Transcript
Speaker: Bonjour et bienvenue sur Représente Trans le podcast, une émission sur la représentation transgenre dans la culture à travers le monde.
Speaker: Représente Trans le podcast, c'est des épisodes sur la représentation transgenre dans les œuvres d'art, des interviews sur l'actualité culturelle transgenre, mais aussi des épisodes comme celui d'aujourd'hui où on reçoit des membres de nos annuaires.
Speaker: Je suis Tadeo Escalante, scénariste et réalisateur, et aujourd'hui je suis avec Claude Emmanuel.
Speaker: Hello, coucou.
Speaker: Oui, ça va.
Speaker: En forme?
Speaker: Oui.
Speaker: Toujours, on essaye.
Speaker: Claudette-Emmanuel, tu es artiste pluridisciplinaire, DJ, mannequin, influenceuse, multicasquette et aussi comédienne.
Speaker: Mais avant de plonger dans ton parcours, un petit point sur notre association.
Speaker: Représente trans, œuvre pour une meilleure représentation trans et plus d'inclusion dans ce secteur.
Speaker: Elle a été créée en 2020 suite à une mobilisation de nos fondateurs pour dresser des annuaires répertoriant les acteuristes trans de France, donc annuaire dont tu fais partie.
Speaker: Oui.
Speaker: Aujourd'hui, on a plus de 250 membres, on a agrandi nos équipes et nos actions.
Speaker: On propose notamment des formations pour les professionnels et des consultations pour vos projets culturels.
Speaker: Depuis 2024, on met en place chaque année une bourse à l'aide aux courts-métrages de fiction trans et aujourd'hui, on arrive dans vos oreilles avec ce podcast.
Speaker: Je vous invite à retrouver toutes nos infos sur notre site représententrans.fr.
Speaker: Un grand merci à XY Média, le premier média transféministe de France, et surtout à Anna Balsamo, sans qui toute cette production ne serait pas possible.
Speaker: À nous, Claudie-Emmanuel.
Speaker: Tu es donc actrice, je l'ai déjà dit, et tu as démarré d'une manière un peu particulière avec un premier rôle de cinéma dans Climax de Gaspar Noé, un grand réalisateur.
Speaker: Est-ce que tu peux nous raconter ta rencontre et puis ta collaboration avec ce cinéraste?
Speaker: C'est déjà très intéressant.
Speaker: Tu trouves que toi, c'était un premier rôle?
Speaker: Un premier rôle dans le sens, un premier rôle, un rôle important dans le film?
Speaker: Ou alors un premier rôle, c'est la première fois que je faisais du cinéma?
Speaker: Moi, là, je répondrais à la deuxième, mais je l'aurais plutôt phrasé, un premier rôle qui t'a révélé au, entre guillemets, grand public, parce que Gaspard Noé fait quand même du cinéma assez niche.
Speaker: Oui, oui.
Speaker: Mais en tout cas, j'ai l'impression, dans la communauté transgenre, voire même les communautés transgenres, tu as été identifiée comme une première actrice qui avait un grand rôle dans un film d'auteur français.
Speaker: Effectivement, c'était pas la première fois qu'il y avait une personne trans qui jouait à l'écran dans le cinéma français.
Speaker: Il y a eu par exemple Stéphanie, je ne sais plus son nom de famille exactement, elle a joué dans des films de Sébastien Lifshitz, désolé d'écorcher le nom de famille.
Speaker: Et donc du coup, j'ai eu l'occasion de jouer dans le film de Gaspard Noé qui s'appelle Climax avec deux autres personnes trans.
Speaker: Et ma foi, c'était une expérience particulière.
Speaker: Et comment dire, comment ça s'est passé?
Speaker: Tu as déjà passé un casting?
Speaker: Alors oui, j'ai passé un casting.
Speaker: Alors comment je me suis fait repérer le Gaspard chercher dans différents milieux de la danse des personnes qui lui semblaient intéressantes à voir, ainsi de suite.
Speaker: Et moi, à ce moment-là, j'étais dans la balle-roumcine et donc du coup, il a pu m'en trapercevoir.
Speaker: Et moi, j'ai déjà croisé Gaspard Noé dans la rue plusieurs fois en me disant « Ah putain, désolé pour l'insulte, mais mon Dieu, c'est... »
Speaker: C'est Gaspard Noé, nananana, mais sans donner vraiment suite.
Speaker: Et un jour, je marche dans la rue et la même journée, je me fais caster plusieurs fois par des scouts.
Speaker: Donc deux fois pour du mannequinat et une fois pour passer un casting pour un film.
Speaker: La même journée?
Speaker: La même journée.
Speaker: Et donc là, je me dis bon, OK, qu'est-ce qui se passe?
Speaker: Et à ce moment-là, moi, je ne suis pas très réfractaire à ça parce que c'est le moment aussi où je reçois beaucoup de demandes pour essayer de participer à de la télé-réalité.
Speaker: Et je vois déjà ça d'un très, très mauvais œil.
Speaker: Je ne me reconnais pas du tout dans ça et je sens que tout de suite mon parcours de personnes trans en 2017-2018, c'est clairement pas quelque chose qu'on peut utiliser à bon escient dans un imaginaire collectif très mainstream.
Speaker: Donc non et j'associe donc du coup tous ces trucs de casting un peu à ça quoi.
Speaker: Après on me contacte sur Facebook, il s'agit de Claire qui est la chef réelle du... enfin c'est celle qui est juste entre Sou Gaspard dans le film, je sais plus comment, la chef-op.
Speaker: La chef-op peut-être?
Speaker: Peut-être la chef-op.
Speaker: Et c'est elle en fait qui pendant, la pauvre, pendant plus de trois semaines à un mois...
Speaker: elle ne fait que me relancer sur Facebook pour que je vienne passer un casting pour le film de Gaspar Noé.
Speaker: Et moi je suis là, j'en suis sûre que c'est une arnaque, ça ne peut pas être pour moi, machin et tout.
Speaker: Et à ce moment-là, moi je ne discute pas trop avec les gens de la balancing, donc je ne sais pas qui est involved dans le projet et compagnie.
Speaker: Donc ça va très vite, on est au mois de décembre et le tournage, je ne sais même pas quand il est, mais il est au mois de février, le mois d'après.
Speaker: Et donc je fais marronner la personne et finalement je réponds et je dis j'ai rien à perdre à aller à ce casting donc je vais aller à ce casting.
Speaker: Donc je pense que c'est quand même plus de deux semaines après, on était déjà au mois de janvier, je m'en vais au casting.
Speaker: Et donc là il y a Gaspard qui est là, il y a deux, trois autres personnes de sa team qui sont tout le temps les mêmes, qui sont là.
Speaker: Et donc il me montre des vidéos de personnes qui sont sous l'emprise de la drogue crocodile.
Speaker: qui zombifie les gens qui est assez violente et compagnie donc il me montre genre pendant une demi-heure une tonne de vidéos et donc il me dit bon on va passer au casting et tout donc forcément parce que ce casting là sans texte à apprendre que sous forme d'olimpro machin et tout donc il me dit bon bah t'as vu les gens qui sont très drogués machin et compagnie et toi il faut que tu fasses pareil et me vois-tu pas que pendant 10 minutes je suis au sol en train de faire
Speaker: Je me démène, vraiment, je me démène, je me démène, je me démène.
Speaker: Et lui, enfin, Gaspard, fidèle à lui-même, « Ah oui, tout de même, ah oui, oui, oui, oui.
Speaker: » Après, il me demande de me poser des questions par rapport un peu à ma féminité.
Speaker: « Oui, tu vois. »
Speaker: « Pour toi, on a pensé un rôle, c'est le rôle d'une maman.
Speaker: » Donc, je ne sais pas grand-chose.
Speaker: C'est là que j'apprends vraiment la composition du rôle.
