé, l'électricité va augmenter.

David B LEVY: Maintenant, il y a eu tellement d'investissements dans l'éolien et dans le solaire que le prix spot solaire, ce que j'appelle le prix spot solaire, c'est-à-dire le prix spot moyen pendant les heures où il y a de l'électricité solaire, est beaucoup plus bas, il doit être à 32 ou 34 euros le mégawatt-heure, quand le prix spot moyen a été à 60 et quelques cette année.

David B LEVY: Donc, ça va diminuer le prix vers le bas.

David B LEVY: Et donc, après ça, la question va être, est-ce qu'on est capable d'équilibrer en quelque sorte, c'est-à-dire de basculer de l'électricité chère dans de l'électricité pas chère?

David B LEVY: Si je suis capable d'avoir des batteries pendant 24 heures et que ce n'est pas trop cher, mes panneaux solaires qui...

David B LEVY: Mais à la fin, le problème, c'est que j'ai toujours... Mais il faut toujours que j'assure la pointe du... Cette année, c'était le 6 janvier.

David B LEVY: On a consommé 90 gigawatts.

David B LEVY: Et pour assurer la pointe du 6 janvier, il faut que j'ai construit suffisamment d'hydraulique, de nucléaire, de gaz, parce que le 6 janvier à 10h15, l'éolien et le renouvelable, c'était 5% de la production, point.

David B LEVY: Parce qu'il n'y a pas de vent, quand il fait froid, il n'y a pas de vent, il n'y a pas de soleil.

David B LEVY: Donc voilà.

David B LEVY: À la fin, si on fait bien les choses, normalement l'électricité devait baisser.

David B LEVY: Mais si on est doctrinaire, à force de construire de l'éolien et du solaire, l'électricité va augmenter.

David B LEVY: Aujourd'hui, on est apparemment dans une phase baissière et on peut espérer que ça va continuer.

lpaltiguzman: C'est intéressant parce que la secrétaire Chris Wright était à Paris, je crois, il y a une semaine ou quelques jours.

lpaltiguzman: il y a quelques jours, et son discours était assez, en fait, un peu à l'encontre de ce que tu dis, où, en gros, ce qu'il disait à l'Europe, c'est l'énergie, c'est la vie, l'énergie, c'est l'économie, c'est la croissance, et il en faut plus, il faut consommer plus d'énergie.

lpaltiguzman: Alors qu'en Europe, on était un peu dans une optique sobriété, energy efficiency, consommer moins pour la transition énergétique,

lpaltiguzman: Mais au final, les industries européennes, elles sont parties ou bien elles ne produisent pas assez.

lpaltiguzman: Donc, il faut de l'énergie et de l'électricité.

lpaltiguzman: Il en faut plus ou il en faut moins?

David B LEVY: Moi j'espère qu'il en faut plus parce qu'à la fin on espère que notre industrie va se développer.

David B LEVY: Aujourd'hui ce qui est très triste à voir c'est que la consommation d'électricité diminue depuis plusieurs années, pratiquement dix ans.

David B LEVY: Sans compter les pointes Covid et les guerres en Ukraine qui ont été en plus de ça des creux énormes.

David B LEVY: On peut espérer quand même que la consommation d'énergie va augmenter parce que sinon, ça veut dire qu'on se désindustrialise quand même à la fin ou qu'on se dépeuple ou les deux d'ailleurs.

David B LEVY: Maintenant, il y a la question électricité qui est un peu différente ou...

David B LEVY: on peut espérer qu'on va, comme on a trop d'électricité, qu'on va être capable d'électrifier les usages.

David B LEVY: Je pense que ça, ça devrait être la première priorité du gouvernement.

David B LEVY: Et le gouvernement a encore dit qu'on allait construire des panneaux solaires et des éoliennes.

David B LEVY: Enfin, ça fait très peur.

David B LEVY: Alors qu'il y a déjà une cannibalisation des panneaux solaires les uns par les autres.

David B LEVY: Et donc, le but, c'est vraiment...

David B LEVY: Il faut espérer que ça va croître, même si je sais que l'effet de serre est quelque chose de très grave, mais il faudrait qu'on s'en occupe autant que les autres pays.

David B LEVY: Si on s'en occupe plus, ça va nous coûter plus cher, et à la fin, on va se désindustrialiser, et les autres qui s'en sont moins occupés vont produire plus d'effet de serre.

lpaltiguzman: Il y a pas mal de voix qui opposent en ce moment les petrostates et les électrostates.

David B LEVY: Voilà, donc c'est...

David B LEVY: C'est difficile de dire est-ce qu'il faut plus d'énergie ou moins d'énergie.

