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L'histoire cachée de la Macédoine du Nord

Destination Est
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101 Plays14 days ago

Dans ce nouveau documentaire, je vous propose de découvrir l'histoire du projet Skopje 2014.  En 2010, le Premier ministre macédonien Nikola Gruevski lance un projet insensé : transformer le centre de Skopje en DisneyLand néoclassique. 

Statues antiques, colonnes, musées… la Macédoine du Nord se rêve en héritière directe d’Alexandre le Grand.  80 millions d’euros annoncés. Plus de 600 millions engagés. 

Corruption, clientélisme, favoritisme, tensions régionales : derrière le marbre en carton-pâte et les dorures kitsch, le projet révèle les dérives d’un pouvoir obsédé par son récit national...  

La vidéo est disponible sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=Ee7iDKvKxw0

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Transcript

Introduction à Nicolas Gruyewski et à la démocratie fragile

00:00:00
Speaker
L'histoire que je vais vous raconter aujourd'hui, c'est l'histoire d'un homme politique qui a détourné des millions, un homme politique qui a transformé sa capitale en Disneyland des Balkans, un homme politique qui a fissuré les fondations d'une démocratie déjà fragile, puis qui s'est enfui sans jamais rien assumer.

Identité nationale en Macédoine

00:00:15
Speaker
Mais cette histoire, c'est pas seulement celle de Nicolas Gruyewski, c'est surtout l'histoire d'un pays qui cherche encore qui il est.
00:00:22
Speaker
Et pour comprendre tout ça, il faut commencer par une horloge.
00:00:25
Speaker
À ce copier, il y a une horloge arrêtée depuis 1963.
00:00:28
Speaker
Elle affiche 5h17, l'heure exacte où, le 26 juillet 1963, en 20 secondes, 80% de la ville disparaît.

Projet Scopier 2014 et transformations architecturales

00:00:40
Speaker
Mais le vrai séisme arrive presque 50 ans plus tard.
00:00:44
Speaker
Pas un tremblement de terre cette fois?
00:00:46
Speaker
mais une annonce, celle du lancement du projet Scopier 2014.

Histoire complexe et conflits identitaires de la Macédoine

00:00:50
Speaker
Un projet titanesque, censé transformer le visage de la capitale.
00:00:55
Speaker
Statues antiques, colonnes, musées, bâtiments néoclassiques, la Macédoine se rêve en héritière directe d'Alexandre Legrand.
00:01:03
Speaker
L'histoire que je m'apprête à vous raconter aujourd'hui, c'est l'histoire du projet Scopier 2014.
00:01:08
Speaker
L'histoire du projet le plus démesuré, le plus controversé et surtout le plus symptomatique des dérives du public.
00:01:20
Speaker
Ce qui est intéressant avec ce projet Scopier 2014, c'est qu'il va nous permettre de discuter de pas mal de pans de l'histoire macédonienne.
00:01:27
Speaker
Avançons donc et posons les bases.
00:01:30
Speaker
Actuellement, la Macédoine du Nord, c'est un pays situé aux confins des Balkans.
00:01:34
Speaker
Différentes populations peuplent chaque pays des Balkans.
00:01:37
Speaker
En Macédoine du Nord, on trouve une majorité de slavo-macédoniens, mais aussi d'importantes minorités albanaises, turques, roms, serbes ou bosniaques, et même des grecs.
00:01:46
Speaker
Une vraie mosaïque.
00:01:48
Speaker
Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que les macédoniens y descendent principalement des populations slaves qui sont arrivées dans la région au VIe siècle.
00:01:55
Speaker
Les bulgares, eux aussi, sont en grande partie issus de ces migrations slaves, mêlées

Rôle de la VMRO et luttes historiques

00:02:00
Speaker
à une élite turcique venue des steppes.
00:02:03
Speaker
Les premières manifestations d'une identité macédonienne, elles sont apparues tardivement.
00:02:07
Speaker
Et pour comprendre pourquoi tout ça est si compliqué, il faut remonter dans le temps.
00:02:12
Speaker
Alors pas jusqu'à Alexandre le Grand, on y reviendra, et vous allez comprendre pourquoi c'est important, mais on va remonter jusqu'au XIVe siècle, car c'est que tout commence vraiment.
00:02:21
Speaker
A partir de la fin du XIVe siècle, la Macédoine devient une région sous domination ottomane.
00:02:27
Speaker
Je vous parlais dans ma vidéo sur l'histoire de la Yougoslavie, de la question d'Orient avec la lente agonie de l'Empire Ottoman dans les Balkans.
00:02:34
Speaker
Dans le sillage du Congrès de Berlin de 1878, trois voisins de la Macédoine revendiquent ce territoire.
00:02:41
Speaker
La Bulgarie, la Serbie et la Grèce.
00:02:45
Speaker
On parle alors ici de la question macédonienne autour des revendications de son territoire, de son patrimoine historique et culturel et surtout de son peuple.
00:02:55
Speaker
Et à l'heure actuelle,
00:02:57
Speaker
Sachez que cette question, elle est toujours pas vraiment

Conflits avec la Bulgarie et soulèvement d'Illinden

00:03:00
Speaker
tranchée.
00:03:01
Speaker
En 1893, des révolutionnaires fondent le VMRO à Thessalonique.
00:03:06
Speaker
Le VMRO, c'est une organisation révolutionnaire et de libération nationale du peuple macédonien.
00:03:11
Speaker
Retenez bien ce nom, on le reverra plus tard.
00:03:13
Speaker
On y retrouve des nationalistes, des socialistes ou encore des anarchistes
00:03:16
Speaker
dont la figure la plus emblématique sera Götze Delchev, révolutionnaire bulgare de Macédoine à Kilkisch alors dans l'Empire Ottoman qui est situé aujourd'hui en Grèce.
00:03:27
Speaker
Ce qui les unit, c'est une colère commune contre l'occupant ottoman et une volonté d'indépendance.
00:03:32
Speaker
Enfin, quand certains se battent pour une Macédoine libre, d'autres préfèreraient se rattacher à la Bulgarie.
00:03:39
Speaker
Cette tension entre indépendantistes et pro-bulgare va traverser tout le mouvement et elle explique pourquoi encore aujourd'hui, Sofia et Scopié se disputent l'héritage historique de ces combats.
00:03:49
Speaker
Je vais vous expliquer rapidement pourquoi.
00:03:51
Speaker
Les combattants du VMRO sont appelés des Comitaji.
00:03:54
Speaker
Ils organisent des actions armées contre l'Empire Ottoman.
00:03:58
Speaker
Pour certains, ce sont des héros de la résistance, quand pour d'autres, ce sont des terroristes.
00:04:03
Speaker
Alors pourquoi des terroristes?
00:04:05
Speaker
Pour financer leur lutte, ils prélèvent ce qu'ils appellent des contributions révolutionnaires dans les villages.
00:04:11
Speaker
Une forme d'impôt clandestin qui peut être perçu comme un soutien à la cause ou bien comme une extorsion.
00:04:17
Speaker
En 1903, ils déclenchent un soulèvement général, l'insurrection d'Illinden.
00:04:23
Speaker
Les résistants libèrent 150 villages et 3 villes.
00:04:26
Speaker
Une république est même proclamée à Klushevo.
00:04:29
Speaker
Elle tient 10 jours.
00:04:31
Speaker
10 jours avant que l'armée ottomane n'écrase tout dans le

Division et statut de la Macédoine après les guerres balkaniques

00:04:35
Speaker
sang.
00:04:35
Speaker
C'est un véritable échec militaire pour le VMRO, mais c'est surtout un mythe fondateur, car E. Linden, c'est aujourd'hui la fête nationale de la Macédoine du Nord.
00:04:45
Speaker
Sauf que, et c'est que ça se complique, la Bulgarie, elle considère qu'E.
00:04:49
Speaker
Linden fait partie de son histoire.
00:04:51
Speaker
que le VMRO est bulgare, que Gauthier Delchef est un héros national bulgare.
00:04:57
Speaker
Et c'est précisément l'un des points de blocage dans les négociations actuelles entre Sofia et Skopje pour l'adhésion à l'Union Européenne.
00:05:04
Speaker
Deux pays, un même passé, des récits incompatibles.
00:05:08
Speaker
Dix ans plus tard, les guerres balkaniques règlent la question autrement.
00:05:12
Speaker
La Macédoine est alors découpée en trois morceaux.
00:05:15
Speaker
Le sud va à la Grèce.
00:05:17
Speaker
Le morceau oriental va à la Bulgarie et la partie centrale, le long de la vallée du Vardar, va à la Serbie.
00:05:25
Speaker
Une fois de plus, sans que personne ne demande leur avis aux Macédoniens.
00:05:28
Speaker
C'est cette dernière portion qui deviendra d'ailleurs des décennies plus tard la Macédoine du Nord.
00:05:33
Speaker
Et c'est finalement en 1944 que la République socialiste de Macédoine est officiellement proclamée au sein de la Yougoslavie.
00:05:40
Speaker
Elle prendra finalement le nom de République populaire de Macédoine en 1945.
00:05:45
Speaker
Elle se voit alors dotée de ses propres institutions et surtout d'une langue macédonienne codifiée.
00:05:51
Speaker
C'est un acte fort.
00:05:53
Speaker
Jusque-là, la langue macédonienne n'était reconnue ni par la Bulgarie ni par la Serbie.
00:05:58
Speaker
Désormais, elle devient officielle, enseignée, standardisée.
00:06:02
Speaker
Pendant des dizaines d'années, la Macédoine est donc une province autonome de la Yougoslavie.
00:06:08
Speaker
Et puis c'est le drame.
00:06:09
Speaker
Le 26 juillet 1963, à 5h17 du matin, le sol tremble.