Speaker: « Oui, c'est une maman.
Speaker: Du coup, elle a un enfant.
Speaker: » Et moi, de là, je suis un peu choqué.
Speaker: Je me suis dit « C'est à moi qu'on propose un rôle de maman alors que je suis une meuf trans. »
Speaker: Et lui il me dit bon voilà on va voir et tout on va continuer à faire 2-3 essais donc il discute, il me demande mon rapport à la maternité alors moi à ce moment là je lui dis bon bah la maternité c'est un peu compliqué pour les personnes trans machin et tout j'ai toujours été très public vis-à-vis de ma transidentité
Speaker: J'explique qu'il y a d'autres manières de pouvoir vivre la parentalité, comme le fait de s'adopter entre personnes trans, dans la communauté queer, en faisant famille choisie, compagnie, ça l'intéresse, blablabla.
Speaker: Et puis on continue sur une dernière scène.
Speaker: L'entretien, il dure quand même plus d'une heure, une heure et demie.
Speaker: Donc cette dernière scène, il me demande, alors il ferme une porte dans la pièce et il me dit « Derrière cette pièce, il y a ton enfant? »
Speaker: Et il faut que pendant genre 5 à 10 minutes, tu fasses tout pour essayer de sortir cet enfant de cet endroit où il est, où il est en danger, où il est en train de mourir, machin.
Speaker: Mais t'as rien du tout.
Speaker: 5 à 10 minutes, c'est très long.
Speaker: C'est très très long.
Speaker: Je sais pas si on se rend compte.
Speaker: Et donc du coup, je me lance et là je commence à taper sur la porte.
Speaker: Mais j'ai tapé sur cette porte à tel point que je me suis fait des bleus en fait.
Speaker: Donc il doit y avoir une type de moi que j'ai jamais vue où on me voit tabasser littéralement une porte pendant 5 à 10 minutes.
Speaker: Donc pour moi le temps il n'a pas paru ultra long.
Speaker: Vraiment j'étais très impliqué, je tirais sur la poignée.
Speaker: je tapais et tout.
Speaker: C'était un peu terrible comme situation.
Speaker: Je me suis dit, bon, si c'est ça, c'est ça, quoi.
Speaker: Et puis après, il revient me demander de m'asseoir.
Speaker: Et là, il me dit, bon, en fait, t'es prise.
Speaker: Et je suis en mode genre...
Speaker: « Ah bon?
Speaker: » « Oui, c'est bon, t'es prise et tout.
Speaker: » « Par contre, là, il nous reste très peu de temps avant le tournage.
Speaker: » « Le tournage, il va arriver très vite et tout.
Speaker: » « Donc, il faudrait que tu nous dises un peu tes disponibilités pour qu'on puisse caster ton enfant.
Speaker: » « Alors, du coup, c'est moi qui ai l'oreille, je vais avoir un enfant, machin et tout.
Speaker: » « Et donc, je suis retournée deux fois pendant deux après-midi pour rencontrer plein de jeunes enfants acteurs. »
Speaker: Et donc, il y en a un qui se prédomine et c'est celui qui a joué Tito dans le film.
Speaker: A l'époque, il était très petit, je l'ai vu il y a genre deux semaines.
Speaker: Maintenant, c'est terrible.
Speaker: Il a 15 ans, quoi.
Speaker: Donc, c'est un young... Je pense qu'il est de la commu, mais il fait plus un mètre, il fait un mètre 80, quoi, maintenant.
Speaker: Ton fil.
Speaker: Voilà.
Speaker: Et c'est assez perturbant parce qu'avec les autres enfants, je sentais qu'il y avait une espèce de barrière.
Speaker: Et en fait, lui, il a très bien compris où il était.
Speaker: Dès qu'il est arrivé dans la pièce, il a sauté sur moi en disant « Ah, maman!
Speaker: » Et j'étais à moi, genre « Toi, tu sais ce que tu vas faire de ta vie! »
Speaker: C'est génial ça que tu aies commencé par un rôle de maman, c'est important de le souligner parce que c'est très rare pour les personnes trans tout de même.
Speaker: C'était la première fois dans le cinéma français où il y avait une femme trans qui jouait le rôle d'une maman.
Speaker: Alors malheureusement pas une très bonne maman, mais quand même le rôle d'une maman.
Speaker: Et en plus vous étiez, comme tu l'as déjà un peu dit, il y avait plusieurs personnes trans sur le tournage.
Speaker: Effectivement, il y avait deux autres personnes trans sur le tournage.
Speaker: Ça fait longtemps que je ne l'ai pas vu dans le climax, mais il me semble que ce n'est pas non plus une question forcément dans le film.
Speaker: Alors non, ça n'a jamais été une question dans le film et justement, les équipes, elles tenaient à ce que notre transidentité reste la plus cachée possible.
Speaker: On va dire que bon, comme ils savaient qu'on n'était pas acteurs, il n'y avait pas d'agents qui étaient involus.
Speaker: Maintenant, avec le temps, les années sont passées et compagnie, mais on se rend compte forcément qu'il y a eu un peu d'abus du cinéma français derrière.
Speaker: Je ne pense pas que Gaspard, il en soit...
Speaker: Il en soit, tu vois, décisionnaire.
Speaker: C'est juste des boîtes de prod que si elles peuvent gratter, elles grattent.
Speaker: Mais en fait, je pense que si on avait été accompagnés proprement, toutes les personnes qui étaient dans ce film-là, elles auraient pu avoir une vraie carrière dans le cinéma français.
Speaker: Parce que les choses ont été clairement bâclées et mal faites.
Speaker: Déjà, ne serait-ce que pour la présentation du truc, on a été présentés comme des danseurs et pas comme des acteurs.
Speaker: Déjà, ça nous a coupé l'herbe sous le pied.
Speaker: Mais vous aviez des contrats d'acteurs.
Speaker: On avait des contrats d'acteurs, mais ça nous a coupé l'herbe dans le pied pour éventuellement essayer de signer quelque part d'autre.
Speaker: Alors moi, je sais que j'ai été quand même un peu remarquée, donc j'ai essayé d'être représentée par des agences, mais ça s'est toujours très mal passé parce que les rôles qu'on m'a proposés ensuite...
Speaker: c'était vraiment pas des rôles chouettes, quoi.
Speaker: C'est-à-dire que le dernier rôle que j'ai fait, c'était avec Elsa à l'oiseau au bord de nos nuits blanches, sauf que c'était le rôle d'une personne trans qui était déesse, qui était extrêmement juste puisqu'elle se calquait vraiment sur la réalité et qui avait eu tout un panel de personnes trans et associatives qui avaient pu donner des informations sur ce personnage.
Speaker: Ouais juste avant ça, parce que tu es déjà en train de diguer à fond là, c'est super, c'est croustillant, on a vraiment envie de savoir.
Speaker: Mais moi ça m'intéresserait d'abord de savoir d'où tu viens pour mieux comprendre après pourquoi tu arrives là.
Speaker: D'accord.
Speaker: Donc moi à l'origine j'ai un DNSEP, donc c'est un diplôme supérieur national d'expression plastique.
Speaker: C'est le diplôme qu'on remet aux étudiants des beaux-arts.
Speaker: Et au bout de la cinquième année, c'est l'équivalent d'un master.
Speaker: Et donc moi, je voulais à l'origine être plasticienne d'art contemporain, précisément dans de l'art conceptuel où on prend des objets un peu comme les « ready-made » et on essaie de faire évoluer leur sens.
Speaker: Et on essaie de créer une espèce de conscience chez les gens.
Speaker: Moi, c'est ça que j'ai toujours rêvé de faire dans ma vie.
Speaker: Sauf que quand je suis arrivé à Paris, je présentais mes projets.
Speaker: Je me suis retrouvé avec les portes fermées très sévèrement sous mes pieds.