David B LEVY: J'allais dire, il en faut sans doute plus, sinon ça veut dire qu'on est en mauvaise santé, même si on a des économies et qu'on sera capable de faire des économies.

lpaltiguzman: Mais bon, comme on vient de le voir avec les États-Unis, on peut être les deux à la fois.

lpaltiguzman: C'est aussi, enfin même la Chine, ils produisent plus de gaz actuellement que le Qatar, par exemple, ou presque autant que tout le continent africain.

lpaltiguzman: Pétrole, la même chose, en croissance.

lpaltiguzman: Comment tu penses à cette dualité?

lpaltiguzman: Parce qu'au final, c'est une question d'influence aussi.

lpaltiguzman: Comment on utilise les hydrocarbures dans la diplomatie?

lpaltiguzman: et la Chine qui utilise peut-être plus ses électrons en diplomatie.

lpaltiguzman: Mais comment tu vois l'évolution de nos économies?

David B LEVY: Alors, première chose, un jour j'ai un copain qui était avec moi à l'école qui s'appelle Philippe Courtier qui a été un chercheur de la météo qui connaît l'effet de serre par cœur.

lpaltiguzman: Je pense qu'il y aura une cohabitation encore pendant pas mal de temps entre les fossiles et l'électricité, et que les pays qui ont les deux seront les gagnants.

lpaltiguzman: Comment tu vois les choses?

David B LEVY: Et donc, quand on a commencé à parler de l'effet de serre sous azimus, j'ai appelé, je lui ai dit, Philippe, explique-moi.

David B LEVY: Il m'a dit, petit un, il faut que je dise quelque chose.

David B LEVY: Tant que le charbon sera gratuit, il ne faut pas se faire d'illusions.

David B LEVY: Le charbon sera extrait en Chine, en Allemagne ou ailleurs et il sera consommé.

David B LEVY: Ne nous faisons pas d'illusions.

David B LEVY: Et petit deux, il m'a dit, si on ferme tous les robinets aujourd'hui, on est à plus de degrés.

David B LEVY: Si on fait beaucoup d'efforts, on est à plus 4 et sans doute, on sera à plus 6.

David B LEVY: Bon, et je crois qu'on est toujours sur cette tendance-là.

David B LEVY: Mais donc,

David B LEVY: Il y a effectivement un peu... D'abord, est-ce que vraiment on voudrait de l'électricité nucléaire dans tous les pays du monde?

David B LEVY: La réponse est non.

David B LEVY: Même Zaporizhia, quelque part, a créé une nouvelle crainte, c'est que lors d'une guerre, qui est la centrale ukrainienne, lors d'une guerre, l'ennemi peut aller tirer sur la centrale nucléaire.

David B LEVY: C'est un peu agaçant.

David B LEVY: Et pour construire des centrales nucléaires dans un certain nombre de pays, il faut qu'il y ait quand même une notion de sécurité, de sûreté nucléaire, qu'il y ait une fiabilité, qu'on soit sûr que la vanne qu'on va mettre, elle a bien été certifiée, elle n'a pas été achetée et fabriquée avec un métal qui va fondre, casser ou je ne sais quoi un jour.

David B LEVY: Donc, tout le monde ne peut pas avoir des centrales nucléaires.

David B LEVY: Il y a un autre phénomène qui va marquer, alors ça, ça dépend de l'âge, c'est qu'on a connu une période où les Américains n'étaient plus exportateurs de pétrole.

David B LEVY: Et un jour, ils se sont rendus compte que c'était une bêtise et ils sont de nouveau exportateurs de pétrole et de gaz, et de manière très importante.

David B LEVY: Là-dessus, tu connais les chiffres, mais moi.

David B LEVY: Et ça, c'est fondamental, ça change complètement, nous,

David B LEVY: Non seulement on est importateur, mais en plus de ça, on dit « on a peut-être du pétrole là-bas, on peut peut-être faire un petit trou » et immédiatement, tu as trois arrêtés te disant « ah, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va, ça va

lpaltiguzman: En Guyane française d'ailleurs.

David B LEVY: notre système énergétique ne marche pas sans gaz.

David B LEVY: C'est-à-dire que, notre système électrique, il y a toujours une petite flexibilité qui n'est accessible que par le gaz.

David B LEVY: Et pour couvrir la pointe du 6 janvier, dont je parlais tout à l'heure, ou du 14 janvier l'an dernier, il faut du gaz.

David B LEVY: On ne va pas construire une centrale nucléaire pour 5 jours par an.

David B LEVY: Ça n'a pas de sens et l'éolien et le solien ne sont pas là.

David B LEVY: Donc, oui, il faut du gaz de toute manière.