Tremblement de terre de 1963 à Skopje et reconstruction

00:06:16
Speaker
Un séisme d'une magnitude autour de 6,1 sur l'échelle de Richter frappe Scopier.
00:06:23
Speaker
En 20 secondes, 80% de la ville est détruite, 1070 morts, 3000 blessés, 200 000 personnes sans abri.
00:06:32
Speaker
Les dégâts sont évalués à 1 milliard de dollars, soit le budget annuel de toute la Yougoslavie.
00:06:39
Speaker
Et ce séisme de 1963, c'est pas seulement une catastrophe, c'est surtout un tournant.
00:06:44
Speaker
Car à la stupeur succèdent l'espoir et la solidarité.
00:06:48
Speaker
Le monde entier regarde et il répond.
00:06:50
Speaker
Un grand élan humanitaire se manifeste, notamment grâce au statut non-aligné de la Yougoslavie.
00:06:57
Speaker
77 pays participent à la reconstruction.
00:06:58
Speaker
Kennedy envoie une unité médicale militaire.
00:07:01
Speaker
Khrushchev se déplace en personne dans les décombres.
00:07:04
Speaker
La Roumanie finance un hôpital entier.
00:07:06
Speaker
À ce copier pour un temps, la guerre froide s'arrête et la ville devient le centre du monde.
00:07:11
Speaker
L'Est et l'Ouest travaillent côte à côte quelques mois seulement après la crise des missiles de Cuba les États-Unis et l'URSS étaient au bord de la guerre nucléaire.
00:07:21
Speaker
La ville devient pour un temps un symbole mondial de solidarité.
00:07:24
Speaker
Un comité de reconstruction est alors nommé par l'ONU en 1964
00:07:28
Speaker
constitué d'experts internationaux et yougoslaves.
00:07:31
Speaker
Skopje devient alors un chantier à ciel ouvert.
00:07:34
Speaker
On reconstruit vite.
00:07:35
Speaker
Les nouveaux quartiers sortent de terre.
00:07:36
Speaker
L'ancienne gare, aujourd'hui musée de la ville de Skopje, est un symbole du tremblement de terre.
00:07:40
Speaker
L'horloge de la gare est toujours arrêtée à 5h17.
00:07:43
Speaker
En 1965, un concours international est lancé pour repenser l'organisation du centre-ville.
00:07:49
Speaker
Deux projets se détachent.
00:07:50
Speaker
Le premier, celui de Kenzo Tange, star de l'architecture japonaise, connu pour son mémorial de Hiroshima.
00:07:57
Speaker
Mais le projet est jugé trop complexe, trop coûteux.
00:08:00
Speaker
Alors, une deuxième équipe est appelée, celle de l'Institut Croate d'Urbanisme.
00:08:05
Speaker
Finalement, les deux équipes sont fusionnées et en 1966, elles présentent ensemble un nouveau

Indépendance de la Macédoine et différend avec la Grèce

00:08:11
Speaker
concept.
00:08:11
Speaker
Un compromis entre la vision futuriste de Tange et les contraintes économiques de la Yougoslavie.
00:08:17
Speaker
Pendant 15 ans, Scopier renaît.
00:08:19
Speaker
Des universités ouvrent, des bâtiments publics surgissent, les blocs s'élèvent, la ville se remplit.
00:08:24
Speaker
Mais au fil du temps, les choses ralentissent.
00:08:27
Speaker
L'inflation monte, les budgets fondent.
00:08:29
Speaker
Certains éléments du plan initial ne seront jamais réalisés.
00:08:33
Speaker
Mais globalement, la reconstruction de Scopier est considérée comme un succès.
00:08:36
Speaker
Mais sous les bâtiments neufs, les tensions, elles, sont toujours là.
00:08:40
Speaker
La Macédoine est pauvre, rurale, inégalement développée.
00:08:44
Speaker
Et au fil des années 80, la crise économique s'aggrave dans toute la Yougoslavie.
00:08:48
Speaker
Le pays s'endette, la corruption se généralise, les fractures s'approfondissent.
00:08:53
Speaker
Quand arrive l'année 1991, Scopier a changé de visage.
00:08:57
Speaker
Mais derrière le béton, la société est à bout de souffle.
00:09:01
Speaker
La Fédération Yougoslave vacille et la Macédoine s'apprête à prendre son indépendance pendant que le reste de la Fédération se déclare la guerre.
00:09:15
Speaker
Permettez de vous à vous, tous les pays et les pays de Makedonien.
00:09:26
Speaker
La liberté, la liberté et la liberté de Makedonien!
00:09:40
Speaker
Nous sommes le 8 septembre 1991 sur la place Josip Proj Tito à Skopje.
00:09:49
Speaker
Par ces mots, Kiro Gligorov annonce l'indépendance de la Macédoine, après un référendum qui voit plus de 95% de suffrages favorables à l'indépendance du pays.
00:09:59
Speaker
Pas de guerre, pas un coup de feu contrairement à la Slovénie, à la Croatie ou à la Bosnie.
00:10:04
Speaker
Mais pas tout à fait l'unanimité non plus.
00:10:07
Speaker
La minorité albanaise a boycotté ce référendum.
00:10:09
Speaker
Une fissure discrète qui ne va pas le rester longtemps.
00:10:12
Speaker
Mais cette paix précoce, elle cache une autre forme de tension.
00:10:16
Speaker
Aussitôt proclamé, l'indépendance se heurte à un mur diplomatique.
00:10:20
Speaker
La Grèce refuse catégoriquement que ce nouvel état s'appelait le République de Macédoine.
00:10:25
Speaker
Pour Athènes, ce nom appartient à son propre héritage historique, celui d'Alexandre le Grand et de la région du Nord grec, la Macédoine-Egéenne.
00:10:34
Speaker
L'utilisation du nom Macédoine est vue comme une menace territoriale, un vol symbolique.
00:10:39
Speaker
La Grèce impose donc un blocus économique, bloque l'entrée du pays à l'ONU, puis à l'OTAN et à l'Union Européenne.
00:10:46
Speaker
En 1993, l'ONU

Paysage politique polarisé et tensions ethniques

00:10:48
Speaker
accepte finalement l'adhésion du pays mais sous un nom temporaire et bancal, l'ARIM, l'ancienne république yougoslave de Macédoine.
00:10:57
Speaker
Mais c'est pas tout.
00:10:58
Speaker
La Bulgarie, elle, reconnaît le pays, mais pas la nation.
00:11:02
Speaker
Pour Sofia, les Macédoniens sont en fait des Bulgares qui ont été dénationalisés à l'époque yougoslave.
00:11:09
Speaker
Résultat, des tensions autour de la langue, de l'histoire des héros nationaux.
00:11:13
Speaker
Autrement dit, le pays existe, mais toute son existence est contestée.
00:11:17
Speaker
Mais revenons sur la politique intérieure de la Macédone du Nord.
00:11:21
Speaker
Dès le début de son indépendance, le pays est polarisé entre deux grands partis.
00:11:25
Speaker
D'un côté, on a le SDSM qui est l'héritier direct de la Ligue des Communistes de Macédoine, un parti de centre-gauche plutôt mou.
00:11:32
Speaker
De l'autre côté, on a le VMRO-DPMNE, je vous avais dit de retenir ce nom.
00:11:36
Speaker
C'est un parti de droite, national conservateur, populiste et identitaire.
00:11:40
Speaker
Et puis entre les deux, on a les partis albanais qui font et défont les coalitions selon les intérêts du moment.
00:11:45
Speaker
Je me rends compte d'ailleurs que je ne vous ai toujours pas parlé de la population albanaise de Macédoine.
00:11:49
Speaker
Concentrés dans l'ouest du pays, notamment autour de Tétovo, ils parlent leur propre langue, ont leur propre référence culturelle et ils réclament plus de droits.
00:11:56
Speaker
Mais face à l'état macédonien, largement dominé par les Slavo-Macédoniens, leurs demandes sont quasiment toujours ignorées, voire réprimées.
00:12:04
Speaker
Et cette tension, elle monte pendant des années jusqu'à exploser.
00:12:09
Speaker
En 2001, une guérilla éclate.
00:12:12
Speaker
L'Armée de Libération Nationale, l'UCEKM, née des cendres de l'UCEK du Kosovo, prend les armes et organise l'insurrection albanaise.
00:12:20
Speaker
Sa revendication officielle?
00:12:22
Speaker
L'autonomie des Albanais de Macédoine.
00:12:25
Speaker
Plus de droits, plus de reconnaissance.
00:12:27
Speaker
A sa tête, un homme.
00:12:28
Speaker
Ali Ameti.