Speaker: Jusqu'à même très récemment, quand j'ai pu avoir la chance d'avoir mon Instagram présenté au Musée des Arts Déco, la directrice, j'ai voulu quand même prendre du temps pour lui présenter mon travail que je faisais quand j'étais au Beaux-Arts.
Speaker: Elle m'expliquait que même dans 20 ans ou 30 ans, ce n'est pas sûr que ce travail-là soit bien reçu tellement il était violent.
Speaker: Est-ce que tu penses que c'est parce que, quand ils te disent que ce travail-là était violent, c'est donc que toi tu qualifierais ce refus de quoi?
Speaker: Est-ce que c'est par rapport à la transidentité ou c'est par rapport au registre de ton art?
Speaker: Moi, je pense que c'est parce qu'on est dans une société qui est capitaliste, impérialiste et patriarcale et qu'il faut correspondre à la demande.
Speaker: Donc, moi, mon travail ne correspond pas à une demande ni esthétique ni consensuelle au niveau de ce que ça parle.
Speaker: Ça pose trop de questions par rapport à ce qui est demandé socialement dans les productions artistiques en ce moment.
Speaker: Pour autant, je n'abandonne pas.
Speaker: L'idée reste sur le côté, mais c'est vrai que ce n'est pas un truc où on m'a apporté du soutien.
Speaker: Donc, j'abandonne l'idée et j'ai décidé d'obtenir une bourse doctorale à Paris 8.
Speaker: Donc, je fais des cours à Paris 8 en auditeureuse libre en essayant chaque année, pendant trois ans, d'obtenir la bourse doctorale que je n'obtiens pas en sciences et technologies des arts.
Speaker: J'essaie de travailler sur des questions d'imagerie autour de la transidentité.
Speaker: Donc à l'époque, c'est un peu niche parce que c'est 2015, 2016.
Speaker: Donc les gens, ils ne sont pas prêts pour recevoir un peu ce message-là.
Speaker: Ils sont en mode genre « Oh là là, ça c'est les genders sudistes, c'est aux États-Unis, c'est pas ici ».
Speaker: Donc du coup moi je suis un manager bon, j'essaye, j'essaye, j'essaye et en fait au bout de la troisième année je me retrouve rattrapée par des problèmes financiers dans lesquels je suis toujours et donc je décide d'arrêter et de devenir vendeuse.
Speaker: Donc je suis vendeuse, je suis ensuite manager puis après je fais Personnel Chopper, des trucs dans la vente en fait.
Speaker: Je suis pas mauvaise mais ça me plaît pas du tout, je suis très dépressive.
Speaker: Et donc, en parallèle aussi, je me sens extrêmement mal dans ma peau et c'est à ce moment-là que je commence ma transition.
Speaker: Sauf que c'est très violent pour ces milieux-là parce que physiquement, à un an, je change beaucoup, je perds énormément de poids et physiquement, je m'affile un peu au standard de beauté.
Speaker: Je découvre c'est quoi le cis-passing, je découvre c'est quoi les petits privilèges et ça ne plaît pas.
Speaker: aux gens avec qui je travaille parce que d'un coup, ce rapport de domination dans lequel je me trouve, il est renversé et ces personnes-là, elles se sentent un peu menacées par moi.
Speaker: Et à ce moment-là, tu crées toujours de l'art ou tu es vraiment... Alors oui, je marque sur des carnets, des projets que j'aimerais bien faire, machin, qui n'aboutissent pas parce que j'ai pas d'argent et que produire sans thune...
Speaker: et changer ton projet pour que ça correspond à un truc sans budget.
Speaker: Désolé, pour moi, ce n'est pas ma manière de fonctionner.
Speaker: Franchement, être artiste, c'est un truc de bourgeois parasite.
Speaker: Il faut de l'argent pour pouvoir créer des choses, à moins que tu y arrives sans.
Speaker: Mais moi, ce n'est pas possible, il me faut du matériel.
Speaker: Et pour en revenir au truc, je me retrouve vraiment tellement dépressive et j'ai beaucoup de problèmes de santé suite à cette perte de poids.
Speaker: Et donc, je me mets souvent en arrêt de travail.
Speaker: Sauf que je ne me laisse pas démonter, je fais beaucoup de marches, je marche énormément dans Paris et en fait c'est Marché qui m'a offert ces opportunités dans la mode et dans le cinéma parce que c'est juste en marchant à rue Saint-Honoré ou sur l'avenue Rivoli que je me suis fait scooter à la fois pour le cinéma et pour la mode en fait.
Speaker: Et du coup, est-ce que tu penses que tu as quand même un parcours d'artiste, donc tu le disais toi-même radical?
Speaker: Est-ce que tu penses que ça a conditionné tes choix dans les rôles que tu as fait par la suite ou pas?
Speaker: J'ai jamais eu de choix dans les propositions de rôle que j'ai eues.
Speaker: On n'est jamais venu vers moi vraiment pour me proposer un rôle ou alors si on est venu vers moi...
Speaker: Ça a toujours été des projets faits par et pour des personnes de la communauté, donc des projets qui étaient toujours sous la forme de projets, justement, et qui, dans le temps, n'ont jamais abouti.
Speaker: Extrêmement peu d'entre eux ont abouti.
Speaker: La vérité, c'est qu'il n'y en a qu'un seul qui a abouti, c'est le projet de Elsa Loiseau, qui, on l'espère, est en train de faire des demandes pour pouvoir être développée en long métrage.
Speaker: Et je ne sais pas pourquoi, mais je suis persuadée que celui-ci va finir par aboutir.
Speaker: Ok, donc là tu es très confiante sur la suite?
Speaker: Est-ce que je suis confiante sur la suite?
Speaker: J'ai eu un temps, par exemple là ces deux dernières années, je n'ai eu aucun casting cinéma.
Speaker: Par contre l'année d'avant, l'été dernier, j'ai quand même joué, j'ai eu un petit rôle dans le film de Assy Arcy, La Petite Dernière.
Speaker: Ah super!
Speaker: Et d'ailleurs, c'est le truc, ça me fait rigoler parce que tout le monde reprend le truc, mais c'est moi qui ai exigé de crier 1, 2, 3, vive les lesbiennes.
Speaker: Et c'est ce que tout le monde a retenu du Festival de Cannes.
Speaker: I feel like, vous m'avez pas crédité.
Speaker: Parce qu'au début, c'était pas dans le truc que ce soit cité.
Speaker: Même c'était un peu tendu de pouvoir le citer.
Speaker: Et en fait, ce casting-là, je l'ai passé il y a plus de 3 ans.
Speaker: J'ai passé le casting il y a 3 ans et on m'a appelé littéralement 2 mois avant le film pour me dire que j'allais avoir un petit rôle dans le film de Asfia.
Speaker: Et il y a 2 ans, j'ai eu un petit rôle aussi dans le film de Murad Winter, de Iconoclast, L'amour s'est surcoté.
Speaker: Et là par contre, j'avais passé un vrai casting, donc plusieurs castings, je crois que j'en avais passé 3.
Speaker: Et on m'avait dit « bon bah t'es prise » et ça avait été une expérience vraiment très très cool.
Speaker: Donc toi, c'est vraiment une ambition de continuer sur la voie de l'acting et d'essayer d'avoir de plus en plus de rôles?
Speaker: Non.
Speaker: Non, dans le sens que, en fait, je ne peux pas... En fait, la problématique, dès que tu cumules les dynamiques intersectionnelles et les oppressions, c'est que tes choix, tes perspectives d'avenir, elles sont extrêmement réduites.
Speaker: Et il ne faut pas qu'on se leurre.
Speaker: Tous les métiers culturels et artistiques sont maîtrisés par des ultra-riches, des personnes qui ont beaucoup d'argent et qui tournent les projets entre elles-eux.
