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Speaker: L'histoire que je vais vous raconter aujourd'hui, c'est l'histoire d'un homme politique qui a détourné des millions, un homme politique qui a transformé sa capitale en Disneyland des Balkans, un homme politique qui a fissuré les fondations d'une démocratie déjà fragile, puis qui s'est enfui sans jamais rien assumer.
Speaker: Mais cette histoire, c'est pas seulement celle de Nicolas Gruyewski, c'est surtout l'histoire d'un pays qui cherche encore qui il est.
Speaker: Et pour comprendre tout ça, il faut commencer par une horloge.
Speaker: À ce copier, il y a une horloge arrêtée depuis 1963.
Speaker: Elle affiche 5h17, l'heure exacte où, le 26 juillet 1963, en 20 secondes, 80% de la ville disparaît.
Speaker: Mais le vrai séisme arrive presque 50 ans plus tard.
Speaker: Pas un tremblement de terre cette fois?
Speaker: mais une annonce, celle du lancement du projet Scopier 2014.
Speaker: Un projet titanesque, censé transformer le visage de la capitale.
Speaker: Statues antiques, colonnes, musées, bâtiments néoclassiques, la Macédoine se rêve en héritière directe d'Alexandre Legrand.
Speaker: L'histoire que je m'apprête à vous raconter aujourd'hui, c'est l'histoire du projet Scopier 2014.
Speaker: L'histoire du projet le plus démesuré, le plus controversé et surtout le plus symptomatique des dérives du public.
Speaker: Ce qui est intéressant avec ce projet Scopier 2014, c'est qu'il va nous permettre de discuter de pas mal de pans de l'histoire macédonienne.
Speaker: Avançons donc et posons les bases.
Speaker: Actuellement, la Macédoine du Nord, c'est un pays situé aux confins des Balkans.
Speaker: Différentes populations peuplent chaque pays des Balkans.
Speaker: En Macédoine du Nord, on trouve une majorité de slavo-macédoniens, mais aussi d'importantes minorités albanaises, turques, roms, serbes ou bosniaques, et même des grecs.
Speaker: Une vraie mosaïque.
Speaker: Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que les macédoniens y descendent principalement des populations slaves qui sont arrivées dans la région au VIe siècle.
Speaker: Les bulgares, eux aussi, sont en grande partie issus de ces migrations slaves, mêlées à une élite turcique venue des steppes.
Speaker: Les premières manifestations d'une identité macédonienne, elles sont apparues tardivement.
Speaker: Et pour comprendre pourquoi tout ça est si compliqué, il faut remonter dans le temps.
Speaker: Alors pas jusqu'à Alexandre le Grand, on y reviendra, et vous allez comprendre pourquoi c'est important, mais on va remonter jusqu'au XIVe siècle, car c'est là que tout commence vraiment.
Speaker: A partir de la fin du XIVe siècle, la Macédoine devient une région sous domination ottomane.
Speaker: Je vous parlais dans ma vidéo sur l'histoire de la Yougoslavie, de la question d'Orient avec la lente agonie de l'Empire Ottoman dans les Balkans.
Speaker: Dans le sillage du Congrès de Berlin de 1878, trois voisins de la Macédoine revendiquent ce territoire.
Speaker: La Bulgarie, la Serbie et la Grèce.
Speaker: On parle alors ici de la question macédonienne autour des revendications de son territoire, de son patrimoine historique et culturel et surtout de son peuple.
Speaker: Et à l'heure actuelle,
Speaker: Sachez que cette question, elle est toujours pas vraiment tranchée.
Speaker: En 1893, des révolutionnaires fondent le VMRO à Thessalonique.
Speaker: Le VMRO, c'est une organisation révolutionnaire et de libération nationale du peuple macédonien.
Speaker: Retenez bien ce nom, on le reverra plus tard.
Speaker: On y retrouve des nationalistes, des socialistes ou encore des anarchistes
Speaker: dont la figure la plus emblématique sera Götze Delchev, révolutionnaire bulgare de Macédoine né à Kilkisch alors dans l'Empire Ottoman qui est situé aujourd'hui en Grèce.
Speaker: Ce qui les unit, c'est une colère commune contre l'occupant ottoman et une volonté d'indépendance.
Speaker: Enfin, quand certains se battent pour une Macédoine libre, d'autres préfèreraient se rattacher à la Bulgarie.
Speaker: Cette tension entre indépendantistes et pro-bulgare va traverser tout le mouvement et elle explique pourquoi encore aujourd'hui, Sofia et Scopié se disputent l'héritage historique de ces combats.
Speaker: Je vais vous expliquer rapidement pourquoi.
Speaker: Les combattants du VMRO sont appelés des Comitaji.
Speaker: Ils organisent des actions armées contre l'Empire Ottoman.
Speaker: Pour certains, ce sont des héros de la résistance, quand pour d'autres, ce sont des terroristes.
Speaker: Alors pourquoi des terroristes?
Speaker: Pour financer leur lutte, ils prélèvent ce qu'ils appellent des contributions révolutionnaires dans les villages.
Speaker: Une forme d'impôt clandestin qui peut être perçu comme un soutien à la cause ou bien comme une extorsion.
Speaker: En 1903, ils déclenchent un soulèvement général, l'insurrection d'Illinden.
Speaker: Les résistants libèrent 150 villages et 3 villes.
Speaker: Une république est même proclamée à Klushevo.
Speaker: Elle tient 10 jours.
Speaker: 10 jours avant que l'armée ottomane n'écrase tout dans le sang.
Speaker: C'est un véritable échec militaire pour le VMRO, mais c'est surtout un mythe fondateur, car E. Linden, c'est aujourd'hui la fête nationale de la Macédoine du Nord.
Speaker: Sauf que, et c'est là que ça se complique, la Bulgarie, elle considère qu'E.
Speaker: Linden fait partie de son histoire.
Speaker: que le VMRO est bulgare, que Gauthier Delchef est un héros national bulgare.
Speaker: Et c'est précisément l'un des points de blocage dans les négociations actuelles entre Sofia et Skopje pour l'adhésion à l'Union Européenne.
Speaker: Deux pays, un même passé, des récits incompatibles.
Speaker: Dix ans plus tard, les guerres balkaniques règlent la question autrement.
Speaker: La Macédoine est alors découpée en trois morceaux.
Speaker: Le sud va à la Grèce.
Speaker: Le morceau oriental va à la Bulgarie et la partie centrale, le long de la vallée du Vardar, va à la Serbie.
Speaker: Une fois de plus, sans que personne ne demande leur avis aux Macédoniens.
Speaker: C'est cette dernière portion qui deviendra d'ailleurs des décennies plus tard la Macédoine du Nord.
Speaker: Et c'est finalement en 1944 que la République socialiste de Macédoine est officiellement proclamée au sein de la Yougoslavie.
Speaker: Elle prendra finalement le nom de République populaire de Macédoine en 1945.
Speaker: Elle se voit alors dotée de ses propres institutions et surtout d'une langue macédonienne codifiée.
Speaker: C'est un acte fort.
Speaker: Jusque-là, la langue macédonienne n'était reconnue ni par la Bulgarie ni par la Serbie.
Speaker: Désormais, elle devient officielle, enseignée, standardisée.
Speaker: Pendant des dizaines d'années, la Macédoine est donc une province autonome de la Yougoslavie.
Speaker: Et puis c'est le drame.
Speaker: Le 26 juillet 1963, à 5h17 du matin, le sol tremble.
Speaker: Un séisme d'une magnitude autour de 6,1 sur l'échelle de Richter frappe Scopier.
Speaker: En 20 secondes, 80% de la ville est détruite, 1070 morts, 3000 blessés, 200 000 personnes sans abri.