Insurrection albanaise de 2001 et accords d'Ohrid

00:12:30
Speaker
Il est en 1961 en Macédoine, étudiant en philosophie à Pristina, arrêté à 20 ans pour activisme, exilé en Suisse.
00:12:38
Speaker
Il est l'un des premiers organisateurs de l'UCEKA au Kosovo des 93 et il se retrouve à la frontière entre le Kosovo et la Macédoine en décembre 2000 afin de préparer l'insurrection.
00:12:49
Speaker
En janvier 2001,
00:12:50
Speaker
L'UCKM commence à attaquer des policiers et des soldats macédoniens dans le nord du pays.
00:12:55
Speaker
D'abord des embuscades isolés, puis ça s'étend.
00:12:58
Speaker
Les combats se généralisent au printemps dans les régions de Tétovo et de Koumanovo.
00:13:03
Speaker
Tskopié est en panique.
00:13:05
Speaker
L'armée macédonienne est jeune, mal équipée, mal entraînée.
00:13:08
Speaker
Le spectre d'une guerre civile plane.
00:13:10
Speaker
En mai, l'armée macédonienne bombarde les villages sous contrôle de l'UCEKM mais elle finit par se replier.
00:13:17
Speaker
Puis arrive le moment de bascule, la crise d'Arachinovo.
00:13:21
Speaker
Le 12 juin 2001, un groupe de plusieurs centaines d'insurgés de l'UCEKM prend le contrôle de la commune d'Arachinovo.
00:13:29
Speaker
Cette commune est située à seulement 8 km de la capitale scopier.
00:13:33
Speaker
Dans le même temps,
00:13:35
Speaker
L'OTAN et l'UE pressent le gouvernement macédonien afin de trouver une résolution politique à ce conflit.
00:13:41
Speaker
Mais ce dernier ne souhaite pas capituler si facilement.
00:13:44
Speaker
Il envoie alors ses troupes reprendre le contrôle de la ville à partir du 21 juin.
00:13:49
Speaker
Après trois jours de bataille, l'assaut macédonien se solde par un échec.
00:13:53
Speaker
Au quatrième jour de la bataille,
00:13:55
Speaker
Le président Tchaïkovski ordonne aux forces de sécurité macédonienne d'arrêter immédiatement toutes les opérations.
00:14:02
Speaker
L'OTAN et l'UE négocient alors l'évacuation des combattants albanais d'Arachinovo.
00:14:06
Speaker
Pour la population slavo-macédonienne, c'est une trahison.
00:14:10
Speaker
On protège ceux qui ont pris les armes contre l'État.
00:14:13
Speaker
Des émeutes éclatent le soir même à se copier.
00:14:16
Speaker
Les manifestants étaient venus armés de fusils et d'armes automatiques et exigeaient de savoir pourquoi les opérations avaient été interrompues et les insurgés autorisés à être évacués.
00:14:25
Speaker
Finalement, le 5 juillet 2001, un premier accord de cessez le feu est signé, mais il tient à peine.
00:14:31
Speaker
Les combats reprennent à Tétovo.
00:14:33
Speaker
Il faudra attendre le 13 août 2001 pour la signature des accords d'Oriid.
00:14:38
Speaker
Les combattants sont amnistiés et l'UCEKM est désarmé.
00:14:42
Speaker
Les chiffres ne sont malheureusement pas vérifiés
00:14:45
Speaker
On parle d'environ 200 à 230 morts à l'occasion de ce conflit, dont environ 70 à 80 soldats et policiers macédoniens, de 60 à 80 combattants albanais et entre 40 à 70 civils.
00:14:58
Speaker
Parmi ce décompte, on compte aussi 3 membres de la mission d'observation de l'UE ainsi qu'un soldat britannique.
00:15:05
Speaker
Alors qu'est-ce que ces accords changent concrètement?
00:15:08
Speaker
Tout d'abord, l'albanais devient une langue co-officielle dans toutes les municipalités les Albanais représentent au moins 20% de la population.
00:15:16
Speaker
D'où l'importance du recensement et la tournure politique qu'il revêt pour certains partis.
00:15:21
Speaker
Les autres points de cet accord, c'est que l'usage de l'albanais est autorisé au Parlement.
00:15:25
Speaker
Les lois doivent être rédigées alors en macédonien et en albanais.
00:15:29
Speaker
La constitution est révisée, la

Instabilité politique et montée de Nikola Groujevski

00:15:31
Speaker
Macédoine n'est plus définie comme l'état du peuple macédonien mais comme un état civique, multiethnique.
00:15:36
Speaker
Les institutions, quant à elle, la police, l'administration, la justice doivent être réformées afin d'intégrer les minorités.
00:15:42
Speaker
Et puis, une université albanaise, l'Université de l'Europe du Sud-Est, est créée à Tétovo et en partie financée par l'État.
00:15:50
Speaker
En 6 mois, l'Ousekem a obtenu plus que les partis politiques albanais en 10 ans de négociations.
00:15:56
Speaker
C'est le message en tout cas que retient une partie de la population macédonienne.
00:16:00
Speaker
La violence à payer.
00:16:01
Speaker
Et ce compromis, il a un coût politique.
00:16:03
Speaker
Une partie de la population slavo-macédonienne y voit une trahison, une perte de contrôle sur leur pays.
00:16:09
Speaker
Et pour certains partis nationalistes, c'est un point de non-retour.
00:16:13
Speaker
On pourrait dire que c'est toujours le même débat avec l'UCKM entre un groupe terroriste et un groupe révolutionnaire.
00:16:19
Speaker
On avait d'ailleurs le même débat autour du VMRO à l'époque, à la fin du 19e siècle.
00:16:24
Speaker
Et en 2001, ceux qui revendiquent l'histoire du VMRO, car le VMRO est dans leur nom de parti, sont contre le fait qu'une population veuille prendre sa propre indépendance.
00:16:35
Speaker
Ali Ameti est finalement amnistier, il fonde le BDI en 2002, il devient député.
00:16:41
Speaker
L'homme qui avait pris les armes contre l'état macédonien siège désormais dans son parlement.
00:16:47
Speaker
C'est ça aussi les accords d'Horide.
00:16:48
Speaker
Après la guerre de 2001, les accords d'Horide ont ramené la paix mais pas la stabilité.
00:16:54
Speaker
Le pays est toujours fragmenté.
00:16:56
Speaker
En 2002, Branko Sorvenkowski devient premier ministre.
00:17:00
Speaker
Puis en 2004, il est élu président de la République et laisse sa place à Harry Kostov, un technocrate sans réelle base politique qui démissionne après moins de 6 mois.
00:17:11
Speaker
Le gouvernement est instable, les coalitions éclatent et l'opinion publique se détourne d'un pouvoir jugé incapable de sortir le pays de la crise.
00:17:19
Speaker
En face, l'opposition se structure et elle a un nom, le VMRO-DPMNE, un parti de droite nationaliste héritier symbolique de l'ancien VMRO révolutionnaire du 19ème siècle.
00:17:30
Speaker
Ce parti existe depuis les années 90, mais c'est au début des années 2000 qu'il commence à se radicaliser et surtout,
00:17:37
Speaker
C'est à ce moment qu'émerge un homme, Nikola Groujevski.
00:17:41
Speaker
à Skopje en 1970, formé en économie, Groujevski commence sa carrière comme ministre du commerce dans les années 90 sous le gouvernement VMRO de Lyubchow et Georgievski.
00:17:52
Speaker
Il est jeune, ambitieux, bon orateur et surtout très à l'aise avec les nouvelles formes de communication politique.
00:17:59
Speaker
Quand il prend la tête du parti en 2003, il le transforme.
00:18:03
Speaker
Il en fait une machine électorale populiste, nationaliste, identitaire.
00:18:08
Speaker
En 2006, les élections législatives lui donnent raison.
00:18:11
Speaker
Le VMRO des PMNE remporte le scrutin.
00:18:14
Speaker
Et à 36 ans, Gourouevski devient alors Premier ministre.
00:18:18
Speaker
Il incarne une nouvelle génération.
00:18:20
Speaker
Mais son projet, il est profondément conservateur.
00:18:23
Speaker
Et surtout, il a une idée en tête.
00:18:26
Speaker
Reconstruire la fierté nationale.
00:18:29
Speaker
Pour lui, la Macédoine a été humiliée par l'ONU, par la Grèce, par la Bulgarie, par l'Occident.
00:18:34
Speaker
Il faut restaurer la grandeur du peuple macédonien.
00:18:37
Speaker
Lui redonner une histoire, des symboles, une identité forte.
00:18:42
Speaker
Ce récit va devenir sa ligne politique.
00:18:45
Speaker
Et rapidement,
00:18:46
Speaker
Il va chercher à le matérialiser dans la ville même de Scopier.