Speaker: C'est-à-dire que même les personnes qui sont techniciennes aujourd'hui, elles ne font pas de place pour les personnes qui veulent être techniciennes et qui sont très jeunes.
Speaker: Elles font tourner les trucs parce qu'en fait, les cachets, c'est très rare et qu'il faut savoir avoir des contacts pour pouvoir bénéficier de ces avantages et avoir l'intermittence du spectacle.
Speaker: Et malheureusement, le cinéma français, ce n'est pas un cinéma qui accueille les personnes qui sont non-blanches, qui sont transgenres, qui ne sont pas valides, qui sont des personnes avec des problèmes de neuroatypie ou ce genre de trucs.
Speaker: En fait, le cinéma français est tellement sous le prisme d'un blanc chiarka que c'est très difficile de pouvoir se projeter et espérer avoir des rôles.
Speaker: C'est pour ça que les deux derniers rôles, le rôle de Asia ou le rôle de Mourad Winter, je ne les ai pas choisis.
Speaker: Je les ai fait un peu par dépit parce que c'est les seuls rôles qui ont été à ma disposition et j'ai passé des castings quand même pour pouvoir avoir ces rôles.
Speaker: Est-ce que c'est deux rôles trans?
Speaker: rôles trans.
Speaker: Enfin, il y en a un, on ne peut pas savoir que je suis trans, mais c'est un film queer, donc on imagine que oui, je suis identifié comme trans.
Speaker: Et l'autre, vraiment, c'était pour une question de quota.
Speaker: J'étais le personnage trans de la famille qui, ensuite, est effacé pour pouvoir avoir une trame un peu transphobe dans le film.
Speaker: Mais je ne peux pas cracher sur l'argent.
Speaker: Au bout d'un moment, il faut bien que je prenne l'argent où il se trouve, en fait.
Speaker: en parlant de prendre l'argent où il se trouve.
Speaker: Ce qui est trop intéressant avec ton parcours, c'est que tu as quand même eu un premier rôle de « femme cis », parce que c'était non cité.
Speaker: Parce qu'en vrai, comme tu le disais tout à l'heure, il y a plein de manières de faire la parentalité.
Speaker: Et bien sûr que les femmes trans peuvent être mères.
Speaker: Mais disons que ce n'était pas le propos dans le film.
Speaker: Donc, par défaut, on irait imaginer que ce personnage était cis.
Speaker: Si je peux rajouter, c'est que vraiment, jusqu'à ce que le Festival de Cannes arrive, donc on a tourné au mois de février, au mois de mai, on était tous au Festival de Cannes.
Speaker: Moi, j'étais dans une condition périlleuse, puisque je venais de faire une chirurgie pour ma transition.
Speaker: Et en fait, le film est diffusé, il n'est pas présenté au Festival de Cannes, il est présenté à la quinzaine des réalisateurs, mais il est présenté à un horaire inacceptable, genre à 9h15 du matin.
Speaker: Ah ouais?
Speaker: Et il y a deux séances, il y a une qui séance à 9h15 du matin et une séance à genre 20h le lendemain.
Speaker: Et alors déjà, nous on n'y est pas invité, on y est invité à la deuxième projection, celle qui se fait à 20h le lendemain.
Speaker: Mais on s'attèle, on est à Cannes, on nous a mis dans une espèce de villa.
Speaker: Enfin pour nous c'est un peu, on sait pas trop qu'est-ce qu'on fout là quoi, tu vois.
Speaker: Et donc le film...
Speaker: et en fait on nous envoie des informations par rapport au film et genre dans la première demi-heure que le film il sort il y a des gens qui commencent à sortir de la salle et genre le film a vidé la moitié de la salle à la première projection Attends au climax à 9h30 du mat faut se le manger quoi Je vais vous le dire le film je l'ai vu deux fois en entier
Speaker: Après, je n'ai vu que des micro-passages.
Speaker: Il est hors de question que je regarde une troisième fois Climax en entier.
Speaker: Vous pouvez même proposer d'autres.
Speaker: Vortex, je suis d'accord.
Speaker: Luxembourg, je suis d'accord.
Speaker: Into the Boy, je suis d'accord.
Speaker: Mais alors vraiment, Climax, c'est chaud.
Speaker: Et donc du coup, là, je pense que les journalistes ont commencé à faire des recherches.
Speaker: Et puis arrive le deuxième jour.
Speaker: Et le deuxième jour, c'est le tollé.
Speaker: après la séance, il y a des tabloïds qui sortent en disant que dans le film, il y a des personnes trans et qu'il faut absolument les identifier.
Speaker: Et c'est chaud parce que du coup, nous, on est sans sécurité et compagnie et on commence à recevoir des agressions verbales des gens de la croisette et du public du coup de Gaspard qui n'est pas un public, je pense, il y a son public cinéphile qui lui voue un certain culte, mais il y a aussi ce public qui l'a construit avec Irréversible et la fameuse scène autour du viol de...
Speaker: de Monica Bellucci où je pense qu'il a un public qui attend de voir les femmes dans une position très misogyne et sexiste.
Speaker: Et donc eux je pense qu'ils se sont sentis arnaqués qu'à un moment donné ils fantasmaient sur certains personnages et que finalement ils ne soient pas à l'image de cette femme cisgenre qu'ils fantasmaient jusqu'à ce moment-là quoi.
Speaker: Donc on se retrouve un peu en danger quand les gens découvrent qu'on est des personnes trans en 2018.
Speaker: Depuis, il y a eu plusieurs films qui sont sortis sur la croisette avec des personnes trans, mais je vous jure, ça a été à un moment, en y repensant, très violent.
Speaker: Donc en fait, est-ce que tu penses que c'est aussi cet outing qui fait que derrière, tu n'as eu que des rôles trans?
Speaker: Bien sûr, bien sûr, c'est le continuum en fait, c'est l'estampillage et c'est l'estampillage par exemple, moi, par rapport à ma transidentité, mais c'est l'estampillage de certaines personnes racisées de différentes parties du monde.
Speaker: qui paraissent asiatiques, qui paraissent nord-africaines, qui paraissent d'Afrique centrale, ou ainsi de suite, elles se cantonnent à des rôles, même elles disent certaines qu'elles prennent des rôles juste pour pouvoir avoir leur cachet, quoi.
Speaker: Et je les comprends, en fait.
Speaker: Donc en fait, une de mes questions que je voulais te poser, c'était pourquoi tu avais opté pour être une femme trans out dans ce milieu professionnel et passer les castings comme ça?
Speaker: Parce que c'est une grande question qui revient souvent dans les communautés d'acteuristes transgenres.
Speaker: Est-ce qu'on est out ou est-ce qu'on est stèle?
Speaker: C'est-à-dire, est-ce qu'on ne l'est pas?
Speaker: on garde cette identité secrète et on se présente au casting et donc derrière au monde en tant que personne cis.
Speaker: Mais en fait là, à t'écouter, j'ai donc l'impression que ce n'était pas un choix, premièrement.
Speaker: Alors, même si ça avait été un choix, jamais de ma vie, j'aurais pris la décision d'avoir cette vie de façon très individualiste.
Speaker: Pour moi, quand on fait partie d'une communauté aussi minorisée, dans toutes les strates de la société,
Speaker: être individualiste et croire qu'on s'en sort et qu'on est validé parce qu'on arrive à goumer le système par soi-même et simplement par soi-même sans aider les gens de sa communauté, je trouve que c'est des idées de droite et je ne suis vraiment pas alignée avec ça.
Speaker: C'est-à-dire qu'à chaque moment où il y a quelque chose qui fait que l'on brille socialement, c'est important de transmettre des messages pour sa communauté parce que les positions qu'on se trouve, même si c'est trois rôles dans le cinéma,
Speaker: C'est des positions qui sont ultra privilégières.