David B LEVY: Il y aura toujours du gaz.

David B LEVY: Et la dernière chose,

David B LEVY: qui connaît mieux que moi, c'est qu'on a 30 ans de ressources fossiles devant nous et lors de mon premier cours de géographie sur le sujet, dans le monde, il y a 30 ans de réserve et il y a toujours eu 30 ans de réserve.

lpaltiguzman: Qui a 30 ans?

lpaltiguzman: Aux États-Unis, quand ils ont découvert le Shell Gas, c'était « On a 100 ans » de raison.

David B LEVY: C'est un équilibre entre combien c'est que vous allez chercher la 31e année de réserve et quel est le risque que j'en ai besoin.

David B LEVY: Donc, on a toujours 30 ans de réserve.

David B LEVY: Voilà, c'est ça.

David B LEVY: Quand on dit il y a plus que 30 ans, non, on a 30 ans de réserve parce que c'est cher d'acquérir des réserves, d'aller chercher des réserves.

David B LEVY: Quand on paye jusqu'au mercé à faire une recherche sismique, c'est assez cher.

David B LEVY: On a 30 ans de réserve, oui.

lpaltiguzman: Comme tu as mentionné la guerre, les centrales nucléaires civiles et le risque d'attaque, mais aussi cette année, il faut renégocier le traité de non-prolifération.

lpaltiguzman: On parle beaucoup de l'Iran dans l'actualité par rapport à son programme nucléaire clandestin.

lpaltiguzman: Comment tu penses à la prolifération par rapport à l'Iran ou d'autres menaces actuelles par rapport à la prolifération?

David B LEVY: On serait bien content effectivement si l'Iran était débarrassé de ses armes nucléaires et de son uranium enrichi.

David B LEVY: Et deux,

David B LEVY: Si j'étais un grand méchant, je n'attaquerais pas les autres avec une arme nucléaire, c'est beaucoup trop compliqué.

David B LEVY: Il y a des armes beaucoup plus puissantes.

David B LEVY: Les virus, enfin, c'est pas bactériologique, parce que c'est un virus, la guerre bactériologique ou les virus informatiques, etc., sont mille fois plus puissants que les armes nucléaires, enfin, mille fois plus accessibles que les armes nucléaires.

David B LEVY: Les armes nucléaires font plus peur

David B LEVY: Et encore, quand on voit l'effet du Covid, on se dit qu'on a arrêté toutes les économies mondiales avec un virus.

David B LEVY: Et je pense que des ingénieurs, des chercheurs qui savent faire des virus comme ça, il y en a plus.

David B LEVY: Qu'on soit une arme atomique, c'est quand même relativement compliqué.

David B LEVY: Et puis en plus de ça, les gens qui ont des armes atomiques savent très bien que s'ils l'utilisent un jour...

David B LEVY: ils s'en soivent 10 fois plus le lendemain.

David B LEVY: Donc l'arme atomique a permis un équilibre.

David B LEVY: Là, après ça, je ne suis pas madame Irma, mais l'arme atomique a permis un équilibre pendant au moins 80 ans aujourd'hui.

David B LEVY: Espérons que ça le maintiendra.

David B LEVY: Moi, si j'avais peur de quelque chose, ce ne serait pas de l'arme atomique, à part le cas spécifique de l'Iran, mais...

David B LEVY: J'allais dire qu'il est presque maîtrisé, il n'est pas maîtrisé totalement, mais on sait ce qu'ils font et Israël les a attaqués, les Américains disent qu'ils vont les attaquer.

David B LEVY: J'allais dire que c'est presque contenable.

David B LEVY: Je pense qu'il y a beaucoup plus d'enjeux que l'arme atomique aujourd'hui.

lpaltiguzman: Ok, merci David.

lpaltiguzman: Je voudrais juste passer un peu à ton trajectoire personnelle.

lpaltiguzman: Et quand tu as démarré ta carrière, tu as démarré dans l'agence de sûreté nucléaire.

lpaltiguzman: Qu'est-ce que ça t'a appris et où est-ce qu'on en est aujourd'hui par rapport à la sûreté nucléaire en France, en Europe, peut-être dans le monde?

lpaltiguzman: Quels sont les standards et quelle est la meilleure pratique?

David B LEVY: Forcément la pratique française.

lpaltiguzman: Merci.

David B LEVY: Alors, j'ai commencé et dans la suite des classes, on contrôlait tous les réacteurs EDF.

David B LEVY: Et c'est assez marrant que tu posais la question.

David B LEVY: Mon premier chef s'appelait Christian de Torquois.

David B LEVY: Il m'a reçu.