Scopier 2014 : Controverses et mythes historiques

00:18:50
Speaker
L'idée de Scopier 2014, elle n'est pas annoncée tout de suite.
00:18:54
Speaker
Elle mijote, d'abord dans les cercles du pouvoir, dans les ministères de la culture et des transports.
00:18:59
Speaker
Puis elle s'installe au fil des mandats.
00:19:02
Speaker
En 2008, Groujevski est réélu avec une large majorité.
00:19:05
Speaker
C'est à ce moment-là que les premières rumeurs circulent.
00:19:08
Speaker
Le gouvernement aurait un plan de rénovation du centre-ville avec des monuments, des statues.
00:19:14
Speaker
une revalorisation du patrimoine.
00:19:17
Speaker
Mais c'est en 2010 que le projet est officiellement révélé au grand public.
00:19:21
Speaker
Une vidéo de promotion est diffusée.
00:19:23
Speaker
Maquettes 3D, temples néo-antiques, musées, arcs de triomphe, ponts décorés, statues géantes.
00:19:29
Speaker
le tout baigné dans une esthétique kitsch et impériale.
00:19:33
Speaker
Le choc est énorme.
00:19:35
Speaker
Pour les partisans du VMRO, c'est une renaissance, une revanche historique.
00:19:39
Speaker
Pour les autres, c'est une folie mégalomane, un délire identitaire à base de pastiche antique.
00:19:46
Speaker
C'est pas de l'urbanisme, c'est un récit, un mythe matérialisé, une tentative de reconstruire l'histoire nationale à coup de marbre et de cuivre.
00:19:55
Speaker
Car tout le nœud du problème réside dans le fait que certains partis politiques de Macédoine du Nord, le VMRE des PMNE pour pas le citer, revendiquent et s'accaparent l'histoire du royaume de Macédoine de Philippe II, puis de son fils, Alexandre III ou Alexandre le Grand.
00:20:10
Speaker
Sauf que pour la majorité des historiens, cet empire est grec.
00:20:15
Speaker
Pas slave, pas balkanique, grec.
00:20:18
Speaker
Pour être plus précis, les Macédoniens antiques parlaient un dialecte grec, s'inscrivaient dans la culture hellénistique et n'avaient aucun lien ethnique ou culturel avec les slaves arrivés mille ans plus tard.
00:20:31
Speaker
Ce n'est pas grec au sens de la Grèce moderne, mais c'est clairement distinct avec les peuples slaves.
00:20:37
Speaker
Il est bon d'ailleurs de rappeler que l'empire macédonien d'Alexandre le Grand fut l'un des plus vastes, des plus marquants de l'Antiquité, non pas par sa durée, mais par la fulgurance de sa conquête, à peine quelques décennies.
00:20:49
Speaker
Des conquêtes allant jusqu'au cœur de l'Asie.
00:20:52
Speaker
Mais il est surtout marquant par l'ampleur de son héritage culturel.
00:20:55
Speaker
Et c'est que réside une grande partie du paradoxe du nationalisme moderne.
00:21:00
Speaker
On se réclame de figures historiques qu'on ne comprend plus vraiment.
00:21:04
Speaker
Alexandre, c'était un conquérant, certes,
00:21:07
Speaker
Mais c'était aussi un homme éduqué, élevé dans une culture les relations entre hommes faisaient partie du monde aristocratique.
00:21:13
Speaker
Et ça, ça colle pas très bien avec les valeurs que prétendent défendre ses admirateurs d'aujourd'hui.
00:21:19
Speaker
Et c'est que ça devient vraiment fascinant.
00:21:22
Speaker
Le héros absolu des nationalistes macédoniens, Alexandre le Grand, n'avait rien d'un identitaire fermé.
00:21:29
Speaker
Il épousait des femmes perses, il s'habillait à l'oriental, il imposait les mariages mixtes à ses soldats, il parlait plusieurs langues, il s'entourait de savants venus de tout l'Empire, et sa relation avec Éphestion ferait frissonner bien des conservateurs d'aujourd'hui.
00:21:42
Speaker
Autrement dit, le rêve d'un empire macédonien pur, masculin et héroïque, c'est une illusion.
00:21:49
Speaker
Alexandre, il était plus complexe et probablement bien plus ouvert qu'eux.
00:21:54
Speaker
Alexandre le Grand comme symbole d'une grandeur perdue.
00:21:57
Speaker
C'est cette idée-là, aussi absurde qu'elle soit historiquement, qui va devenir le carburant d'un projet démesuré.
00:22:04
Speaker
Un projet qui va transformer le centre de Scopier en quelque chose que personne n'avait vu venir.
00:22:13
Speaker
Quand le projet est annoncé en 2010, on l'appelle alors Scopier 2014.
00:22:16
Speaker
Mais pourquoi ce nom?
00:22:19
Speaker
Eh bien parce que l'objectif affiché, c'est que tout soit terminé en 2014.
00:22:22
Speaker
En 4 ans seulement, le centre-ville de Scopier doit être entièrement transformé.
00:22:29
Speaker
Une refonte complète du cœur de la capitale pensée comme un outil de communication politique.
00:22:35
Speaker
Mais ce que le gouvernement n'avait pas prévu, c'est que les travaux s'étaleraient en réalité jusqu'en 2017, voire même plus.
00:22:41
Speaker
Mais peu importe, le nom est resté.
00:22:43
Speaker
Aux yeux du Premier ministre et de ses proches, il faut redonner du prestige.
00:22:46
Speaker
Et pour ça, quoi de mieux que l'urbanisme?
00:22:49
Speaker
Le projet s'adresse alors à plusieurs publics.
00:22:52
Speaker
A l'intérieur du pays, il s'agit de solidifier une identité nationale commune autour d'un passé supposé héroïque.
00:22:58
Speaker
A l'extérieur du pays, c'est une vitrine touristique.
00:23:01
Speaker
Un moyen d'attirer les visiteurs, de rendre la ville instagrammable, de mettre ce copier sur la carte, de créer un véritable Disneyland en plein cœur d'un centre-ville.
00:23:11
Speaker
Rapidement, les chantiers commencent.
00:23:13
Speaker
Tout s'accélère.
00:23:14
Speaker
On ne consulte pas les habitants.
00:23:16
Speaker
Le projet n'est même pas voté au Parlement, il est simplement présenté comme une initiative du ministère de la Culture, avec le soutien du gouvernement.
00:23:24
Speaker
Et sur le terrain, les grues envahissent alors la ville.
00:23:27
Speaker
En seulement quelques mois, le paysage urbain change radicalement.
00:23:31
Speaker
Des dizaines de statues surgissent, des colonnes apparaissent, les bâtiments existants sont habillés de façades néoclassiques en polystyrène sculpté.
00:23:39
Speaker
On maquille l'ancien avec du faux vieux.
00:23:42
Speaker
Le kitsch devient la norme.
00:23:44
Speaker
L'opposition dénonce alors une opération de propagande, une instrumentalisation de l'histoire à des fins politiques.
00:23:50
Speaker
Des intellectuels et des architectes montent au créneau.
00:23:53
Speaker
Même l'Académie Macédonienne des Sciences et des Arts s'inquiète de la dérive.
00:23:58
Speaker
Sur les réseaux, des collectifs de citoyens commencent à documenter les aberrations des chantiers.
00:24:02
Speaker
Mais Grouyevski, lui, il s'accroche.
00:24:05
Speaker
Il répète que ce projet est nécessaire pour renforcer l'identité nationale, que les critiques viennent de traîtres, d'ennemis de la Macédoine.
00:24:12
Speaker
Et dans un pays le pouvoir contrôle une bonne partie des médias, eh bien ce discours officiel y reste dominant.
00:24:18
Speaker
Pourtant les critiques s'accumulent, et les scandales aussi.
00:24:21
Speaker
Mais entre temps, Scopier 2014 est presque terminé.
00:24:25
Speaker
Le centre-ville est méconnaissable, des statues de partout, des colonnes, des lions, des soldats, des figures mythiques ou inventées.
00:24:32
Speaker
L'histoire a été coulée dans le béton.
00:24:34
Speaker
Pas une histoire fidèle, ni une histoire critique.
00:24:37
Speaker
Une histoire fabriquée pour servir un pouvoir, pour imposer une image figée de la Macédoine masculine, guerrière, antique.
00:24:45
Speaker
Et tout ça financé avec l'argent public.
00:24:47
Speaker
La pièce maîtresse, c'est bien sûr la statue d'Alexandre le Grand.
00:24:51
Speaker
Mais comme la Grèce veille au grain, elle sera officiellement rebaptisée un peu plus tard le « guerrier à cheval ».
00:24:57
Speaker
24 mètres de haut, un socle monumental, entouré de lions, cracheurs d'eau, des fresques en bronze autour de la colonne, c'est le symbole du projet.