Speaker: Comme je le répète tout le temps, 80% des personnes que je connais qui sont trans, elles sont TDS et elles sont escortes.
Speaker: Jamais de leur vie, on va leur proposer un truc pour aller faire des campagnes de beauté.
Speaker: On va jamais leur proposer des trucs pour aller faire des rôles.
Speaker: On va jamais les appeler pour parler à la radio ou faire des podcasts.
Speaker: On va jamais les appeler pour pouvoir créer du contenu sociologique autour des questions identitaires de nos sociétés aujourd'hui.
Speaker: On va jamais les prendre en considération.
Speaker: Quel est le toupet que j'aurais eu de me lever un matin, de me dire « Ah, moi, je vais prendre toute la gloire de cette situation-là et les laisser derrière.
Speaker: » Non, c'est moi avec elle.
Speaker: Elle, on peut dire aussi, bien que moi, je suis vraiment axée sur mes cistas trans, parce que pour moi, c'est vraiment... Elles ont eu des vies ramasses et que vraiment, je trouve que c'est vraiment les personnes les plus minorisées de notre communauté trans.
Speaker: Euh...
Speaker: Vraiment, je ne m'imagine pas une seule journée me lever et où je bénéficie seule de ça.
Speaker: Donc la moindre des choses que je puisse faire, c'est toujours transmettre un message politique derrière ces événements qui m'arrivent et qui sont publics.
Speaker: Et est-ce que tu penses que c'est dans cette même dynamique de réflexion et d'action, finalement, que tu as rejoint les annuaires représentants?
Speaker: Est-ce que c'était un truc un peu militant pour toi?
Speaker: Alors, dès que j'ai vu que ça s'est mis en place, je me suis dit « Génialissime, allons-y!
Speaker: » Et donc, je vous ai demandé, et puis hop, l'affiche, elle était dedans.
Speaker: D'ailleurs, je me demande peut-être qu'il faudrait que j'actualise les trous, parce que ça fait très longtemps.
Speaker: Oui, il faudrait que j'ai dit « Oui, il faudrait que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j'ai dit que j
Speaker: Mais pour moi ça me semblait génialissime.
Speaker: En fait ce que j'ai trouvé cool c'est que c'était un pied de nez à l'industrie française qui à un moment donné disait « Ah mais il n'y a pas de personnes trans, on ne sait pas où elles sont » alors que l'annuaire il était bien visible, c'est juste eux qui faisaient exprès.
Speaker: D'ailleurs je me suis vraiment brouillée, alors je veux pas dire de nom et compagnie parce que la diffamation ça va vite en ce moment, mais il y a un film qui est sorti sur la transition d'une personne qui devient un mec trans, où on voulait éventuellement me proposer un rôle dans le film, je me suis brouillée avec le réalisateur, lui il voulait m'attaquer en justice.
Speaker: Et je lui disais qu'il n'était pas concerné par le sujet, qu'il fallait qu'il consulte des personnes renseignées et il disait « si c'est moi qui l'écris, je n'ai pas besoin de personne pour me consulter ».
Speaker: Vraiment le mec cis blanc qui s'assoit sur ses privilèges en fait.
Speaker: Et est-ce que le fait d'entrer dans les annuaires représentants, ç a a changé quelque chose pour toi, que ce soit en positif ou en négatif?
Speaker: Ou justement, est-ce que ça n'a rien changé?
Speaker: Alors oui, ç a a quand même changé quelque chose pour moi.
Speaker: Bon, pas définitivement, mais il y a plusieurs fois, on m'a appelé pour passer des castings parce que j'étais sur l'annuaire.
Speaker: Je crois que ça arrivait cinq ou six fois.
Speaker: Ah oui, quand même.
Speaker: Après, c'est vrai que, pour rebondir sur ce que tu disais, nous-mêmes, on constate aussi une évolution depuis que les...
Speaker: Les annuaires ont été dressés, même si effectivement, comme je disais tout à l'heure, on a quand même plus de 250 membres.
Speaker: Donc c'est beaucoup de monde et tout le monde est loin de travailler ou de faire ses cachets.
Speaker: Moi y compris.
Speaker: Mais on constate quand même que, comme tu le disais, il y a une dynamique qui a changé du côté des professionnels, en tout cas ceux qui donnent le travail.
Speaker: Ne serait-ce que, par exemple, nous, tu vois, on est allé faire de la formation auprès de l'ARDA, c'est une association directeuriste de casting.
Speaker: Oui, je vois.
Speaker: Et donc on voit que, en tout cas, bon j'ai pas envie de parler pour eux, mais ça donne l'impression qu'effectivement vu qu'il y a cet argument maintenant de bah oui mais on est là, on est accessible en deux clics et c'est la preuve qu'il y a des personnes trans qui existent partout en France pour jouer.
Speaker: Du coup, les gens sont un peu obligés de mettre en marche le processus pour aller chercher, en tout cas faire des castings sauvages et aller scowler pour reprendre ce que tu disais.
Speaker: Peut-être là où, je ne sais pas si avant c'était de l'ignorance, encore une fois, je ne veux pas parler pour eux, mais ils avaient un peu la flemme de le faire.
Speaker: Ils ont la flemme de le faire et surtout, ils ont envie de l'avoir sous le coude.
Speaker: Je pense pas, voilà, à tout prix, c'est-à-dire qu'ils viennent fouiller dedans pour ce qu'ils ont envie de faire, ils viennent te fouiller pour quand il y a besoin de faire de la voix, quand il y a besoin de pouvoir avoir des petits rôles, mais ça a jamais été pour une proposition qui tourne autour d'un vécu trans important dans un film, c'est toujours pour une question de quotas.
Speaker: Et je l'avoue, les derniers films dans lesquels j'ai joué, c'est des questions de quotas en fait.
Speaker: Ce n'est pas des questions où on me donne un rôle où je m'exprime, où j'ai vraiment une émotion particulière ou quoi que ce soit.
Speaker: Bien que j'en montre, ce n'est pas des rôles qui vont changer ma vie.
Speaker: Je pense que celui de Gaspard, il y avait quelque chose autour de la maternité qui m'a donné un espèce de truc.
Speaker: Même celui qui était court avec Elsa Loiseau, j'espère que quand il se développera en long métrage, il pourrait montrer cette facette de ce personnage incroyable qui a un rôle très important dans le film et qui montre beaucoup d'étapes, d'émotions et ainsi de suite.
Speaker: Mais à aucun moment, c'est des propositions de rôle ouf, quoi.
Speaker: Tout à l'heure, on a parlé de comment ton parcours de transition avait impacté ton parcours professionnel, parce que ne serait-ce que tout à l'heure, quand tu disais que marcher dans la rue, ça t'a permis d'être repéré.
Speaker: Est-ce que tu penses qu'à l'inverse, ton parcours professionnel a impacté d'une quelconque manière ton parcours trans?
Speaker: Effectivement, dans mon parcours de vie personnel, ça a impacté énormément mon parcours trans.
Speaker: Pourquoi?
Speaker: Parce que même encore aujourd'hui, ne serait-ce que pour se regarder dans un miroir, c'est très difficile et c'est dur d'en parler parce que je me rends compte que j'ai construit mon physique autour du regard des autres et que bien que je m'affile à machin, en ce moment, on voit que je suis en train de me détendre par rapport à ça.
Speaker: D'ailleurs, je pense que plein de personnes sur les réseaux sociaux me le disent.
Speaker: Mais c'est vrai que j'avais une certaine attente de moi-même et je voulais vraiment rentrer dans des codes très très très stricts d'un point de vue des codes de beauté ou des standards de beauté sociétaux.
Speaker: Et je me rends compte que c'est parce qu'à chaque fois il y avait des personnes cis derrière pour pouvoir déformer ce prisme-là, bien qu'à plein de moments elle m'ait aidée.