Speaker: Les dégâts sont évalués à 1 milliard de dollars, soit le budget annuel de toute la Yougoslavie.
Speaker: Et ce séisme de 1963, c'est pas seulement une catastrophe, c'est surtout un tournant.
Speaker: Car à la stupeur succèdent l'espoir et la solidarité.
Speaker: Le monde entier regarde et il répond.
Speaker: Un grand élan humanitaire se manifeste, notamment grâce au statut non-aligné de la Yougoslavie.
Speaker: 77 pays participent à la reconstruction.
Speaker: Kennedy envoie une unité médicale militaire.
Speaker: Khrushchev se déplace en personne dans les décombres.
Speaker: La Roumanie finance un hôpital entier.
Speaker: À ce copier pour un temps, la guerre froide s'arrête et la ville devient le centre du monde.
Speaker: L'Est et l'Ouest travaillent côte à côte quelques mois seulement après la crise des missiles de Cuba où les États-Unis et l'URSS étaient au bord de la guerre nucléaire.
Speaker: La ville devient pour un temps un symbole mondial de solidarité.
Speaker: Un comité de reconstruction est alors nommé par l'ONU en 1964
Speaker: constitué d'experts internationaux et yougoslaves.
Speaker: Skopje devient alors un chantier à ciel ouvert.
Speaker: On reconstruit vite.
Speaker: Les nouveaux quartiers sortent de terre.
Speaker: L'ancienne gare, aujourd'hui musée de la ville de Skopje, est un symbole du tremblement de terre.
Speaker: L'horloge de la gare est toujours arrêtée à 5h17.
Speaker: En 1965, un concours international est lancé pour repenser l'organisation du centre-ville.
Speaker: Deux projets se détachent.
Speaker: Le premier, celui de Kenzo Tange, star de l'architecture japonaise, connu pour son mémorial de Hiroshima.
Speaker: Mais le projet est jugé trop complexe, trop coûteux.
Speaker: Alors, une deuxième équipe est appelée, celle de l'Institut Croate d'Urbanisme.
Speaker: Finalement, les deux équipes sont fusionnées et en 1966, elles présentent ensemble un nouveau concept.
Speaker: Un compromis entre la vision futuriste de Tange et les contraintes économiques de la Yougoslavie.
Speaker: Pendant 15 ans, Scopier renaît.
Speaker: Des universités ouvrent, des bâtiments publics surgissent, les blocs s'élèvent, la ville se remplit.
Speaker: Mais au fil du temps, les choses ralentissent.
Speaker: L'inflation monte, les budgets fondent.
Speaker: Certains éléments du plan initial ne seront jamais réalisés.
Speaker: Mais globalement, la reconstruction de Scopier est considérée comme un succès.
Speaker: Mais sous les bâtiments neufs, les tensions, elles, sont toujours là.
Speaker: La Macédoine est pauvre, rurale, inégalement développée.
Speaker: Et au fil des années 80, la crise économique s'aggrave dans toute la Yougoslavie.
Speaker: Le pays s'endette, la corruption se généralise, les fractures s'approfondissent.
Speaker: Quand arrive l'année 1991, Scopier a changé de visage.
Speaker: Mais derrière le béton, la société est à bout de souffle.
Speaker: La Fédération Yougoslave vacille et la Macédoine s'apprête à prendre son indépendance pendant que le reste de la Fédération se déclare la guerre.
Speaker: Permettez de vous à vous, tous les pays et les pays de Makedonien.
Speaker: La liberté, la liberté et la liberté de Makedonien!
Speaker: Nous sommes le 8 septembre 1991 sur la place Josip Proj Tito à Skopje.
Speaker: Par ces mots, Kiro Gligorov annonce l'indépendance de la Macédoine, après un référendum qui voit plus de 95% de suffrages favorables à l'indépendance du pays.
Speaker: Pas de guerre, pas un coup de feu contrairement à la Slovénie, à la Croatie ou à la Bosnie.
Speaker: Mais pas tout à fait l'unanimité non plus.
Speaker: La minorité albanaise a boycotté ce référendum.
Speaker: Une fissure discrète qui ne va pas le rester longtemps.
Speaker: Mais cette paix précoce, elle cache une autre forme de tension.
Speaker: Aussitôt proclamé, l'indépendance se heurte à un mur diplomatique.
Speaker: La Grèce refuse catégoriquement que ce nouvel état s'appelait le République de Macédoine.
Speaker: Pour Athènes, ce nom appartient à son propre héritage historique, celui d'Alexandre le Grand et de la région du Nord grec, la Macédoine-Egéenne.
Speaker: L'utilisation du nom Macédoine est vue comme une menace territoriale, un vol symbolique.
Speaker: La Grèce impose donc un blocus économique, bloque l'entrée du pays à l'ONU, puis à l'OTAN et à l'Union Européenne.
Speaker: En 1993, l'ONU accepte finalement l'adhésion du pays mais sous un nom temporaire et bancal, l'ARIM, l'ancienne république yougoslave de Macédoine.
Speaker: Mais c'est pas tout.
Speaker: La Bulgarie, elle, reconnaît le pays, mais pas la nation.
Speaker: Pour Sofia, les Macédoniens sont en fait des Bulgares qui ont été dénationalisés à l'époque yougoslave.
Speaker: Résultat, des tensions autour de la langue, de l'histoire des héros nationaux.
Speaker: Autrement dit, le pays existe, mais toute son existence est contestée.
Speaker: Mais revenons sur la politique intérieure de la Macédone du Nord.
Speaker: Dès le début de son indépendance, le pays est polarisé entre deux grands partis.
Speaker: D'un côté, on a le SDSM qui est l'héritier direct de la Ligue des Communistes de Macédoine, un parti de centre-gauche plutôt mou.
Speaker: De l'autre côté, on a le VMRO-DPMNE, je vous avais dit de retenir ce nom.
Speaker: C'est un parti de droite, national conservateur, populiste et identitaire.
Speaker: Et puis entre les deux, on a les partis albanais qui font et défont les coalitions selon les intérêts du moment.
Speaker: Je me rends compte d'ailleurs que je ne vous ai toujours pas parlé de la population albanaise de Macédoine.
Speaker: Concentrés dans l'ouest du pays, notamment autour de Tétovo, ils parlent leur propre langue, ont leur propre référence culturelle et ils réclament plus de droits.
Speaker: Mais face à l'état macédonien, largement dominé par les Slavo-Macédoniens, leurs demandes sont quasiment toujours ignorées, voire réprimées.
Speaker: Et cette tension, elle monte pendant des années jusqu'à exploser.
Speaker: En 2001, une guérilla éclate.
Speaker: L'Armée de Libération Nationale, l'UCEKM, née des cendres de l'UCEK du Kosovo, prend les armes et organise l'insurrection albanaise.
Speaker: Sa revendication officielle?
Speaker: L'autonomie des Albanais de Macédoine.
Speaker: Plus de droits, plus de reconnaissance.
Speaker: A sa tête, un homme.
Speaker: Ali Ameti.
Speaker: Il est né en 1961 en Macédoine, étudiant en philosophie à Pristina, arrêté à 20 ans pour activisme, exilé en Suisse.
Speaker: Il est l'un des premiers organisateurs de l'UCEKA au Kosovo des 93 et il se retrouve à la frontière entre le Kosovo et la Macédoine en décembre 2000 afin de préparer l'insurrection.
Speaker: En janvier 2001,
Speaker: L'UCKM commence à attaquer des policiers et des soldats macédoniens dans le nord du pays.
Speaker: D'abord des embuscades isolés, puis ça s'étend.