Critiques et opposition publique au projet Scopier 2014

00:25:06
Speaker
Elle est inaugurée en grande pompe en 2011 pour les 20 ans de l'indépendance du pays et elle coûte plus de 7 millions d'euros.
00:25:13
Speaker
Juste en face du guerrier à cheval, de l'autre côté du fleuve Vardar, une statue identique mais un peu plus petite représente Philippe II, le père d'Alexandre.
00:25:21
Speaker
Autour, une fontaine musicale, des colonnes, des balustrades, une mise en scène théâtrale.
00:25:26
Speaker
A cela s'ajoutent des dizaines d'autres statues.
00:25:28
Speaker
Justinien Ier, le tsar Samuel, Gauthier Delchef, Mère Thérésa.
00:25:32
Speaker
On en trouve sur les ponts, les places, les toits.
00:25:35
Speaker
Le pont de l'art, par exemple, est décoré de 29 bustes d'artistes et d'intellectuels macédoniens.
00:25:40
Speaker
Et ont construit aussi un arc de triomphe, la Porta Macedonia, censée célébrer l'histoire nationale pour près de 4,5 millions d'euros.
00:25:49
Speaker
L'artiste la plus mise en avant, c'est Valentina Stéwanovska.
00:25:52
Speaker
C'est elle qui réalise les statues de Philippe et d'Alexandre, ainsi que d'autres monuments emblématiques.
00:25:57
Speaker
Son nom revient souvent dans les marchés publics du projet.
00:25:59
Speaker
Officiellement, le gouvernement annonce un budget de 80 millions d'euros, mais très vite, les montants explosent.
00:26:05
Speaker
En 2015, une enquête du média Balkan Investigative Reporting Network, Birn, révèle que les dépenses réelles dépasseraient les 500 à 700 millions d'euros.
00:26:16
Speaker
Le chiffre exact reste flou, car beaucoup de contrats ont été passés sans appel d'offres transparents.
00:26:22
Speaker
Pour une ville de 500 000 habitants, dans un pays l'hôpital public s'effondre,
00:26:28
Speaker
manque de financement, le taux de chômage dépasse les 30% chez les jeunes et le salaire moyen dépasse à peine les 400 euros, on claque des millions d'euros dans des statuts géantes.
00:26:39
Speaker
De plus, le rapport pointe aussi des irrégularités majeures, des contrats attribués sans appel d'offres, des entreprises qui sont proches du pouvoir, de la surfacturation et surtout l'absence totale de transparence.
00:26:50
Speaker
Certaines anecdotes sont à peine croyables.
00:26:52
Speaker
Une statue de Prométhée a être partiellement recouverte après des plaintes de milieux conservateurs qui la trouvaient trop dénudée.
00:27:00
Speaker
Des façades entières d'immeubles modernes ont été relookées à coups de faux frontons antiques juste pour correspondre à la nouvelle esthétique.
00:27:07
Speaker
Et certains bâtiments, ils ont jamais été utilisés ou ils sont restés vides pendant des années.

Revelations de corruption et Révolution Colorée

00:27:13
Speaker
Alors que les premiers monuments de Scopier 2014 sont inaugurés, l'opposition, elle, s'organise.
00:27:18
Speaker
Au départ sont surtout les architectes, les urbanistes, les artistes et une partie de la société civile qui critiquent le projet.
00:27:23
Speaker
Pour eux, ce n'est pas simplement une affaire de goût.
00:27:27
Speaker
Ce n'est pas qu'une ville qui devient un décor de théâtre.
00:27:30
Speaker
C'est une falsification de l'histoire, une vision passéiste imposée d'en haut, sans concertation dans une société déjà fracturée.
00:27:37
Speaker
Des collectifs se forment comme Plénum Étudiant ou First Archie Brigade qui dénoncent l'architecture kitsch, l'absence de débat démocratique et surtout le message idéologique que tout ça véhicule.
00:27:49
Speaker
Lentement, tout commence à se fissurer et cette fissure
00:27:53
Speaker
Elle vient de l'intérieur même du système.
00:27:56
Speaker
En janvier 2015, un homme apparaît avec des enregistrements transmis par deux lanceurs d'alerte qui travaillent dans la police secrète macédonienne.
00:28:04
Speaker
L'homme qui présente les enregistrements à la presse s'appelle Zoran Zayef.
00:28:09
Speaker
Il est maire de Strumitsa et chef du principal parti d'opposition, le SDSM.
00:28:14
Speaker
Peu charismatique, souvent moqué pour son accent du Sud et son allure paysan, il est pourtant sur le point de changer l'histoire.
00:28:20
Speaker
Zaïev révèle qu'il détient des enregistrements réalisés illégalement par les services secrets, des centaines d'heures d'écoute, plus de 20 000 citoyens espionnés, journalistes, juges, avocats, opposants, même des membres du VMRO.
00:28:35
Speaker
Et surtout...
00:28:36
Speaker
des preuves accablantes de corruption d'État.
00:28:39
Speaker
On y entend des ministres discuter de nominations truquées, de pressions sur la justice, de magouilles électorales.
00:28:46
Speaker
On y entend la voix de Groujevski lui-même qui orchestre tout.
00:28:49
Speaker
Et le lien avec Scopier 2014 y devient alors de plus en plus évident.
00:28:54
Speaker
Car ces écoutes, elles révèlent aussi comment les contrats du projet ont été attribués, en toute opacité, souvent à des proches du pouvoir, dans une logique clientéliste.
00:29:03
Speaker
Des sommes colossales ont été dépensées sans appel d'offres, parfois sans autorisation légale, avec des marges énormes pour les entreprises choisies.
00:29:12
Speaker
Au début, le gouvernement y nie.
00:29:14
Speaker
Il parle de montage.
00:29:15
Speaker
Il accuse Zaev de tentative de coup d'état.
00:29:18
Speaker
Mais les enregistrements sortent semaine après semaine et chaque nouvel enregistrement fait monter la colère.
00:29:24
Speaker
Dans les rues de Scopier, les premières manifestations éclatent au printemps 2015.
00:29:29
Speaker
des étudiants, des activistes, des artistes rejoints par les citoyens de tous horizons.
00:29:33
Speaker
La Colorful Revolution prend forme.
00:29:36
Speaker
Les statues de Scopier 2014 sont barbouillées de peinture.
00:29:39
Speaker
Chaque lancée est un message.
00:29:42
Speaker
Ce n'est pas notre histoire, ce n'est pas notre avenir.
00:29:44
Speaker
Les jets de peinture ne sont pas par hasard.
00:29:47
Speaker
Chaque couleur devient un pied de nez à la solennité étouffante des

Intervention de l'UE et élections de 2016

00:29:51
Speaker
monuments.
00:29:51
Speaker
Du rose fluo sur les statues du roi, du vert pomme sur les façades en faux marbre, du bleu électrique, du jaune citron, des taches violettes sur les lions de bronze.
00:30:00
Speaker
Les manifestants utilisent des pistolets à peinture, des ballons remplis de liquide coloré, parfois même des extincteurs customisés.
00:30:08
Speaker
Et c'est pas juste un acte de vandalisme, c'est un carnaval subversif.
00:30:13
Speaker
Une manière de désacraliser les figures imposées, de remettre de la vie et de la contestation dans une ville figée.
00:30:19
Speaker
Certaines statues deviennent méconnaissables.
00:30:22
Speaker
Alexandre le Grand se retrouve barbouillé de roses bonbons, les fresques en bronze dégoulinent de jaune.
00:30:27
Speaker
L'Arc de Triomphe se transforme en toile abstraite géante.
00:30:30
Speaker
Chaque nuit, les couleurs réapparaissent et chaque nettoyage par les autorités est vu comme une tentative désespérée d'effacer la colère populaire.
00:30:38
Speaker
La ville devient un champ de bataille chromatique.
00:30:41
Speaker
Une guerre symbolique entre le marbre synthétique du pouvoir et les couleurs vives de la contestation.
00:30:47
Speaker
Mais Groujevski tient bon.
00:30:49
Speaker
Il contrôle les médias, les tribunaux, la police.
00:30:52
Speaker
Le pouvoir réagit alors par la répression, comme d'habitude.
00:30:54
Speaker
Arrestations, pression sur les militants, propagande contre les opposants.
00:30:58
Speaker
Il promet des élections, puis les annule.
00:31:00
Speaker
L'année 2016 est une année d'attente et de trahison chaque avancée semble aussitôt s'aborder.
00:31:06
Speaker
Les scrutins sont reportés, la majorité s'accroche, les institutions tournent à vide.
00:31:11
Speaker
Alors, l'Union Européenne intervient.
00:31:13
Speaker
Elle impose un accord politique, c'est le Pergino Agreement, une feuille de route pour sortir de la crise.
00:31:19
Speaker
Des élections sont fixées au 11 décembre 2016.
00:31:21
Speaker
Et ce jour-là, le pays retient son souffle.
00:31:26
Speaker
Le VMRO des PMNE arrive en tête.
00:31:30
Speaker
D'une courte tête.
00:31:32
Speaker
Seulement deux sièges d'avance.
00:31:34
Speaker
Mais avec les résultats des petits partis, le SDSM de Zayev parvient à former une majorité en s'alliant notamment avec les partis albanais.
00:31:41
Speaker
Une coalition fragile mais suffisante.
00:31:44
Speaker
Pourtant, Grouyevski, lui, refuse de céder le pouvoir.
00:31:48
Speaker
Il accuse Zayev de vendre le pays aux albanais.
00:31:51
Speaker
Le président Ivanov, qui fait partie du VMRE-DPMNE, bloque la nomination du nouveau gouvernement.
00:31:57
Speaker
Pendant des mois, les institutions tournent en rond, une impasse totale.
00:32:01
Speaker
Et dans cette tension, une haine sourde grandit, attisée par les chaînes du pouvoir, par les rumeurs, par l'humiliation de perdre le contrôle.
00:32:10
Speaker
Et c'est le 27 avril 2017 que cette colère explose.
00:32:14
Speaker
Ce jour-là, le Parlement doit voter l'élection du nouveau président du Parlement de Macédoine, un Albanais, Talat Gchaferi.