Speaker: Quand j'ai commencé le mannequinat par exemple, j'étais hyper dysphorique.
Speaker: Et les filles avec qui je traînais, elles faisaient toutes du 42 en paire de chaussures.
Speaker: J'étais la mannequin sur le board qui avait le moins d'épaule.
Speaker: Alors que vraiment, c'est vraiment l'argument pris plus des personnes cis de dire t'as beaucoup d'épaule.
Speaker: J'avais le cou le plus fin de ces filles-là et tout.
Speaker: Donc à plein de moments, ça m'a permis aussi de me dire bon, je suis une personne trans, mais ça me fait pas sortir de la société.
Speaker: Je suis sur ce board en fait avec ces autres filles.
Speaker: Donc oui, ça a impacté vraiment, et puis dans ma vie personnelle, c'est-à-dire que je me suis fait rejeter par... Je me suis isolée et je me suis fait rejeter par des membres de ma famille et de mes amis proches de cette époque-là, et il y a des trucs qui me restent en travers.
Speaker: Je sais que si je n'avais pas eu ce rôle qui est quand même assez important dans le film de Gaspard Noé, je pense que pas mal de membres de ma famille ne m'adresseraient toujours pas la parole aujourd'hui.
Speaker: C'est le fait d'être une personne trans qui fait des choses,
Speaker: incroyable ou socialement dite incroyable qui m'a assuré de pouvoir retrouver une espèce d'acceptation de la part de certains membres de ma famille chose à laquelle moi je leur réponds tout le temps et tous les jours que je les pardonnerai jamais de m'avoir à un moment donné abandonné, là où le moment où j'avais vraiment besoin d'eux parce qu'il faut savoir que le moment où je tourne dans le film de Gaspard Noé je suis SDF
Speaker: Ah oui, d'accord.
Speaker: Donc, c'est terrible et je suis en plein parcours de transition.
Speaker: Je suis SDF, je me retrouve sans le logis et c'est le film de Gaspard Noé qui me permet de payer la caution pour m'installer dans l'appartement dans lequel les gens m'ont vu pendant plus de sept ans, en fait.
Speaker: Ça, quand t'es arrivée sur le projet de Gaspard, c'est quelque chose que tu disais ou c'était un secret?
Speaker: C'était un secret de Polychinelle.
Speaker: J'étais contente parce que pendant les 15 jours de tournage, on était dans un hôtel.
Speaker: Et à ce moment-là, je fréquentais déjà quelqu'un, mais je ne savais pas c'était quoi les relations hétérosexuelles.
Speaker: Donc pour moi, ça me semblait normal que la personne ne m'invite pas.
Speaker: Et bon, j'avais quand même quelques personnes des amitiés.
Speaker: J'ai pu aller dormir chez quand même beaucoup de personnes à ce moment-là, mais ça m'est arrivé de faire des nuits dehors avec juste un sac et enrouler dans plein de trucs où je jouais sur le fait d'avoir encore un peu une apparence masculine pour qu'on me laisse tranquille, en fait.
Speaker: Et avec le recul, est-ce que tu penses que tu aurais pu le dire?
Speaker: Est-ce que tu aurais changé quelque chose?
Speaker: Ou est-ce que justement ce recul t'a fait confirmer que t'as bien fait de faire l'hérité?
Speaker: Moi je pense que ça fait partie d'un discours de la méritocratie dont se servira encore une fois le népotisme et les gens qui sont tout en haut de ce milieu-là.
Speaker: Je pense par exemple à Nadia qui vient de gagner le prix de l'interprétation féminine.
Speaker: Moi ce que je veux savoir c'est quoi son avenir dans le cinéma français dans les deux prochaines années à venir?
Speaker: Parce que pour l'instant elle a joué dans le film d'Asia, est-ce qu'elle a été déjà repérée pour pouvoir jouer dans d'autres films?
Speaker: Est-ce que ça va pouvoir lui assurer une carrière dans le cinéma français?
Speaker: En tout cas on lui souhaite.
Speaker: Je lui souhaite énormément, en revanche mon cœur est en train de me dire que est-ce qu'elle n'a pas été utilisée?
Speaker: Ça, l'avenir nous le dira.
Speaker: Ce qu'on peut constater quand même, c'est que toi, tu as une manière de faire de l'art très politique, voire même très engagée.
Speaker: Je pense que c'est pas mal qu'on aborde un petit peu la question de la représentation, parce qu'on s'appelle quand même représentance.
Speaker: Sans vouloir faire de la sémantique ou quoi, pour toi, c'est quoi la question de la représentation?
Speaker: Et surtout, qu'est-ce qu'elle incarne?
Speaker: C'est quoi les enjeux de la représentation?
Speaker: Alors, je trouve que ce qu'on appelle représentation, elle a changé beaucoup de fois de facettes sur les dix dernières années qui viennent d'arriver.
Speaker: 2014, c'est le moment où Laverne Cox, elle fait cette première pour, je ne sais plus c'était quoi le magazine?
Speaker: Time?
Speaker: Je sais plus c'est quoi.
Speaker: L'Obs, non, c'était pas L'Obs, c'était... Enfin, je sais pas, elle fait une grande... Enfin, c'est la première fois qu'une personne trans fait la une d'un magazine mondial.
Speaker: Et à partir de ce moment-là, je pense que c'est vraiment la Van Gogh à ce moment-là qui ouvre un peu la porte pour nous, pour parler de ces questions de diversité, de représentativité, que ce soit dans le cinéma, que ce soit au niveau des marques, que ce soit dans le milieu de l'art, d'un coup, voix se développer
Speaker: Des parcours où on incite les personnes minorisées à produire du travail dans ces différents milieux, où elles paraissent visibles.
Speaker: Et en même temps, il y a les réseaux sociaux à côté.
Speaker: Et les réseaux sociaux, ça permet de documenter assez bien son parcours de transition, donner des tips aux autres personnes trans, leur permettre aussi de pouvoir se dire « bon, moi aussi je peux le faire » et passer.
Speaker: Ce cap d'être dans la partie, comment on appelle ça, lymphatique, où on hésite, machin, à se dire, bon, c'est bon, moi aussi, je fonce, je deviens quelqu'un de la commu, tu vois, j'ai toujours été, je deviens la même personne de la commu.
Speaker: Donc, ça aide vachement.
Speaker: Et puis, après, on arrive...
Speaker: au début des mandats de Macron.
Speaker: Et donc pour moi, la meilleure période, c'était vraiment 2018 où on obtient le changement de CEC.
Speaker: En fait, pour nous, c'était à l'époque une énorme avancée parce qu'il fallait à l'époque prendre un avocat pour pouvoir défendre.
Speaker: Il fallait être stérilisé psychiquement ou physiquement depuis plusieurs temps pour pouvoir prétendre avoir des papiers qui s'affilent à son identité de genre.
Speaker: Et là d'un coup, il y a un truc qui se facilite et en fait c'est le seul moment personnellement, à titre personnel, où je trouve qu'il y a eu quelque chose de vraiment positif qui a été fait par l'État français pour nous.
Speaker: Et à partir de 2019-2020, l'arrivée de Covid, là il y a vraiment une fracture qui se passe.
Speaker: 2020, c'est le moment où je dois avoir plusieurs chirurgies reconstructrices et en fait où les chirurgies sont annulées parce que d'une, il y a les coupes budgétaires de l'État dans l'hospice,
Speaker: Donc, les lits fermes, la qualité de soins, elle est mille fois moins bonne et ainsi de suite.
Speaker: Et donc, on voit les aliminations des interventions chirurgicales pour les personnes trans arriver.
Speaker: Et à ce moment-là, je me dis, il y a un truc qui va se passer pour nous qui ne va pas être cool.
Speaker: Et là, il y a un shift politique, c'est-à-dire que...