Speaker: Les combats se généralisent au printemps dans les régions de Tétovo et de Koumanovo.
Speaker: Tskopié est en panique.
Speaker: L'armée macédonienne est jeune, mal équipée, mal entraînée.
Speaker: Le spectre d'une guerre civile plane.
Speaker: En mai, l'armée macédonienne bombarde les villages sous contrôle de l'UCEKM mais elle finit par se replier.
Speaker: Puis arrive le moment de bascule, la crise d'Arachinovo.
Speaker: Le 12 juin 2001, un groupe de plusieurs centaines d'insurgés de l'UCEKM prend le contrôle de la commune d'Arachinovo.
Speaker: Cette commune est située à seulement 8 km de la capitale scopier.
Speaker: Dans le même temps,
Speaker: L'OTAN et l'UE pressent le gouvernement macédonien afin de trouver une résolution politique à ce conflit.
Speaker: Mais ce dernier ne souhaite pas capituler si facilement.
Speaker: Il envoie alors ses troupes reprendre le contrôle de la ville à partir du 21 juin.
Speaker: Après trois jours de bataille, l'assaut macédonien se solde par un échec.
Speaker: Au quatrième jour de la bataille,
Speaker: Le président Tchaïkovski ordonne aux forces de sécurité macédonienne d'arrêter immédiatement toutes les opérations.
Speaker: L'OTAN et l'UE négocient alors l'évacuation des combattants albanais d'Arachinovo.
Speaker: Pour la population slavo-macédonienne, c'est une trahison.
Speaker: On protège ceux qui ont pris les armes contre l'État.
Speaker: Des émeutes éclatent le soir même à se copier.
Speaker: Les manifestants étaient venus armés de fusils et d'armes automatiques et exigeaient de savoir pourquoi les opérations avaient été interrompues et les insurgés autorisés à être évacués.
Speaker: Finalement, le 5 juillet 2001, un premier accord de cessez le feu est signé, mais il tient à peine.
Speaker: Les combats reprennent à Tétovo.
Speaker: Il faudra attendre le 13 août 2001 pour la signature des accords d'Oriid.
Speaker: Les combattants sont amnistiés et l'UCEKM est désarmé.
Speaker: Les chiffres ne sont malheureusement pas vérifiés
Speaker: On parle d'environ 200 à 230 morts à l'occasion de ce conflit, dont environ 70 à 80 soldats et policiers macédoniens, de 60 à 80 combattants albanais et entre 40 à 70 civils.
Speaker: Parmi ce décompte, on compte aussi 3 membres de la mission d'observation de l'UE ainsi qu'un soldat britannique.
Speaker: Alors qu'est-ce que ces accords changent concrètement?
Speaker: Tout d'abord, l'albanais devient une langue co-officielle dans toutes les municipalités où les Albanais représentent au moins 20% de la population.
Speaker: D'où l'importance du recensement et la tournure politique qu'il revêt pour certains partis.
Speaker: Les autres points de cet accord, c'est que l'usage de l'albanais est autorisé au Parlement.
Speaker: Les lois doivent être rédigées alors en macédonien et en albanais.
Speaker: La constitution est révisée, la Macédoine n'est plus définie comme l'état du peuple macédonien mais comme un état civique, multiethnique.
Speaker: Les institutions, quant à elle, la police, l'administration, la justice doivent être réformées afin d'intégrer les minorités.
Speaker: Et puis, une université albanaise, l'Université de l'Europe du Sud-Est, est créée à Tétovo et en partie financée par l'État.
Speaker: En 6 mois, l'Ousekem a obtenu plus que les partis politiques albanais en 10 ans de négociations.
Speaker: C'est le message en tout cas que retient une partie de la population macédonienne.
Speaker: La violence à payer.
Speaker: Et ce compromis, il a un coût politique.
Speaker: Une partie de la population slavo-macédonienne y voit une trahison, une perte de contrôle sur leur pays.
Speaker: Et pour certains partis nationalistes, c'est un point de non-retour.
Speaker: On pourrait dire que c'est toujours le même débat avec l'UCKM entre un groupe terroriste et un groupe révolutionnaire.
Speaker: On avait d'ailleurs le même débat autour du VMRO à l'époque, à la fin du 19e siècle.
Speaker: Et en 2001, ceux qui revendiquent l'histoire du VMRO, car le VMRO est dans leur nom de parti, sont contre le fait qu'une population veuille prendre sa propre indépendance.
Speaker: Ali Ameti est finalement amnistier, il fonde le BDI en 2002, il devient député.
Speaker: L'homme qui avait pris les armes contre l'état macédonien siège désormais dans son parlement.
Speaker: C'est ça aussi les accords d'Horide.
Speaker: Après la guerre de 2001, les accords d'Horide ont ramené la paix mais pas la stabilité.
Speaker: Le pays est toujours fragmenté.
Speaker: En 2002, Branko Sorvenkowski devient premier ministre.
Speaker: Puis en 2004, il est élu président de la République et laisse sa place à Harry Kostov, un technocrate sans réelle base politique qui démissionne après moins de 6 mois.
Speaker: Le gouvernement est instable, les coalitions éclatent et l'opinion publique se détourne d'un pouvoir jugé incapable de sortir le pays de la crise.
Speaker: En face, l'opposition se structure et elle a un nom, le VMRO-DPMNE, un parti de droite nationaliste héritier symbolique de l'ancien VMRO révolutionnaire du 19ème siècle.
Speaker: Ce parti existe depuis les années 90, mais c'est au début des années 2000 qu'il commence à se radicaliser et surtout,
Speaker: C'est à ce moment là qu'émerge un homme, Nikola Groujevski.
Speaker: Né à Skopje en 1970, formé en économie, Groujevski commence sa carrière comme ministre du commerce dans les années 90 sous le gouvernement VMRO de Lyubchow et Georgievski.
Speaker: Il est jeune, ambitieux, bon orateur et surtout très à l'aise avec les nouvelles formes de communication politique.
Speaker: Quand il prend la tête du parti en 2003, il le transforme.
Speaker: Il en fait une machine électorale populiste, nationaliste, identitaire.
Speaker: En 2006, les élections législatives lui donnent raison.
Speaker: Le VMRO des PMNE remporte le scrutin.
Speaker: Et à 36 ans, Gourouevski devient alors Premier ministre.
Speaker: Il incarne une nouvelle génération.
Speaker: Mais son projet, il est profondément conservateur.
Speaker: Et surtout, il a une idée en tête.
Speaker: Reconstruire la fierté nationale.
Speaker: Pour lui, la Macédoine a été humiliée par l'ONU, par la Grèce, par la Bulgarie, par l'Occident.
Speaker: Il faut restaurer la grandeur du peuple macédonien.
Speaker: Lui redonner une histoire, des symboles, une identité forte.
Speaker: Ce récit va devenir sa ligne politique.
Speaker: Et rapidement,
Speaker: Il va chercher à le matérialiser dans la ville même de Scopier.
Speaker: L'idée de Scopier 2014, elle n'est pas annoncée tout de suite.
Speaker: Elle mijote, d'abord dans les cercles du pouvoir, dans les ministères de la culture et des transports.
Speaker: Puis elle s'installe au fil des mandats.
Speaker: En 2008, Groujevski est réélu avec une large majorité.
Speaker: C'est à ce moment-là que les premières rumeurs circulent.
Speaker: Le gouvernement aurait un plan de rénovation du centre-ville avec des monuments, des statues.
Speaker: une revalorisation du patrimoine.
Speaker: Mais c'est en 2010 que le projet est officiellement révélé au grand public.
Speaker: Une vidéo de promotion est diffusée.