Transition sous Zoran Zaev et réformes

00:32:21
Speaker
Le symbole est fort, mais à l'extérieur, les militants nationalistes hurlent et d'un coup, les portes cèdent.
00:32:29
Speaker
Des dizaines d'hommes envahissent l'hémicycle.
00:32:32
Speaker
Ils frappent les députés, traquent Zayef, l'encercle, le tabassent.
00:32:37
Speaker
On le voit le visage en sang plaqué contre un mur pendant que d'autres élus sont emmenés, menacés, humiliés.
00:32:44
Speaker
Quelques années avant les mêmes événements aux Etats-Unis et au Brésil, la démocratie prend une claque en direct à la télévision.
00:32:52
Speaker
Mais ce soir-là, le coup ne passe pas.
00:32:54
Speaker
L'indignation est générale.
00:32:56
Speaker
L'Europe s'alarme, la population se mobilise.
00:33:00
Speaker
Même dans les rangs du pouvoir, certains reculent.
00:33:02
Speaker
Et quelques semaines plus tard, après des mois de chaos, Groujevski quitte le pouvoir.
00:33:07
Speaker
Il part, à reculons, protégé par son immunité.
00:33:11
Speaker
Puis, un an plus tard, il s'enfuit discrètement en Hongrie, il obtient l'asile politique.
00:33:17
Speaker
L'homme des statues s'est enfui en silence,
00:33:20
Speaker
laissant derrière lui un pays exsangue, une ville défigurée et une société plus divisée que jamais.
00:33:26
Speaker
Esaïev, lui, il prend enfin la tête du pays.
00:33:30
Speaker
Mais qu'est-ce qu'on fait quand on hérite d'un champ de ruines, quand on doit gouverner au milieu des fragments d'un mythe effondré?
00:33:41
Speaker
Le 31 mai 2017, Zoran Zayef est investi Premier ministre.
00:33:45
Speaker
Il a gagné.
00:33:46
Speaker
Mais en regardant Skopje ce matin-là, difficile de savoir si c'est vraiment une victoire.
00:33:52
Speaker
Il hérite d'un pays en crise, une classe politique discréditée, une économie au bord du précipice, une jeunesse qui déserte, une capitale recouverte de statues et un climat de méfiance généralisée après des années de scandale.
00:34:06
Speaker
Mais il tente d'enclencher un virage.
00:34:08
Speaker
Son mot d'ordre, c'est l'ouverture.
00:34:10
Speaker
Il veut tourner la page des années Gruyewski, réconcilier les communautés, relancer les discussions avec l'Union européenne et faire entrer la Macédoine dans l'OTAN.
00:34:20
Speaker
Pour ça, il va devoir affronter un chantier immense et des résistances profondes.
00:34:25
Speaker
Dès son arrivée au pouvoir, commencent des négociations avec la Bulgarie et la Grèce afin de sortir de l'impasse d'où les gouvernements précédents n'ont pas souhaité sortir.
00:34:34
Speaker
Le mardi 1er août 2017 scelle l'accord d'amitié, de bon voisinage et de coopération avec la Bulgarie qui enterrine la création de la commission bilatérale d'experts afin de tenter de définir une version commune de l'histoire.

Accord de Prespa et perspectives d'intégration européenne

00:34:48
Speaker
Derrière cette commission se joue notamment l'adhésion de la Macédoine du Nord à l'Union européenne.
00:34:53
Speaker
Et malgré la levée du veto bulgare, ce dossier, il est toujours dans l'impasse.
00:34:57
Speaker
30 ans après son indépendance, la Macédoine du Nord se bat encore pour définir qui elle est.
00:35:03
Speaker
Et tant que cette question n'est pas résolue, tout le reste est suspendu.
00:35:07
Speaker
Puis le dimanche 17 juin 2018, sur les bords du lac Prespa, situé entre la Macédoine, l'Albanie et la Grèce, Zoran Zayev et Alexis Tsipras signent un accord historique pour les deux pays.
00:35:21
Speaker
Le changement de nom de la Macédoine.
00:35:24
Speaker
Accompagné de l'organisation d'un référendum avec pour question, êtes-vous favorable à une adhésion à l'Union Européenne et à l'OTAN en acceptant l'accord passé entre la République de Macédoine et la République de Grèce?
00:35:36
Speaker
Ce référendum doit mettre fin à plus de 27 ans de querelles entre les deux pays à cause du nom « Macédoine »
00:35:42
Speaker
qui est le nom revendiqué d'une région grecque dont la capitale est Thessalonique.
00:35:46
Speaker
En reconnaissance de cet accord, les deux hommes ont été nominés pour le prix Nobel de la paix en 2019.
00:35:51
Speaker
Malgré un référendum que certains qualifient d'échec pour Zoran Zayef, avec seulement 36,91% de participants, alors qu'il fallait réunir une majorité absolue,
00:36:01
Speaker
Plus de 91% des votants ont répondu oui à ce référendum.
00:36:05
Speaker
Ce qu'il faut ajouter, c'est que l'opposition du VMRO des PMNE a appelé à boycotter ce référendum, mais aussi que les listes électorales ne sont pas à jour depuis des années.

Défis démographiques et héritage de Scopier 2014

00:36:14
Speaker
Tous les derniers recensements effectués dans le pays ont été controversés ou entachés de fraude.
00:36:18
Speaker
On ne connaît donc pas le nombre précis de votants, d'autant plus pour un pays qui compte quasiment 600 000 émigrés et officiellement environ 2 millions d'habitants.
00:36:27
Speaker
Le référendum est finalement ratifié d'une courte tête grâce aux voix d'une dizaine de députés du VMRO des PMNE, par le Parlement Macédonien, puis par le Parlement Grec.
00:36:36
Speaker
Et c'est le 12 février 2019 qu'entre officiellement en vigueur l'accord de Prespa et que l'ancienne République Yougoslave de Macédoine devient la République de Macédoine du Nord.
00:36:47
Speaker
Cette décision encore impensable quelques années plus tôt permet qu'en échange, la Grèce lève son veto et la Macédoine du Nord peut enfin avancer.
00:36:55
Speaker
Le pays rejoint l'OTAN en mars 2020 et cela permet d'ouvrir les négociations d'adhésion à l'UE en juillet 2022
00:37:02
Speaker
malgré un veto déposé par la Bulgarie quelques mois plus tôt.
00:37:06
Speaker
C'est un pari politique risqué, mais Zaev choisit le compromis plutôt que la confrontation.
00:37:11
Speaker
A l'intérieur du pays, il tente aussi de réformer.
00:37:13
Speaker
Il fait le ménage dans certains organes de l'État, il met fin aux pratiques les plus voyantes du clientélisme, il engage des discussions sur la justice, sur la transparence, sur les droits des minorités.
00:37:23
Speaker
Il arrête le financement direct de certains médias liés au pouvoir et promet une société plus ouverte.
00:37:28
Speaker
Mais malheureusement, tout ne suit pas.
00:37:31
Speaker
L'économie reste fragile, la corruption ne disparaît pas et les inégalités persistent.
00:37:36
Speaker
Beaucoup de jeunes d'ailleurs continuent de quitter le pays.
00:37:39
Speaker
En 2021, le premier recensement arrivant à son terme depuis 2002 tombe comme un coup de massue.
00:37:45
Speaker
La Macédoine du Nord a perdu près de 190 000 habitants en 20 ans.
00:37:50
Speaker
Le pays ne compte plus que 1,83 millions de personnes.
00:37:53
Speaker
Les Macédoniens partent, massivement, vers l'Allemagne, vers la Suisse, vers l'Australie.
00:37:57
Speaker
Un pays qui se vide de l'intérieur.
00:37:59
Speaker
Et au niveau culturel, la question que se posent tous les Macédoniens est...
00:38:03
Speaker
Quel avenir pour l'interminable et kitschissime projet Scopier 2014.
00:38:07
Speaker
Quelques heures à peine avant leur arrivée au pouvoir, Zoran Zayev et Robert Alagyozowski, son nouveau ministre de la culture, ont voulu faire une mise au point sur Scopier 2014.
00:38:17
Speaker
Nous devons immédiatement arrêter Scopier 2014 parce que chaque jour, comme hors d'une boîte de Pandore, cela produit de nouveaux monuments kitsch,
00:38:25
Speaker
des sculptures, des rues et des colonnes que personne ne veut, mais pour lesquelles nous payons tous le prix fort", a déclaré Robert Alagiozowski à Macfax News Agency.
00:38:35
Speaker
Nous allons faire une analyse sérieuse de ce qui est construit, quelle est la valeur, combien coûtera l'entretien de ces bâtiments et sites.
00:38:40
Speaker
Nous organiserons une conférence internationale sur le projet visant à développer des scénarios futurs sur ce qu'il faut faire avec.
00:38:47
Speaker
Nous serons prudents avec les solutions.
00:38:48
Speaker
Que faire des projets déjà construits?
00:38:50
Speaker
Des sculptures disséminées ça et dans la ville de Scopier?
00:38:53
Speaker
Des bâtiments en cours de construction?
00:38:55
Speaker
La réponse est loin d'être trouvée.