Speaker: D'un coup, comme on est hyper visible sur des réseaux sociaux et que l'algorithme joue le fait qu'il y a le bad buzz qui fait que ça permet aux personnes de mieux nous désister et ainsi de suite, on a deux trucs tranchants qui arrivent à cette représentation.
Speaker: D'un premier plan, effectivement, on reste sur ce truc où on aide des personnes à pouvoir s'identifier à nous, à transitionner, à se donner des tips, à être un truc vraiment communautaire pour pouvoir avancer...
Speaker: pour nous socialement, et de l'autre côté, on donne aussi tous les outils aux personnes qui nous détestent, c'est-à-dire les gens principalement du centre et de l'extrême droite, le bâton pour se faire taper dessus.
Speaker: Et donc, on devient d'un coup, alors qu'on représente très peu de gens dans la société, un débat politique.
Speaker: Et ce débat politique se développe jusqu'à, pour moi, qui a été une période terrible, donc 2024, où le Sénat propose du coup les interdictions et les thérapies de conversion sur les jeunes personnes trans, votées par le Sénat, anéanties par le fait qu'Emmanuel Macron dissout l'Assemblée nationale, et depuis...
Speaker: C'est terrible, moi, je trouve.
Speaker: La représentation, c'est vraiment les médias d'extrême droite qui font qu'on se sert de la représentativité pour pouvoir être targué comme une menace.
Speaker: Jusqu'à, je pense, la partie la plus forte où c'est Trump qui, pour pouvoir soulever les foules lors de ses meetings, passe des photos et des vidéos de personnes trans pour les faire huer.
Speaker: C'est là que le double tranchant de la représentation s'est complètement divisé.
Speaker: Et donc aujourd'hui, est-ce que cette représentation nous est vraiment utile?
Speaker: Dans un contexte fasciste, je ne suis pas sûre.
Speaker: Et dans la représentation dans la fiction?
Speaker: Alors dans la représentation dans la fiction, on a eu quelques... En fait, c'est toujours pareil, on a l'impression que c'est énorme, mais pour moi, ce n'est pas énorme.
Speaker: Si tu as 10 projets sur 5000 qui parlent de nous, ce n'est pas inavancé.
Speaker: Mais est-ce que tu penses que ces 10 projets sur 100 000, ils ont un impact, quel qu'il soit?
Speaker: Alors oui, ils ont un impact parce que du coup, ça aide, comme je disais au début, ça aide quand même la communauté à pouvoir mieux s'identifier, avoir un peu de trucs, mais il faut quand même le trouver.
Speaker: C'est-à-dire que bien que ce sont des projets qui ne soient pas de niche, il faut quand même pouvoir y avoir accès.
Speaker: Et je ne sais pas, il y a quand même le contrôle de la parentalité derrière, ainsi de suite.
Speaker: Je trouve que ce n'est pas quand même facilement accessible pour les plus jeunes d'entre nous, en fait.
Speaker: La grande question qui angoisse un peu tout le monde, surtout dans le milieu du cinéma, c'est est-ce que tout le monde peut tout jouer?
Speaker: Alors selon toi, est-ce que tout le monde peut tout jouer?
Speaker: Et surtout la question derrière ça c'est est-ce que les personnes cis peuvent jouer des personnes trans?
Speaker: Prenons un exemple très politique actuellement.
Speaker: Hier, il y a la loi sur la fin de vie qui vient de passer.
Speaker: Il y a deux propositions de loi qui sont passées.
Speaker: C'est une prévalidation, c'est-à-dire qu'il faut qu'elle passe encore au Sénat pour être validée.
Speaker: Sauf qu'il y a un contexte derrière.
Speaker: C'est-à-dire que c'est une avancée en soit, mais le contexte politique dans lequel on se situe, le fascisme, le capitalisme, ainsi de suite, fait qu'on se tire une balle dans le pied en présentant ce projet-là.
Speaker: Et du coup, en fait, ça vient nous amoindrir, ça vient amoindrir les personnes qui ne sont pas valides, ainsi de suite.
Speaker: Dans le cinéma, c'est exactement pareil.
Speaker: Oui, tout le monde peut jouer n'importe quel rôle.
Speaker: En revanche, il faut malheureusement, et moi je dis malheureusement parce que je me place du point de vue des personnes cis dans cette situation qui vont trouver que c'est malheureux, pour nous c'est plutôt positif, c'est qu'en fait, il faut hiérarchiser comment ça se passe dans la société.
Speaker: On représente la minorité la plus détestée en ce moment,
Speaker: on est proche de ce qui est... Enfin, avoir un parcours trans, c'est presque avoir un parcours de migrant.
Speaker: Et je pèse mes mots, parce que vraiment, d'un point de vue administratif, c'est terrible, je trouve, d'être une personne trans.
Speaker: Moi, j'ai des problèmes avec l'URSSAF, j'ai des problèmes avec... Comment on appelle ça?
Speaker: Les déclarations d'impôts et tout, parce qu'en fait, je suis phobique depuis mon CEC de tout ce qui a un rapport avec les trucs administratifs.
Speaker: Donc, j'imagine même pas les personnes migrantes qui arrivent pour pouvoir faire des demandes si c'est pas pris en charge par des associations comme elles font.
Speaker: Et donc, du coup, l'important dans ce truc de rôle, c'est que oui, tout le monde peut jouer les rôles, mais il est important de distribuer les rôles aux plus minorisés de notre société, parce que c'est elles qui en ont le plus besoin.
Speaker: Donner un rôle à un mec qui est issu d'une famille de népo-baby, qui bénéficie des contacts et ainsi de suite, en fait, lui, ça ne change pas sa vie.
Speaker: Ça le laisse dans sa classe sociale hot et en fait, il fait carrière dans ça.
Speaker: Une personne trans qui est rejetée
Speaker: most of the time par sa famille, qui fait des jobs de merde parce qu'en fait, a sûrement dû arrêter ses études, machin et compagnie, pour pouvoir avoir ce premier rôle qui éventuellement lui donne une carrière, mais c'est vraiment lui changer sa perspective de vie.
Speaker: C'est vraiment sortir cette personne de la merde, en fait.
Speaker: Et je pense que les personnes cis qui sont tout en haut, qui sont ce népotisme, ces ultra-riches, ces personnes décisionnaires,
Speaker: Elles ne se rendent pas compte de la hiérarchisation qu'il y a derrière, que ce n'est pas laisser la chance à tout le monde, c'est prendre les personnes les plus minoritaires pour donner un peu d'équité dans ce milieu-là, en fait.
Speaker: Alors dans un registre plus positif, toi, quel rôle, enfin quel personnage tu rêverais d'incarner?
Speaker: J'ai déjà répondu à cette question.
Speaker: Ah, et je t'ai déjà répondu à toi.
Speaker: Mon rêve, c'est de jouer le rôle d'une présidente qui porte le voile, qui est lesbienne ou qui est bi, qui n'est pas valide et qui change le monde.
Speaker: Un rôle de wokiste, quoi.
Speaker: C'est vraiment le wokisme dans son état le plus pur.
Speaker: Donc, le personnage principal, ce serait son histoire, quoi?
Speaker: Est-ce que, ouais, ça serait genre vraiment une histoire de transclasse, mais qui s'oublie pas?
Speaker: C'est pas le discours, c'est pas le sujet, c'est pas « j'ai transsujet de classe, maintenant je bénéficie de tous ces privilèges, ouin ouin, j'arrive pas à m'identifier à la classe d'où je viens », c'est « comment, en étant transfuse de classe, j'ai pu reverser ces privilèges que j'ai gagnés à toutes les personnes minorisées qui viennent de ma classe sociale? »
Speaker: Un truc de ne pas oublier sa racine, peut-être aussi un retour aux sources.
Speaker: Exactement.