Speaker: Maquettes 3D, temples néo-antiques, musées, arcs de triomphe, ponts décorés, statues géantes.
Speaker: le tout baigné dans une esthétique kitsch et impériale.
Speaker: Le choc est énorme.
Speaker: Pour les partisans du VMRO, c'est une renaissance, une revanche historique.
Speaker: Pour les autres, c'est une folie mégalomane, un délire identitaire à base de pastiche antique.
Speaker: C'est pas de l'urbanisme, c'est un récit, un mythe matérialisé, une tentative de reconstruire l'histoire nationale à coup de marbre et de cuivre.
Speaker: Car tout le nœud du problème réside dans le fait que certains partis politiques de Macédoine du Nord, le VMRE des PMNE pour pas le citer, revendiquent et s'accaparent l'histoire du royaume de Macédoine de Philippe II, puis de son fils, Alexandre III ou Alexandre le Grand.
Speaker: Sauf que pour la majorité des historiens, cet empire est grec.
Speaker: Pas slave, pas balkanique, grec.
Speaker: Pour être plus précis, les Macédoniens antiques parlaient un dialecte grec, s'inscrivaient dans la culture hellénistique et n'avaient aucun lien ethnique ou culturel avec les slaves arrivés mille ans plus tard.
Speaker: Ce n'est pas grec au sens de la Grèce moderne, mais c'est clairement distinct avec les peuples slaves.
Speaker: Il est bon d'ailleurs de rappeler que l'empire macédonien d'Alexandre le Grand fut l'un des plus vastes, des plus marquants de l'Antiquité, non pas par sa durée, mais par la fulgurance de sa conquête, à peine quelques décennies.
Speaker: Des conquêtes allant jusqu'au cœur de l'Asie.
Speaker: Mais il est surtout marquant par l'ampleur de son héritage culturel.
Speaker: Et c'est là que réside une grande partie du paradoxe du nationalisme moderne.
Speaker: On se réclame de figures historiques qu'on ne comprend plus vraiment.
Speaker: Alexandre, c'était un conquérant, certes,
Speaker: Mais c'était aussi un homme éduqué, élevé dans une culture où les relations entre hommes faisaient partie du monde aristocratique.
Speaker: Et ça, ça colle pas très bien avec les valeurs que prétendent défendre ses admirateurs d'aujourd'hui.
Speaker: Et c'est là que ça devient vraiment fascinant.
Speaker: Le héros absolu des nationalistes macédoniens, Alexandre le Grand, n'avait rien d'un identitaire fermé.
Speaker: Il épousait des femmes perses, il s'habillait à l'oriental, il imposait les mariages mixtes à ses soldats, il parlait plusieurs langues, il s'entourait de savants venus de tout l'Empire, et sa relation avec Éphestion ferait frissonner bien des conservateurs d'aujourd'hui.
Speaker: Autrement dit, le rêve d'un empire macédonien pur, masculin et héroïque, c'est une illusion.
Speaker: Alexandre, il était plus complexe et probablement bien plus ouvert qu'eux.
Speaker: Alexandre le Grand comme symbole d'une grandeur perdue.
Speaker: C'est cette idée-là, aussi absurde qu'elle soit historiquement, qui va devenir le carburant d'un projet démesuré.
Speaker: Un projet qui va transformer le centre de Scopier en quelque chose que personne n'avait vu venir.
Speaker: Quand le projet est annoncé en 2010, on l'appelle alors Scopier 2014.
Speaker: Mais pourquoi ce nom?
Speaker: Eh bien parce que l'objectif affiché, c'est que tout soit terminé en 2014.
Speaker: En 4 ans seulement, le centre-ville de Scopier doit être entièrement transformé.
Speaker: Une refonte complète du cœur de la capitale pensée comme un outil de communication politique.
Speaker: Mais ce que le gouvernement n'avait pas prévu, c'est que les travaux s'étaleraient en réalité jusqu'en 2017, voire même plus.
Speaker: Mais peu importe, le nom est resté.
Speaker: Aux yeux du Premier ministre et de ses proches, il faut redonner du prestige.
Speaker: Et pour ça, quoi de mieux que l'urbanisme?
Speaker: Le projet s'adresse alors à plusieurs publics.
Speaker: A l'intérieur du pays, il s'agit de solidifier une identité nationale commune autour d'un passé supposé héroïque.
Speaker: A l'extérieur du pays, c'est une vitrine touristique.
Speaker: Un moyen d'attirer les visiteurs, de rendre la ville instagrammable, de mettre ce copier sur la carte, de créer un véritable Disneyland en plein cœur d'un centre-ville.
Speaker: Rapidement, les chantiers commencent.
Speaker: Tout s'accélère.
Speaker: On ne consulte pas les habitants.
Speaker: Le projet n'est même pas voté au Parlement, il est simplement présenté comme une initiative du ministère de la Culture, avec le soutien du gouvernement.
Speaker: Et sur le terrain, les grues envahissent alors la ville.
Speaker: En seulement quelques mois, le paysage urbain change radicalement.
Speaker: Des dizaines de statues surgissent, des colonnes apparaissent, les bâtiments existants sont habillés de façades néoclassiques en polystyrène sculpté.
Speaker: On maquille l'ancien avec du faux vieux.
Speaker: Le kitsch devient la norme.
Speaker: L'opposition dénonce alors une opération de propagande, une instrumentalisation de l'histoire à des fins politiques.
Speaker: Des intellectuels et des architectes montent au créneau.
Speaker: Même l'Académie Macédonienne des Sciences et des Arts s'inquiète de la dérive.
Speaker: Sur les réseaux, des collectifs de citoyens commencent à documenter les aberrations des chantiers.
Speaker: Mais Grouyevski, lui, il s'accroche.
Speaker: Il répète que ce projet est nécessaire pour renforcer l'identité nationale, que les critiques viennent de traîtres, d'ennemis de la Macédoine.
Speaker: Et dans un pays où le pouvoir contrôle une bonne partie des médias, eh bien ce discours officiel y reste dominant.
Speaker: Pourtant les critiques s'accumulent, et les scandales aussi.
Speaker: Mais entre temps, Scopier 2014 est presque terminé.
Speaker: Le centre-ville est méconnaissable, des statues de partout, des colonnes, des lions, des soldats, des figures mythiques ou inventées.
Speaker: L'histoire a été coulée dans le béton.
Speaker: Pas une histoire fidèle, ni une histoire critique.
Speaker: Une histoire fabriquée pour servir un pouvoir, pour imposer une image figée de la Macédoine masculine, guerrière, antique.
Speaker: Et tout ça financé avec l'argent public.
Speaker: La pièce maîtresse, c'est bien sûr la statue d'Alexandre le Grand.
Speaker: Mais comme la Grèce veille au grain, elle sera officiellement rebaptisée un peu plus tard le « guerrier à cheval ».
Speaker: 24 mètres de haut, un socle monumental, entouré de lions, cracheurs d'eau, des fresques en bronze autour de la colonne, c'est le symbole du projet.
Speaker: Elle est inaugurée en grande pompe en 2011 pour les 20 ans de l'indépendance du pays et elle coûte plus de 7 millions d'euros.
Speaker: Juste en face du guerrier à cheval, de l'autre côté du fleuve Vardar, une statue identique mais un peu plus petite représente Philippe II, le père d'Alexandre.
Speaker: Autour, une fontaine musicale, des colonnes, des balustrades, une mise en scène théâtrale.
Speaker: A cela s'ajoutent des dizaines d'autres statues.
Speaker: Justinien Ier, le tsar Samuel, Gauthier Delchef, Mère Thérésa.