Retour des conservateurs et tensions identitaires renouvelées

00:38:57
Speaker
Le gouvernement opte alors pour un entre-deux.
00:38:59
Speaker
Certaines œuvres sont discrètement démontées, d'autres rebaptisées, comme la statue d'Alexandre le Grand, devenue le « cavalier à cheval ».
00:39:07
Speaker
Des panneaux explicatifs sont installés pour recontextualiser l'origine des œuvres.
00:39:12
Speaker
Mais dans l'ensemble, Scopier 2014 reste debout, comme une cicatrice monumentale.
00:39:18
Speaker
On repeint, on cache, mais on n'efface pas.
00:39:20
Speaker
Zayev choisit de ne pas tout détruire.
00:39:22
Speaker
Il cherche un équilibre.
00:39:24
Speaker
reconnaître les erreurs sans effacer complètement ce qui a été construit.
00:39:28
Speaker
C'est une gestion prudente, parfois trop, qui déçoit une partie de ses soutiens.
00:39:32
Speaker
En 2024, après sept années de pouvoir, le SDSM perd les élections.
00:39:38
Speaker
C'est un retour en force du VMRO des PMNE, mené par Christian Mikowski, l'héritier politique de Groujevski.
00:39:45
Speaker
Il forme un nouveau gouvernement avec des anciens du gouvernement de Gouloyevski mais surtout, il possède une majorité confortable au parlement.
00:39:52
Speaker
La présidence aussi passe aux mains de la droite avec Gordana Silyanovska-Davkova.
00:39:57
Speaker
Et à peine revenu au pouvoir, le VMRO des PMNE a déjà réussi l'exploit de raviver les tensions avec la Grèce.
00:40:05
Speaker
Lors de son investiture, la nouvelle présidente a refusé de prononcer le nom officiel du pays, remettant en cause l'accord de prespa.
00:40:12
Speaker
Résultat, Athènes menace de bloquer à nouveau les discussions d'adhésion à l'Union européenne.
00:40:17
Speaker
Et surtout, la situation se dégrade.
00:40:19
Speaker
Certains postes clés sont repris en main.
00:40:21
Speaker
Les partis albanais proches du pouvoir précédent

Tragédies publiques et demande de responsabilité gouvernementale

00:40:23
Speaker
sont écartés.
00:40:23
Speaker
Les tensions interethniques refont surface.
00:40:26
Speaker
Le projet Scopier 2014, lui, reste intact.
00:40:29
Speaker
Il n'est plus question de le réviser, encore moins de l'effacer.
00:40:32
Speaker
Le message est clair.
00:40:33
Speaker
Retour à une politique identitaire, retour à un récit national fort.
00:40:38
Speaker
Ce qui joue à ce moment-là, c'est pas seulement un changement de gouvernement, c'est un changement de cap, une opposition entre deux visions du pays.
00:40:46
Speaker
L'une tournée vers le compromis et l'intégration européenne,
00:40:49
Speaker
l'autre vers le repli national et la restauration symbolique.
00:40:53
Speaker
Et c'est sur ce terrain que se joue encore aujourd'hui l'avenir de la Macédoine du Nord.
00:40:57
Speaker
Récemment, un incendie dans le club Pulse à Cochami, une petite ville de l'est de la Macédoine du Nord, a fait plus de 59 morts.
00:41:05
Speaker
La plupart avaient à peine 20 ans.
00:41:07
Speaker
C'est l'une des plus grandes tragédies civiles qu'ait connu le pays depuis son indépendance.
00:41:12
Speaker
Et très vite, les questions se posent.
00:41:14
Speaker
Pourquoi ce club était-il ouvert alors qu'il n'avait ni autorisation conforme, ni normes de sécurité respectées?
00:41:20
Speaker
Qui a signé les papiers?
00:41:21
Speaker
Qui a fermé les yeux?
00:41:23
Speaker
L'enquête révèle ce que beaucoup savaient déjà.
00:41:25
Speaker
La corruption est partout.
00:41:27
Speaker
La mairie de Côte-Chânie, la police locale, les services d'inspection, tous ont laissé faire.
00:41:33
Speaker
Mais cette fois, la colère ne reste pas confinée.
00:41:36
Speaker
Elle explose.
00:41:37
Speaker
Dans les rues, sur les réseaux, devant les institutions, des marches silencieuses virent à l'émeute.
00:41:42
Speaker
Des milliers de jeunes manifestent à Scopier, à Cochaine et à Bitola.
00:41:45
Speaker
Ils brandissent les photos des victimes.
00:41:47
Speaker
Ils exigent des comptes.
00:41:49
Speaker
Ils dénoncent l'impunité, la justice, la peur de mourir dans un club qui aurait être fermé depuis des mois.
00:41:54
Speaker
Ce drame, c'est un électrochoc.
00:41:57
Speaker
Ils cristallisent tout.
00:41:58
Speaker
La corruption endémique, l'état défaillant, le cynisme du pouvoir.
00:42:01
Speaker
Ils nous rappellent que derrière les statues géantes, les façades en faux marbre et les discours d'unité nationale, il y a une réalité.
00:42:09
Speaker
Celle d'un pays l'on meurt parce que quelqu'un a touché un pot de vin.
00:42:13
Speaker
Quant au projet Scopier 2014, certains des monuments sont déjà en ruine.
00:42:17
Speaker
Les façades en polystyrène craquent, les statues s'oxydent, les bâtiments prennent l'eau et sont vides.
00:42:23
Speaker
Même les trois galions du Vardar, ces faux bateaux censés attirer les touristes, sont à l'abandon.
00:42:28
Speaker
Inutilisables, trop coûteux à entretenir.
00:42:31
Speaker
Ils créent même des problèmes écologiques graves en ralentissant le courant du fleuve.
00:42:36
Speaker
Impossible à démolir sans dépenser des millions, leur présence symbolise à elles seules le fiasco de Scopier 2014, une illusion de grandeur qui finit échouée comme ses bateaux dans la bourre.
00:42:47
Speaker
Pourtant, des enquêtes ont révélé que des détournements de fonds publics ont eu lieu dans le cadre du projet Scopier 2014.
00:42:53
Speaker
En juin 2023, le bureau du procureur public a lancé une enquête nommée Fénix visant 15 individus, dont d'anciens hauts fonctionnaires macédoniens et un citoyen italien, soupçonnés d'abus de pouvoir et de blanchiment d'argent liés à l'acquisition de certains monuments du projet.
00:43:07
Speaker
Les suspects incluent notamment l'ancien Premier ministre Nikola Gruevski, l'ancien vice-premier ministre et ministre des Finances Zoran Stavreski, l'ancienne ministre de la Culture Elisabetta Kanseska Milevska, ainsi que deux anciens maires de la municipalité de Tzentar, Vladimir Todorovic,
00:43:23
Speaker
et Violeta Alarova.
00:43:25
Speaker
Ils sont accusés d'avoir détourné environ 57 millions d'euros du budget de l'État en contournant le Parlement.
00:43:32
Speaker
Après la chute de son gouvernement, Nicolas Groujevski est rattrapé par une série d'affaires de corruption révélées notamment par le scandale des écoutes illégales.
00:43:41
Speaker
Il est condamné une première fois en 2018 à deux ans de prison pour l'achat illégal d'une Mercedes blindée avec de l'argent public.
00:43:48
Speaker
D'autres condamnations suivent.
00:43:50
Speaker
Un an et demi de prison pour avoir encouragé des violences contre un opposant politique en 2013.
00:43:53
Speaker
Puis une lourde peine pour blanchiment d'argent lié au détournement d'environ
00:43:59
Speaker
1,3 millions d'euros de dons au parti VMRO des PMNE.
00:44:03
Speaker
Cet argent a été utilisé pour acheter des propriétés via une société offshore au Belize.
00:44:07
Speaker
Au total, les différentes condamnations prononcées contre lui dépassent 10 ans de prison et plusieurs autres procédures pour corruption et financement illégal sont encore ouvertes.