David B LEVY: J'étais du côté de l'administration, donc, au ministère de l'Industrie.

David B LEVY: Ça dépendait du ministère de l'Industrie à l'époque.

David B LEVY: Et la première chose qu'il m'a dite, et que j'ai transmise, c'est marrant parce que je vois encore des gens qui nous ont succédés à... On était deux en parallèle, en fait.

David B LEVY: Le gars qui s'appelle Henri Wallard avec qui je rebosse aujourd'hui, moi et moi.

David B LEVY: La première chose qu'il m'a dit, Christian de Torquois, il m'a dit, voilà, tu as le droit d'arrêter un réacteur nucléaire quand tu veux.

David B LEVY: Tu as le décret de 63, c'est 63 ou 62, je ne sais plus.

David B LEVY: Tu écris à la centrale EDF de Tricastin, tu dis, vous arrêtez, il va s'arrêter.

David B LEVY: Il n'y a aucun doute.

David B LEVY: Mais le jour où tu déresponsabilises la chaîne de commandement d'EDF depuis ce qu'on appelle le rondier, qui est la personne qui est vraiment en bas de l'économie,

David B LEVY: commandement, t'es fichu parce que ton but à toi, c'est de responsabiliser pour qu'à tous les niveaux, les gens implémentent, enfin, fassent ce qu'ils font du mieux possible pour la sûreté.

David B LEVY: Tu n'es incapable d'aller visser tous les boulons d'EDF, ce n'est pas ton métier et tu en es incapable.

David B LEVY: Donc, voilà.

David B LEVY: Et j'ai transmis ça et j'ai transmis ça d'ailleurs à mes successeurs parce que un de mes successeurs m'en a dit.

David B LEVY: Et j'ai essayé d'appliquer ça

David B LEVY: à la fois dans les boîtes que j'ai dirigées, de dire le but c'est de responsabiliser tout le monde.

lpaltiguzman: Merci.

David B LEVY: Ce n'est pas de faire en sorte de remplacer Pierre parce que tu es meilleur que lui ou Paul parce que tu es meilleur que lui.

David B LEVY: Ça n'a pas de sens.

David B LEVY: C'est vrai aussi d'ailleurs, un jour un gars m'a dit, moi je considère qu'un chef ça doit faire deux choses, ça doit make my figures and grow my people.

David B LEVY: Et je lui dis, mais il n'y a que « Gros my people », ça suffit, après ça, les chiffres vont se faire tout seuls, tu verras.

David B LEVY: Donc « Gros my people », c'est vrai aussi pour l'éducation des enfants, d'ailleurs, je pense, et pour revenir sur l'Europe, c'est ça qui est catastrophique, c'est que le traité de l'Union, l'article 5, parle de la subsidiarité.

David B LEVY: C'est-à-dire l'Europe ne doit faire que ce qu'il est meilleur à faire qu'un pays ou éventuellement une région, etc.

David B LEVY: Et on doit en apporter la démonstration.

David B LEVY: Il y a un

David B LEVY: un protocole annexe sur la subsidiarité qui explique ça.

David B LEVY: Et on fait tout le contraire aujourd'hui, c'est-à-dire que tout se concentre de plus en plus, que ce soit en France ou à l'international, parce que le psychisme des hommes est fait pour avoir, enfin, veut toujours plus de pouvoir.

David B LEVY: Donc un fonctionnaire européen veut plus de pouvoir, un fonctionnaire français veut plus de pouvoir.

David B LEVY: Et le traité de l'Union, c'est qu'il faut déléguer, déléguer, déléguer et responsabiliser

David B LEVY: Et c'était vrai depuis la première minute où je suis rentré, ça s'appelait le service central de sécurité des installations nucléaires, à aujourd'hui.

David B LEVY: C'est vrai et malheureusement, on est de plus en plus, si on a des problèmes au niveau européen, c'est parce que les gens ne sont pas sur le terrain quand ils prennent des décisions, ils sont dans un bureau.

lpaltiguzman: Très intéressant.

lpaltiguzman: Merci pour tes mots à viser et ton expérience, David.

lpaltiguzman: Et on sera en contact pour discuter de ces prochains développements nucléaires, transatlantiques, énergie, Europe, États-Unis, beaucoup de choses qui sont en marche.

lpaltiguzman: À suivre.

lpaltiguzman: Merci.

David B LEVY: Merci beaucoup de m'avoir reçu.

David B LEVY: Je regarde ton temps tes podcasts, ils sont effectivement très intéressants.

lpaltiguzman: This podcast was recorded on February 27, 2026.

lpaltiguzman: This is Leslie Peltier-Guzman saying good day and good luck.

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