Speaker: On en trouve sur les ponts, les places, les toits.
Speaker: Le pont de l'art, par exemple, est décoré de 29 bustes d'artistes et d'intellectuels macédoniens.
Speaker: Et ont construit aussi un arc de triomphe, la Porta Macedonia, censée célébrer l'histoire nationale pour près de 4,5 millions d'euros.
Speaker: L'artiste la plus mise en avant, c'est Valentina Stéwanovska.
Speaker: C'est elle qui réalise les statues de Philippe et d'Alexandre, ainsi que d'autres monuments emblématiques.
Speaker: Son nom revient souvent dans les marchés publics du projet.
Speaker: Officiellement, le gouvernement annonce un budget de 80 millions d'euros, mais très vite, les montants explosent.
Speaker: En 2015, une enquête du média Balkan Investigative Reporting Network, Birn, révèle que les dépenses réelles dépasseraient les 500 à 700 millions d'euros.
Speaker: Le chiffre exact reste flou, car beaucoup de contrats ont été passés sans appel d'offres transparents.
Speaker: Pour une ville de 500 000 habitants, dans un pays où l'hôpital public s'effondre,
Speaker: manque de financement, où le taux de chômage dépasse les 30% chez les jeunes et où le salaire moyen dépasse à peine les 400 euros, on claque des millions d'euros dans des statuts géantes.
Speaker: De plus, le rapport pointe aussi des irrégularités majeures, des contrats attribués sans appel d'offres, des entreprises qui sont proches du pouvoir, de la surfacturation et surtout l'absence totale de transparence.
Speaker: Certaines anecdotes sont à peine croyables.
Speaker: Une statue de Prométhée a dû être partiellement recouverte après des plaintes de milieux conservateurs qui la trouvaient trop dénudée.
Speaker: Des façades entières d'immeubles modernes ont été relookées à coups de faux frontons antiques juste pour correspondre à la nouvelle esthétique.
Speaker: Et certains bâtiments, ils ont jamais été utilisés ou ils sont restés vides pendant des années.
Speaker: Alors que les premiers monuments de Scopier 2014 sont inaugurés, l'opposition, elle, s'organise.
Speaker: Au départ sont surtout les architectes, les urbanistes, les artistes et une partie de la société civile qui critiquent le projet.
Speaker: Pour eux, ce n'est pas simplement une affaire de goût.
Speaker: Ce n'est pas qu'une ville qui devient un décor de théâtre.
Speaker: C'est une falsification de l'histoire, une vision passéiste imposée d'en haut, sans concertation dans une société déjà fracturée.
Speaker: Des collectifs se forment comme Plénum Étudiant ou First Archie Brigade qui dénoncent l'architecture kitsch, l'absence de débat démocratique et surtout le message idéologique que tout ça véhicule.
Speaker: Lentement, tout commence à se fissurer et cette fissure
Speaker: Elle vient de l'intérieur même du système.
Speaker: En janvier 2015, un homme apparaît avec des enregistrements transmis par deux lanceurs d'alerte qui travaillent dans la police secrète macédonienne.
Speaker: L'homme qui présente les enregistrements à la presse s'appelle Zoran Zayef.
Speaker: Il est maire de Strumitsa et chef du principal parti d'opposition, le SDSM.
Speaker: Peu charismatique, souvent moqué pour son accent du Sud et son allure paysan, il est pourtant sur le point de changer l'histoire.
Speaker: Zaïev révèle qu'il détient des enregistrements réalisés illégalement par les services secrets, des centaines d'heures d'écoute, plus de 20 000 citoyens espionnés, journalistes, juges, avocats, opposants, même des membres du VMRO.
Speaker: Et surtout...
Speaker: des preuves accablantes de corruption d'État.
Speaker: On y entend des ministres discuter de nominations truquées, de pressions sur la justice, de magouilles électorales.
Speaker: On y entend la voix de Groujevski lui-même qui orchestre tout.
Speaker: Et le lien avec Scopier 2014 y devient alors de plus en plus évident.
Speaker: Car ces écoutes, elles révèlent aussi comment les contrats du projet ont été attribués, en toute opacité, souvent à des proches du pouvoir, dans une logique clientéliste.
Speaker: Des sommes colossales ont été dépensées sans appel d'offres, parfois sans autorisation légale, avec des marges énormes pour les entreprises choisies.
Speaker: Au début, le gouvernement y nie.
Speaker: Il parle de montage.
Speaker: Il accuse Zaev de tentative de coup d'état.
Speaker: Mais les enregistrements sortent semaine après semaine et chaque nouvel enregistrement fait monter la colère.
Speaker: Dans les rues de Scopier, les premières manifestations éclatent au printemps 2015.
Speaker: des étudiants, des activistes, des artistes rejoints par les citoyens de tous horizons.
Speaker: La Colorful Revolution prend forme.
Speaker: Les statues de Scopier 2014 sont barbouillées de peinture.
Speaker: Chaque lancée est un message.
Speaker: Ce n'est pas notre histoire, ce n'est pas notre avenir.
Speaker: Les jets de peinture ne sont pas là par hasard.
Speaker: Chaque couleur devient un pied de nez à la solennité étouffante des monuments.
Speaker: Du rose fluo sur les statues du roi, du vert pomme sur les façades en faux marbre, du bleu électrique, du jaune citron, des taches violettes sur les lions de bronze.
Speaker: Les manifestants utilisent des pistolets à peinture, des ballons remplis de liquide coloré, parfois même des extincteurs customisés.
Speaker: Et c'est pas juste un acte de vandalisme, c'est un carnaval subversif.
Speaker: Une manière de désacraliser les figures imposées, de remettre de la vie et de la contestation dans une ville figée.
Speaker: Certaines statues deviennent méconnaissables.
Speaker: Alexandre le Grand se retrouve barbouillé de roses bonbons, les fresques en bronze dégoulinent de jaune.
Speaker: L'Arc de Triomphe se transforme en toile abstraite géante.
Speaker: Chaque nuit, les couleurs réapparaissent et chaque nettoyage par les autorités est vu comme une tentative désespérée d'effacer la colère populaire.
Speaker: La ville devient un champ de bataille chromatique.
Speaker: Une guerre symbolique entre le marbre synthétique du pouvoir et les couleurs vives de la contestation.
Speaker: Mais Groujevski tient bon.
Speaker: Il contrôle les médias, les tribunaux, la police.
Speaker: Le pouvoir réagit alors par la répression, comme d'habitude.
Speaker: Arrestations, pression sur les militants, propagande contre les opposants.
Speaker: Il promet des élections, puis les annule.
Speaker: L'année 2016 est une année d'attente et de trahison où chaque avancée semble aussitôt s'aborder.
Speaker: Les scrutins sont reportés, la majorité s'accroche, les institutions tournent à vide.
Speaker: Alors, l'Union Européenne intervient.
Speaker: Elle impose un accord politique, c'est le Pergino Agreement, une feuille de route pour sortir de la crise.
Speaker: Des élections sont fixées au 11 décembre 2016.
Speaker: Et ce jour-là, le pays retient son souffle.
Speaker: Le VMRO des PMNE arrive en tête.
Speaker: D'une courte tête.
Speaker: Seulement deux sièges d'avance.
Speaker: Mais avec les résultats des petits partis, le SDSM de Zayev parvient à former une majorité en s'alliant notamment avec les partis albanais.
Speaker: Une coalition fragile mais suffisante.
Speaker: Pourtant, Grouyevski, lui, refuse de céder le pouvoir.
Speaker: Il accuse Zayev de vendre le pays aux albanais.
Speaker: Le président Ivanov, qui fait partie du VMRE-DPMNE, bloque la nomination du nouveau gouvernement.