Fuite de Groujevski et réflexions sur l'identité culturelle

00:44:16
Speaker
Mais en novembre 2018,
00:44:17
Speaker
Seulement quelques jours avant son incarcération, Glouyevski disparaît.
00:44:22
Speaker
Malgré la confiscation de son passeport, il quitte clandestinement la Macédoine du Nord, traverse l'Albanie, le Monténégro puis la Serbie avant d'arriver à Budapest.
00:44:32
Speaker
Quelques jours plus tard, le premier ministre hongrois Viktor Orban lui accorde l'asile politique.
00:44:38
Speaker
Selon plusieurs enquêtes journalistiques,
00:44:40
Speaker
Une partie du trajet aurait été facilité par des diplomates hongrois.
00:44:44
Speaker
Depuis, Groujevski vit en Hongrie et les demandes d'extradition de la Macédoine du Nord sont restées sans effet.
00:44:59
Speaker
Toutes ces affaires illustrent comment certains dirigeants politiques ont exploité le projet Scopier 2014 à des fins d'enrichissement personnel, en plus de leur volonté de remodeler l'histoire nationale à travers les monuments érigés.
00:45:11
Speaker
On pourrait en effet dire que dans le cadre du projet Scopier 2014,
00:45:15
Speaker
La gestion de la droite au pouvoir sous la direction du VMRE des PMNE de Nicolas Grouyevski a été marquée par des décisions controversées et parfois perçues comme déconnectées des priorités réelles de la population.
00:45:26
Speaker
Le projet a été largement critiqué pour son aspect grandiloquent, pour son coût élevé et surtout pour le manque de réflexion sur l'impact environnemental et social de certaines installations.
00:45:37
Speaker
Le symbole d'un échec.
00:45:38
Speaker
D'un projet bâti pour l'éternité mais abandonné à peine une décennie plus tard.
00:45:43
Speaker
Et malgré les enquêtes, malgré les rapports accablants, personne n'a vraiment tourné la page, mais le sujet ne fait plus la une de l'actualité.
00:45:52
Speaker
Scopier 2014 est toujours là, planté dans le décor, comme une fiction qu'on n'ose pas démonter.
00:45:57
Speaker
Et le plus frappant, c'est peut-être l'indifférence.
00:46:00
Speaker
Entre 2010 et 2015, ce projet avait déclenché des protestations massives, des actes de désobéissance civile, des citoyens qui descendent dans la rue pour dire que des centaines de millions d'euros ne doivent pas finir en colonne de stuc pendant que le pays se vide de ses habitants.
00:46:14
Speaker
Cette colère-là a produit la révolution colorée.
00:46:17
Speaker
Elle a fissuré le pouvoir de Grouyevski.
00:46:20
Speaker
Et puis, plus rien.
00:46:22
Speaker
Aujourd'hui, ce copier 2014 ne provoque plus vraiment la colère.
00:46:26
Speaker
Il suscite surtout le cynisme, la lassitude.
00:46:30
Speaker
Comme si on s'était habitué à vivre au milieu des colonnes en carton-pâte.
00:46:34
Speaker
Et pendant ce temps, les regards se tournent ailleurs, vers Bruxelles.
00:46:39
Speaker
62% des macédoniens soutiennent encore l'adhésion à l'UE.
00:46:42
Speaker
Vers la lutte contre la corruption, vers les nouveaux défis économiques, vers l'avenir.
00:46:46
Speaker
Scopier 2014 reste là, immobile, comme un point d'interrogation au milieu de la capitale.
00:46:52
Speaker
Quant à la question principale de la vidéo de qui est vraiment la Macédone du Nord, elle, elle n'a toujours pas de réponse.
00:47:04
Speaker
Je me souviens, en 2016, je me suis retrouvé à Scopier avec des amis.
00:47:09
Speaker
Et ce qui m'a frappé à ce moment-là, c'est pas les statues, c'est pas les colonnes, mais c'était les traces de peinture.
00:47:16
Speaker
Des éclats de couleurs sur ce marbre blanc.
00:47:18
Speaker
Les cicatrices d'une révolution que je ne comprends pas encore.
00:47:22
Speaker
Et c'est ce voyage à l'époque qui m'a donné envie de comprendre.
00:47:26
Speaker
Ce projet, Scopier 2014, ça devait être un symbole de fierté nationale.
00:47:31
Speaker
C'est devenu un symbole de gaspillage, de pastiche assumée, de clientélisme.
00:47:37
Speaker
Un décor de carton-pâte pour une démocratie fragile.
00:47:41
Speaker
À travers ce projet, on a vu émerger les grandes tensions de la Macédoine du Nord.
00:47:45
Speaker
Le besoin d'identité, les dérives autoritaires, la réécriture de l'histoire, mais aussi la puissance de la société civile, la force de la jeunesse et les luttes pour une véritable démocratie.
00:47:56
Speaker
Alors aujourd'hui, on peut se poser une question simple.
00:47:59
Speaker
Scopier 2014, c'est quoi?
00:48:01
Speaker
C'est une erreur de parcours?
00:48:02
Speaker
C'est une parenthèse?
00:48:03
Speaker
Ou bien un révélateur profond de la manière dont certains dirigeants instrumentalisent la culture à des fins politiques?

Défis futurs : Héritage culturel et gouvernance progressive

00:48:10
Speaker
Et c'est aussi ça que j'essaye de vous raconter dans mes vidéos.
00:48:13
Speaker
Dans les Balkans, quand des courants progressistes arrivent au pouvoir, qu'on les appelle sociodémocrates, réformateurs ou simplement pro-européens,
00:48:20
Speaker
Il se passe quelque chose, l'ouverture reprend, les discussions d'adhésion à l'UE avancent, des compromis sont proposés, des réformes sont votées et parfois cela coûte cher à ces gouvernements.
00:48:31
Speaker
Zoran Zayev en Macédone du Nord, Albin Kourtil au Kosovo, Zoran Djinjic qui a été assassiné en Serbie dans les années 2000,
00:48:39
Speaker
Tous, ils ont tenté de changer la trajectoire de leur pays et tous, ils ont affronté une opinion divisée, des oppositions féroces, parfois même la violence.
00:48:49
Speaker
Et souvent, c'est une droite conservatrice, nationaliste, parfois autoritaire, qui revient ensuite au pouvoir avec ses vieux réflexes.
00:48:56
Speaker
Le repli sur soi, les récits identitaires, la corruption.
00:48:59
Speaker
C'est pas systématique, l'exemple des dirhamas en Albanie montre à quel point les étiquettes politiques peuvent être creuses.
00:49:05
Speaker
Mais la tendance, elle est là.
00:49:07
Speaker
Ce n'est pas une histoire qui n'appartient qu'aux Balkans, c'est une histoire qui peut arriver partout et qui arrive ailleurs en ce moment même.
00:49:14
Speaker
Ce que montre Copier 2014, c'est qu'on ne construit pas un avenir solide avec des statues, on ne soigne pas une crise démocratique avec des colonnes en marbre de synthèse, et à force de tordre l'histoire, on finit par perdre le présent.
00:49:28
Speaker
Alors que Copier sera en 2028 capitale européenne de la culture,
00:49:31
Speaker
Le contraste est saisissant.
00:49:33
Speaker
Derrière les promesses d'ouverture culturelle, le pays replonge dans les tensions identitaires.
00:49:39
Speaker
Le VMRE des PMNE de retour au pouvoir,
00:49:42
Speaker
Eh bien, les relations avec la Grèce et la Bulgarie, elles se tendent à nouveau.
00:49:46
Speaker
L'élan réformateur qui a été porté un temps par Zayef semble déjà très loin.
00:49:50
Speaker
Dans ce contexte, difficile de croire que ce label changera vraiment la donne.
00:49:54
Speaker
Il risque surtout d'embellir une façade pendant que les fondations politiques et sociales restent fragiles.
00:49:59
Speaker
Alors c'est à nous aujourd'hui de nous poser les bonnes questions.
00:50:03
Speaker
Qu'est-ce qu'on veut transmettre?
00:50:04
Speaker
Quelle mémoire on veut honorer?
00:50:06
Speaker
Et surtout, quelle place accorde-t-on à la jeunesse, à la critique, à la culture vivante face à une culture de pierre figée dans le fantasme?
00:50:15
Speaker
Et voilà pour cette vidéo sur l'histoire de Scopier 2014.
00:50:18
Speaker
J'espère que ce sujet vous aura intéressé.
00:50:21
Speaker
Si vous êtes arrivé jusqu'ici, je vous invite à écrire en commentaire le passage qui vous a le plus intéressé dans cette histoire.
00:50:27
Speaker
Et on se retrouve bientôt pour une nouvelle vidéo.
00:50:29
Speaker
A très vite!
00:50:33
Speaker
Bam!