Speaker: Pas oublier sa racine, faire voter des lois qui permettent d'avoir moins de lois liberticides, moins de lois qui interdissent à des minorités d'avoir des existences et des opportunités de vie justes.
Speaker: Je pense que ça serait ça le sujet de ce film.
Speaker: Et pour les prochains projets qu'on espère arriveront bientôt, d'abord dans ta boîte mail et ensuite sur ton CV, toi, t'as un genre en particulier de film que t'aimes bien?
Speaker: Tu préfères la comédie, le drame?
Speaker: J'adore les films psychologiques, plutôt de drame.
Speaker: Donc des personnages qui sont quand même ancrés dans quelque chose avec du vécu.
Speaker: Pour moi, c'est plus facile.
Speaker: Je n'ai pas fait de cours particulier, mais je sais qu'à chaque fois que j'incarne ce type de personnage-là, les gens pensent que j'ai fait de grandes études de comédienne, alors que pas du tout.
Speaker: Je pense que c'est parce que je m'y affile très facilement à ce type de personnage.
Speaker: Tu te définirais comme une comédienne autodidacte?
Speaker: Moi je suis pour dire que pour faire un métier il faut juste une formation, il n'y a pas besoin de diplôme, il n'y a pas machin, si tu as envie de faire un truc fais-le et il faut que les gens te soutiennent dans ce projet-là.
Speaker: Donc formation au sens, il faut prendre le temps de se former, quelle que soit la manière de se former, ou une formation formation?
Speaker: J'ai eu l'occasion de me faire former par d'autres actrices du milieu que j'ai rencontrés et avec qui j'ai fait des cours, mais c'était ponctuel et ça m'a donné des skills, les bases pour pouvoir moi-même développer mes propres skills.
Speaker: Un peu des mentors ou c'était des profs, des tuteurs?
Speaker: Non, c'est des mentors, c'était d'autres acteuristes du milieu.
Speaker: Plus généralement, si tu as un conseil pour les jeunes acteuristes trans qui soit sont au début, soit veulent se lancer dans ce milieu-là, qu'est-ce que tu leur dirais?
Speaker: Aïe, aïe, aïe.
Speaker: Je ne vais pas être la personne la plus positive du monde sur ce sujet-là, mais je veux aussi que les personnes de notre communauté pensent à se sécuriser.
Speaker: Et se sécuriser, c'est quoi?
Speaker: C'est voir où ça marche et voir où ça ne marche pas.
Speaker: Et ça marche pour certaines d'entre nous, mais ça ne marche vraiment pas pour tout le monde.
Speaker: Donc ce que je conseille aux personnes trans qui voudraient faire de l'acting, ce n'est pas forcément de le prendre comme une aspiration d'un métier.
Speaker: Faites des choses qui entourent ce métier.
Speaker: Apprenez à tenir une caméra.
Speaker: Apprenez à devenir chef prod, apprenez à devenir réalisateur, apprenez à devenir scénariste, apprenez à faire du set design.
Speaker: Il y a tellement de métiers qui englobent ce truc de cinéma.
Speaker: Et je pense que c'est en focalisant notre communauté sur ces jobs qui sont paraphériques aux personnes qui sont devant la caméra qu'on va pouvoir former groupe à un moment donné et avoir des histoires qui nous ressemblent vraiment.
Speaker: Avec les budgets qui vont avec.
Speaker: Oui, l'argent, s'il vous plaît.
Speaker: C'est quoi ton acte en ce moment?
Speaker: Tu as quelque chose à dropper?
Speaker: Alors oui, je lance un podcast, moi aussi.
Speaker: Vive le podcast!
Speaker: Vive le podcast!
Speaker: C'est un peu le truc du moment.
Speaker: Et donc là, littéralement, on m'a mis le couteau sur la gorge de plein de journalistes.
Speaker: Ils m'ont dit « Là, c'est le moment de sortir un podcast ».
Speaker: Je dis « Bon, allez, je sors un podcast ».
Speaker: Et je veux que ce podcast parle du transgaze un peu, de cette perception du regard trans en expliquant mon parcours dans une urgence qui est que le fascisme il est là.
Speaker: Et moi j'avoue je fais beaucoup de cauchemars où je me tourne dans la tête ce qui a pu se passer à Healdsberg en 1933 avec cet hospice qui aidait les personnes trans et qui finalement sont les premières victimes du nazisme et du fascisme.
Speaker: où on a brûlé cet hospice, où on a brûlé les recherches sur les questions de genre à cette époque-là et j'ai l'impression que le fil n'est pas loin en fait.
Speaker: Donc documenter encore une fois ce parcours de vie, inviter des gens et leur parler tout simplement dans un truc qui n'est pas forcément ultra politique comme je peux l'être là tout de suite avec beaucoup d'hésitation, vraiment comme si j'avais pris un peu un dictaphone qu'on me filmait et que là j'étais seule face à moi-même et qu'il fallait que je raconte des trucs.
Speaker: Ça ne dure pas longtemps, les épisodes durent entre 10 et 15 minutes et quand il y aura des invités ça dure entre 45 minutes et une heure.
Speaker: Et là ça y est, tu as commencé à enregistrer?
Speaker: Ça y est, on a enregistré les trois premiers épisodes avec le préquel et donc ça sortira le 6 juin.
Speaker: Waouh, on a une date, c'est incroyable.
Speaker: En vrai, il y a moyen que ce soit sorti bien avant nous du coup.
Speaker: Oui, sur le 6 juin 2025.
Speaker: Oui, mais du coup, il y aura peut-être même plusieurs épisodes, donc n'hésitez pas à aller cliquer sur le podcast.
Speaker: Voilà, on a une trame où on tourne environ trois épisodes par mois.
Speaker: T'as le titre déjà?
Speaker: Oui, ça s'appelle Doll's House.
Speaker: Doll's House, bah oui.
Speaker: La écaïe, la maison des poupies.
Speaker: Et c'est un truc qui est cher, c'est un truc communautaire qui est cher et je ne veux pas que ça m'appartienne à moi parce que c'est un truc qui est pour tout le monde.
Speaker: Donc quand il y aura des invités, il y aura principalement des personnes trans, mais aussi des personnes qui m'ont...
Speaker: ouvert un peu les portes de leur maison, comme Gaspard Noé, comme Laura Felpin.
Speaker: Vous verrez quand ça sortira.
Speaker: Je saisis l'occasion d'avoir des contacts, du coup, pour pouvoir faire parler ces personnes de sujets qu'elles n'ont pas l'habitude forcément de parler.
Speaker: Trop cool.
Speaker: On a hâte d'Auth House, alors?
Speaker: Sur quelle plateforme?
Speaker: Alors ça sera soutenu par Spotify, mais on va essayer de le sortir sur Apple, sur Deezer, sur tout ce qui peut être sorti.
Speaker: Trop cool.
Speaker: Merci beaucoup Claudie et Manuel.
Speaker: C'est moi.
Speaker: Et je vous invite encore une fois à retrouver toutes nos infos sur représentant.fr et tous nos articles.
Speaker: Voilà, merci beaucoup et puis à bientôt.
Speaker: C'est moi, c'est moi.
Speaker: Un petit dernier truc, c'est pas parce que j'ai dit des choses qui sont négatives qu'il ne faut pas croire en vos rêves.
Speaker: Je pense que c'est important de rêver et de garder beaucoup d'espoir.
Speaker: Il y a plein de bouquins qui nous nourrissent et ainsi de suite.
Speaker: N'abandonnez pas.
Speaker: Genre, si à un moment donné, vous voulez faire quelque chose, essayez de le faire.
Speaker: Voilà.
Speaker: Mais ne vous perdez pas dedans.
Speaker: C'est tout.
Speaker: Le rêve.
Speaker: Le rêve.
Speaker: Merci.
Speaker: A bisous.