Speaker: Pendant des mois, les institutions tournent en rond, une impasse totale.
Speaker: Et dans cette tension, une haine sourde grandit, attisée par les chaînes du pouvoir, par les rumeurs, par l'humiliation de perdre le contrôle.
Speaker: Et c'est le 27 avril 2017 que cette colère explose.
Speaker: Ce jour-là, le Parlement doit voter l'élection du nouveau président du Parlement de Macédoine, un Albanais, Talat Gchaferi.
Speaker: Le symbole est fort, mais à l'extérieur, les militants nationalistes hurlent et d'un coup, les portes cèdent.
Speaker: Des dizaines d'hommes envahissent l'hémicycle.
Speaker: Ils frappent les députés, traquent Zayef, l'encercle, le tabassent.
Speaker: On le voit le visage en sang plaqué contre un mur pendant que d'autres élus sont emmenés, menacés, humiliés.
Speaker: Quelques années avant les mêmes événements aux Etats-Unis et au Brésil, la démocratie prend une claque en direct à la télévision.
Speaker: Mais ce soir-là, le coup ne passe pas.
Speaker: L'indignation est générale.
Speaker: L'Europe s'alarme, la population se mobilise.
Speaker: Même dans les rangs du pouvoir, certains reculent.
Speaker: Et quelques semaines plus tard, après des mois de chaos, Groujevski quitte le pouvoir.
Speaker: Il part, à reculons, protégé par son immunité.
Speaker: Puis, un an plus tard, il s'enfuit discrètement en Hongrie, où il obtient l'asile politique.
Speaker: L'homme des statues s'est enfui en silence,
Speaker: laissant derrière lui un pays exsangue, une ville défigurée et une société plus divisée que jamais.
Speaker: Esaïev, lui, il prend enfin la tête du pays.
Speaker: Mais qu'est-ce qu'on fait quand on hérite d'un champ de ruines, quand on doit gouverner au milieu des fragments d'un mythe effondré?
Speaker: Le 31 mai 2017, Zoran Zayef est investi Premier ministre.
Speaker: Il a gagné.
Speaker: Mais en regardant Skopje ce matin-là, difficile de savoir si c'est vraiment une victoire.
Speaker: Il hérite d'un pays en crise, une classe politique discréditée, une économie au bord du précipice, une jeunesse qui déserte, une capitale recouverte de statues et un climat de méfiance généralisée après des années de scandale.
Speaker: Mais il tente d'enclencher un virage.
Speaker: Son mot d'ordre, c'est l'ouverture.
Speaker: Il veut tourner la page des années Gruyewski, réconcilier les communautés, relancer les discussions avec l'Union européenne et faire entrer la Macédoine dans l'OTAN.
Speaker: Pour ça, il va devoir affronter un chantier immense et des résistances profondes.
Speaker: Dès son arrivée au pouvoir, commencent des négociations avec la Bulgarie et la Grèce afin de sortir de l'impasse d'où les gouvernements précédents n'ont pas souhaité sortir.
Speaker: Le mardi 1er août 2017 scelle l'accord d'amitié, de bon voisinage et de coopération avec la Bulgarie qui enterrine la création de la commission bilatérale d'experts afin de tenter de définir une version commune de l'histoire.
Speaker: Derrière cette commission se joue notamment l'adhésion de la Macédoine du Nord à l'Union européenne.
Speaker: Et malgré la levée du veto bulgare, ce dossier, il est toujours dans l'impasse.
Speaker: 30 ans après son indépendance, la Macédoine du Nord se bat encore pour définir qui elle est.
Speaker: Et tant que cette question n'est pas résolue, tout le reste est suspendu.
Speaker: Puis le dimanche 17 juin 2018, sur les bords du lac Prespa, situé entre la Macédoine, l'Albanie et la Grèce, Zoran Zayev et Alexis Tsipras signent un accord historique pour les deux pays.
Speaker: Le changement de nom de la Macédoine.
Speaker: Accompagné de l'organisation d'un référendum avec pour question, êtes-vous favorable à une adhésion à l'Union Européenne et à l'OTAN en acceptant l'accord passé entre la République de Macédoine et la République de Grèce?
Speaker: Ce référendum doit mettre fin à plus de 27 ans de querelles entre les deux pays à cause du nom « Macédoine »
Speaker: qui est le nom revendiqué d'une région grecque dont la capitale est Thessalonique.
Speaker: En reconnaissance de cet accord, les deux hommes ont été nominés pour le prix Nobel de la paix en 2019.
Speaker: Malgré un référendum que certains qualifient d'échec pour Zoran Zayef, avec seulement 36,91% de participants, alors qu'il fallait réunir une majorité absolue,
Speaker: Plus de 91% des votants ont répondu oui à ce référendum.
Speaker: Ce qu'il faut ajouter, c'est que l'opposition du VMRO des PMNE a appelé à boycotter ce référendum, mais aussi que les listes électorales ne sont pas à jour depuis des années.
Speaker: Tous les derniers recensements effectués dans le pays ont été controversés ou entachés de fraude.
Speaker: On ne connaît donc pas le nombre précis de votants, d'autant plus pour un pays qui compte quasiment 600 000 émigrés et officiellement environ 2 millions d'habitants.
Speaker: Le référendum est finalement ratifié d'une courte tête grâce aux voix d'une dizaine de députés du VMRO des PMNE, par le Parlement Macédonien, puis par le Parlement Grec.
Speaker: Et c'est le 12 février 2019 qu'entre officiellement en vigueur l'accord de Prespa et que l'ancienne République Yougoslave de Macédoine devient la République de Macédoine du Nord.
Speaker: Cette décision encore impensable quelques années plus tôt permet qu'en échange, la Grèce lève son veto et la Macédoine du Nord peut enfin avancer.
Speaker: Le pays rejoint l'OTAN en mars 2020 et cela permet d'ouvrir les négociations d'adhésion à l'UE en juillet 2022
Speaker: malgré un veto déposé par la Bulgarie quelques mois plus tôt.
Speaker: C'est un pari politique risqué, mais Zaev choisit le compromis plutôt que la confrontation.
Speaker: A l'intérieur du pays, il tente aussi de réformer.
Speaker: Il fait le ménage dans certains organes de l'État, il met fin aux pratiques les plus voyantes du clientélisme, il engage des discussions sur la justice, sur la transparence, sur les droits des minorités.
Speaker: Il arrête le financement direct de certains médias liés au pouvoir et promet une société plus ouverte.
Speaker: Mais malheureusement, tout ne suit pas.
Speaker: L'économie reste fragile, la corruption ne disparaît pas et les inégalités persistent.
Speaker: Beaucoup de jeunes d'ailleurs continuent de quitter le pays.
Speaker: En 2021, le premier recensement arrivant à son terme depuis 2002 tombe comme un coup de massue.
Speaker: La Macédoine du Nord a perdu près de 190 000 habitants en 20 ans.
Speaker: Le pays ne compte plus que 1,83 millions de personnes.
Speaker: Les Macédoniens partent, massivement, vers l'Allemagne, vers la Suisse, vers l'Australie.
Speaker: Un pays qui se vide de l'intérieur.
Speaker: Et au niveau culturel, la question que se posent tous les Macédoniens est...
Speaker: Quel avenir pour l'interminable et kitschissime projet Scopier 2014.
Speaker: Quelques heures à peine avant leur arrivée au pouvoir, Zoran Zayev et Robert Alagyozowski, son nouveau ministre de la culture, ont voulu faire une mise au point sur Scopier 2014.
Speaker: Nous devons immédiatement arrêter Scopier 2014 parce que chaque jour, comme hors d'une boîte de Pandore, cela produit de nouveaux monuments kitsch,
Speaker: des sculptures, des rues et des colonnes que personne ne veut, mais pour lesquelles nous payons tous le prix fort", a déclaré Robert Alagiozowski à Macfax News Agency.
Speaker: Nous allons faire une analyse sérieuse de ce qui est construit, quelle est la valeur, combien coûtera l'entretien de ces bâtiments et sites.
Speaker: Nous organiserons une conférence internationale sur le projet visant à développer des scénarios futurs sur ce qu'il faut faire avec.
Speaker: Nous serons prudents avec les solutions.
Speaker: Que faire des projets déjà construits?
Speaker: Des sculptures disséminées ça et là dans la ville de Scopier?
Speaker: Des bâtiments en cours de construction?
Speaker: La réponse est loin d'être trouvée.
Speaker: Le gouvernement opte alors pour un entre-deux.
Speaker: Certaines œuvres sont discrètement démontées, d'autres rebaptisées, comme la statue d'Alexandre le Grand, devenue le « cavalier à cheval ».
Speaker: Des panneaux explicatifs sont installés pour recontextualiser l'origine des œuvres.
Speaker: Mais dans l'ensemble, Scopier 2014 reste debout, comme une cicatrice monumentale.
Speaker: On repeint, on cache, mais on n'efface pas.
Speaker: Zayev choisit de ne pas tout détruire.
Speaker: Il cherche un équilibre.
Speaker: reconnaître les erreurs sans effacer complètement ce qui a été construit.
Speaker: C'est une gestion prudente, parfois trop, qui déçoit une partie de ses soutiens.
Speaker: En 2024, après sept années de pouvoir, le SDSM perd les élections.
Speaker: C'est un retour en force du VMRO des PMNE, mené par Christian Mikowski, l'héritier politique de Groujevski.
Speaker: Il forme un nouveau gouvernement avec des anciens du gouvernement de Gouloyevski mais surtout, il possède une majorité confortable au parlement.
Speaker: La présidence aussi passe aux mains de la droite avec Gordana Silyanovska-Davkova.
Speaker: Et à peine revenu au pouvoir, le VMRO des PMNE a déjà réussi l'exploit de raviver les tensions avec la Grèce.
Speaker: Lors de son investiture, la nouvelle présidente a refusé de prononcer le nom officiel du pays, remettant en cause l'accord de prespa.
Speaker: Résultat, Athènes menace de bloquer à nouveau les discussions d'adhésion à l'Union européenne.
Speaker: Et surtout, la situation se dégrade.
Speaker: Certains postes clés sont repris en main.
Speaker: Les partis albanais proches du pouvoir précédent sont écartés.
Speaker: Les tensions interethniques refont surface.
Speaker: Le projet Scopier 2014, lui, reste intact.
Speaker: Il n'est plus question de le réviser, encore moins de l'effacer.
Speaker: Le message est clair.
Speaker: Retour à une politique identitaire, retour à un récit national fort.
Speaker: Ce qui joue à ce moment-là, c'est pas seulement un changement de gouvernement, c'est un changement de cap, une opposition entre deux visions du pays.
Speaker: L'une tournée vers le compromis et l'intégration européenne,
Speaker: l'autre vers le repli national et la restauration symbolique.
Speaker: Et c'est sur ce terrain que se joue encore aujourd'hui l'avenir de la Macédoine du Nord.
Speaker: Récemment, un incendie dans le club Pulse à Cochami, une petite ville de l'est de la Macédoine du Nord, a fait plus de 59 morts.
Speaker: La plupart avaient à peine 20 ans.
Speaker: C'est l'une des plus grandes tragédies civiles qu'ait connu le pays depuis son indépendance.
Speaker: Et très vite, les questions se posent.
Speaker: Pourquoi ce club était-il ouvert alors qu'il n'avait ni autorisation conforme, ni normes de sécurité respectées?
Speaker: Qui a signé les papiers?
Speaker: Qui a fermé les yeux?
Speaker: L'enquête révèle ce que beaucoup savaient déjà.
Speaker: La corruption est partout.
Speaker: La mairie de Côte-Chânie, la police locale, les services d'inspection, tous ont laissé faire.
Speaker: Mais cette fois, la colère ne reste pas confinée.
Speaker: Elle explose.
Speaker: Dans les rues, sur les réseaux, devant les institutions, des marches silencieuses virent à l'émeute.
Speaker: Des milliers de jeunes manifestent à Scopier, à Cochaine et à Bitola.
Speaker: Ils brandissent les photos des victimes.
Speaker: Ils exigent des comptes.
Speaker: Ils dénoncent l'impunité, la justice, la peur de mourir dans un club qui aurait dû être fermé depuis des mois.
Speaker: Ce drame, c'est un électrochoc.
Speaker: Ils cristallisent tout.
Speaker: La corruption endémique, l'état défaillant, le cynisme du pouvoir.
Speaker: Ils nous rappellent que derrière les statues géantes, les façades en faux marbre et les discours d'unité nationale, il y a une réalité.
Speaker: Celle d'un pays où l'on meurt parce que quelqu'un a touché un pot de vin.
Speaker: Quant au projet Scopier 2014, certains des monuments sont déjà en ruine.
Speaker: Les façades en polystyrène craquent, les statues s'oxydent, les bâtiments prennent l'eau et sont vides.
Speaker: Même les trois galions du Vardar, ces faux bateaux censés attirer les touristes, sont à l'abandon.
Speaker: Inutilisables, trop coûteux à entretenir.
Speaker: Ils créent même des problèmes écologiques graves en ralentissant le courant du fleuve.
Speaker: Impossible à démolir sans dépenser des millions, leur présence symbolise à elles seules le fiasco de Scopier 2014, une illusion de grandeur qui finit échouée comme ses bateaux dans la bourre.
Speaker: Pourtant, des enquêtes ont révélé que des détournements de fonds publics ont eu lieu dans le cadre du projet Scopier 2014.
Speaker: En juin 2023, le bureau du procureur public a lancé une enquête nommée Fénix visant 15 individus, dont d'anciens hauts fonctionnaires macédoniens et un citoyen italien, soupçonnés d'abus de pouvoir et de blanchiment d'argent liés à l'acquisition de certains monuments du projet.
Speaker: Les suspects incluent notamment l'ancien Premier ministre Nikola Gruevski, l'ancien vice-premier ministre et ministre des Finances Zoran Stavreski, l'ancienne ministre de la Culture Elisabetta Kanseska Milevska, ainsi que deux anciens maires de la municipalité de Tzentar, Vladimir Todorovic,
Speaker: et Violeta Alarova.
Speaker: Ils sont accusés d'avoir détourné environ 57 millions d'euros du budget de l'État en contournant le Parlement.
Speaker: Après la chute de son gouvernement, Nicolas Groujevski est rattrapé par une série d'affaires de corruption révélées notamment par le scandale des écoutes illégales.
Speaker: Il est condamné une première fois en 2018 à deux ans de prison pour l'achat illégal d'une Mercedes blindée avec de l'argent public.
Speaker: D'autres condamnations suivent.
Speaker: Un an et demi de prison pour avoir encouragé des violences contre un opposant politique en 2013.
Speaker: Puis une lourde peine pour blanchiment d'argent lié au détournement d'environ
Speaker: 1,3 millions d'euros de dons au parti VMRO des PMNE.
Speaker: Cet argent a été utilisé pour acheter des propriétés via une société offshore au Belize.
Speaker: Au total, les différentes condamnations prononcées contre lui dépassent 10 ans de prison et plusieurs autres procédures pour corruption et financement illégal sont encore ouvertes.
Speaker: Mais en novembre 2018,
Speaker: Seulement quelques jours avant son incarcération, Glouyevski disparaît.
Speaker: Malgré la confiscation de son passeport, il quitte clandestinement la Macédoine du Nord, traverse l'Albanie, le Monténégro puis la Serbie avant d'arriver à Budapest.
Speaker: Quelques jours plus tard, le premier ministre hongrois Viktor Orban lui accorde l'asile politique.
Speaker: Selon plusieurs enquêtes journalistiques,
Speaker: Une partie du trajet aurait été facilité par des diplomates hongrois.
Speaker: Depuis, Groujevski vit en Hongrie et les demandes d'extradition de la Macédoine du Nord sont restées sans effet.
Speaker: Toutes ces affaires illustrent comment certains dirigeants politiques ont exploité le projet Scopier 2014 à des fins d'enrichissement personnel, en plus de leur volonté de remodeler l'histoire nationale à travers les monuments érigés.
Speaker: On pourrait en effet dire que dans le cadre du projet Scopier 2014,
Speaker: La gestion de la droite au pouvoir sous la direction du VMRE des PMNE de Nicolas Grouyevski a été marquée par des décisions controversées et parfois perçues comme déconnectées des priorités réelles de la population.
Speaker: Le projet a été largement critiqué pour son aspect grandiloquent, pour son coût élevé et surtout pour le manque de réflexion sur l'impact environnemental et social de certaines installations.
Speaker: Le symbole d'un échec.
Speaker: D'un projet bâti pour l'éternité mais abandonné à peine une décennie plus tard.
Speaker: Et malgré les enquêtes, malgré les rapports accablants, personne n'a vraiment tourné la page, mais le sujet ne fait plus la une de l'actualité.
Speaker: Scopier 2014 est toujours là, planté dans le décor, comme une fiction qu'on n'ose pas démonter.
Speaker: Et le plus frappant, c'est peut-être l'indifférence.
Speaker: Entre 2010 et 2015, ce projet avait déclenché des protestations massives, des actes de désobéissance civile, des citoyens qui descendent dans la rue pour dire que des centaines de millions d'euros ne doivent pas finir en colonne de stuc pendant que le pays se vide de ses habitants.
Speaker: Cette colère-là a produit la révolution colorée.
Speaker: Elle a fissuré le pouvoir de Grouyevski.
Speaker: Et puis, plus rien.
Speaker: Aujourd'hui, ce copier 2014 ne provoque plus vraiment la colère.
Speaker: Il suscite surtout le cynisme, la lassitude.
Speaker: Comme si on s'était habitué à vivre au milieu des colonnes en carton-pâte.
Speaker: Et pendant ce temps, les regards se tournent ailleurs, vers Bruxelles.
Speaker: 62% des macédoniens soutiennent encore l'adhésion à l'UE.
Speaker: Vers la lutte contre la corruption, vers les nouveaux défis économiques, vers l'avenir.
Speaker: Scopier 2014 reste là, immobile, comme un point d'interrogation au milieu de la capitale.
Speaker: Quant à la question principale de la vidéo de qui est vraiment la Macédone du Nord, elle, elle n'a toujours pas de réponse.
Speaker: Je me souviens, en 2016, je me suis retrouvé à Scopier avec des amis.
Speaker: Et ce qui m'a frappé à ce moment-là, c'est pas les statues, c'est pas les colonnes, mais c'était les traces de peinture.
Speaker: Des éclats de couleurs sur ce marbre blanc.
Speaker: Les cicatrices d'une révolution que je ne comprends pas encore.
Speaker: Et c'est ce voyage à l'époque qui m'a donné envie de comprendre.
Speaker: Ce projet, Scopier 2014, ça devait être un symbole de fierté nationale.
Speaker: C'est devenu un symbole de gaspillage, de pastiche assumée, de clientélisme.
Speaker: Un décor de carton-pâte pour une démocratie fragile.
Speaker: À travers ce projet, on a vu émerger les grandes tensions de la Macédoine du Nord.
Speaker: Le besoin d'identité, les dérives autoritaires, la réécriture de l'histoire, mais aussi la puissance de la société civile, la force de la jeunesse et les luttes pour une véritable démocratie.
Speaker: Alors aujourd'hui, on peut se poser une question simple.
Speaker: Scopier 2014, c'est quoi?
Speaker: C'est une erreur de parcours?
Speaker: C'est une parenthèse?
Speaker: Ou bien un révélateur profond de la manière dont certains dirigeants instrumentalisent la culture à des fins politiques?
Speaker: Et c'est aussi ça que j'essaye de vous raconter dans mes vidéos.
Speaker: Dans les Balkans, quand des courants progressistes arrivent au pouvoir, qu'on les appelle sociodémocrates, réformateurs ou simplement pro-européens,
Speaker: Il se passe quelque chose, l'ouverture reprend, les discussions d'adhésion à l'UE avancent, des compromis sont proposés, des réformes sont votées et parfois cela coûte cher à ces gouvernements.
Speaker: Zoran Zayev en Macédone du Nord, Albin Kourtil au Kosovo, Zoran Djinjic qui a été assassiné en Serbie dans les années 2000,
Speaker: Tous, ils ont tenté de changer la trajectoire de leur pays et tous, ils ont affronté une opinion divisée, des oppositions féroces, parfois même la violence.
Speaker: Et souvent, c'est une droite conservatrice, nationaliste, parfois autoritaire, qui revient ensuite au pouvoir avec ses vieux réflexes.
Speaker: Le repli sur soi, les récits identitaires, la corruption.
Speaker: C'est pas systématique, l'exemple des dirhamas en Albanie montre à quel point les étiquettes politiques peuvent être creuses.
Speaker: Mais la tendance, elle est là.
Speaker: Ce n'est pas une histoire qui n'appartient qu'aux Balkans, c'est une histoire qui peut arriver partout et qui arrive ailleurs en ce moment même.
Speaker: Ce que montre Copier 2014, c'est qu'on ne construit pas un avenir solide avec des statues, on ne soigne pas une crise démocratique avec des colonnes en marbre de synthèse, et à force de tordre l'histoire, on finit par perdre le présent.
Speaker: Alors que Copier sera en 2028 capitale européenne de la culture,
Speaker: Le contraste est saisissant.
Speaker: Derrière les promesses d'ouverture culturelle, le pays replonge dans les tensions identitaires.
Speaker: Le VMRE des PMNE de retour au pouvoir,
Speaker: Eh bien, les relations avec la Grèce et la Bulgarie, elles se tendent à nouveau.
Speaker: L'élan réformateur qui a été porté un temps par Zayef semble déjà très loin.
Speaker: Dans ce contexte, difficile de croire que ce label changera vraiment la donne.
Speaker: Il risque surtout d'embellir une façade pendant que les fondations politiques et sociales restent fragiles.
Speaker: Alors c'est à nous aujourd'hui de nous poser les bonnes questions.
Speaker: Qu'est-ce qu'on veut transmettre?
Speaker: Quelle mémoire on veut honorer?
Speaker: Et surtout, quelle place accorde-t-on à la jeunesse, à la critique, à la culture vivante face à une culture de pierre figée dans le fantasme?
Speaker: Et voilà pour cette vidéo sur l'histoire de Scopier 2014.
Speaker: J'espère que ce sujet vous aura intéressé.
Speaker: Si vous êtes arrivé jusqu'ici, je vous invite à écrire en commentaire le passage qui vous a le plus intéressé dans cette histoire.
Speaker: Et on se retrouve bientôt pour une nouvelle vidéo.
Speaker: A très vite!
Speaker: Bam!






