Transcript
Speaker: Alors bienvenue dans Je te vois, le podcast qui donne la parole à l'invisible.
Speaker: Ici on écoute ce qu'on ne doit pas toujours entendre, on regarde ce qui dérange, on tend l'oreille à celles et ceux qu'on oublie, qu'on juge et qu'on nie.
Speaker: Aujourd'hui, pour ce tout premier épisode, c'est la voix d'Aurélie que je vous propose d'écouter.
Speaker: Aurélie est la maman de Maëlie, une jeune fille de 14 ans qui a perdu la vie il y a un an alors qu'elle était passagère dans une voiture conduite par une chauffarde, censée la ramener chez son père.
Speaker: Aujourd'hui, l'enquête est toujours en cours.
Speaker: Une nouvelle loi sur l'homicide routier a été votée récemment, mais elle ne sera pas rétroactive, malheureusement.
Speaker: Maëlie n'est pas morte dans un accident.
Speaker: Elle est morte dans l'indifférence d'une justice qui tarde à reconnaître ce qu'elle vaut.
Speaker: Les drames comme celui de Maëlie restent encore légalement des actes involontaires malgré les circonstances aggravantes.
Speaker: Et sa mère, depuis, se bat.
Speaker: Pour que la mort de sa fille ne soit pas d'un silence de plus, pour que justice rime enfin avec vérité.
Speaker: Dans cet épisode, Aurélie nous parle de Maëlie, du don d'organes qu'elle a accepté, du deuil qu'elle traverse avec un stress post-traumatique complexe et de son combat pour faire bouger les lois sur l'homicide routier.
Speaker: Ce témoignage est dur, bouleversant, mais nécessaire.
Speaker: Merci d'écouter, merci de voir ce que tant d'autres préfèrent ignorer.
Speaker: Merci pour Maëlie.
Speaker: Et merci à toi Aurélie pour ta confiance, merci de poser ta voix ici dans Je te vois.
Speaker: Alors je te propose qu'on commence doucement.
Speaker: Donc peux-tu te présenter en quelques mots s'il te plaît?
Speaker: Bonjour à tous, déjà merci beaucoup pour cette introduction qui me touche beaucoup.
Speaker: Donc je vais essayer de me présenter succinctement.
Speaker: Je m'appelle Aurélie, j'ai 37 ans.
Speaker: Je suis la maman de Maïli et Aria.
Speaker: Maïli, comme tu l'as précisé, est décédée il y a bientôt un an.
Speaker: Son accident à cette date avait déjà eu lieu, mais elle se battait encore à l'heure où nous parlons.
Speaker: en service de réanimation dans le coma.
Speaker: Et donc moi je suis aujourd'hui sans emploi, depuis le drame, en incapacité de pouvoir reprendre une quelconque activité.
Speaker: Et autrefois, je dis autrefois parce que ça commence à dater, j'étais conseillère en insertion professionnelle,
Speaker: Pendant plus de 12 ans, j'ai accompagné les personnes éloignées de l'emploi vers une reconversion professionnelle ou un accès à la formation.
Speaker: Suite à ça, j'ai souhaité aller vers une reconversion professionnelle.
Speaker: Je me suis approprié mes propres outils et j'ai pu accéder à faire de ma passion mon métier puisque je suis devenue pilote de Montgolfière.
Speaker: Donc un grand virage professionnel.
Speaker: Et dans cette aventure de Montgolfière que j'ai entamée en 2020, j'ai embarqué toute ma famille dans ma passion.
Speaker: Et chacun avait son petit rôle et j'y reviendrai tout à l'heure.
Speaker: Donc aujourd'hui, je ne suis ni en capacité de voler.
Speaker: Ça fait bientôt un an que je n'ai pas volé.
Speaker: Le dernier vol que j'ai réalisé, c'était le 16 août 2024.
Speaker: Donc après l'accident, après le décès de Maïli, mais parce que le 16 août, c'est son anniversaire et que c'était un vol en hommage.
Speaker: Et aujourd'hui, je ne peux pas non plus envisager de retravailler dans mon ancienne activité parce que je recevais des personnes extrêmement fragilisées.
Speaker: Et aujourd'hui, en étant dans ma situation, ça ne serait absolument pas optimum, ni pour moi, ni pour les personnes.
Speaker: Donc voilà, la petite présentation aujourd'hui et la situation d'inactivité que je subis depuis le drame.
Speaker: Je te remercie pour ta présentation.
Speaker: Et du coup, est-ce que tu pourrais nous présenter le projet Justice for Miley?
Speaker: La page est disponible sur Instagram pour ceux qui peuvent aller voir.
Speaker: Si tu peux nous en parler?
Speaker: Oui, alors Justice for Miley est un compte, une page Instagram effectivement que j'ai créé après le décès de Miley, sans trop savoir ce que je souhaitais en faire dans un premier temps.
Speaker: D'accord.
Speaker: Mais déjà avec l'envie de donner du sens, la quête de sens pour moi, notamment depuis le décès de Maïlie, est perpétuelle, parce que perdre un enfant, ça n'a pas de sens du tout.
Speaker: Et en fait, je me rends bien compte, je me suis rendue compte, j'en avais conscience évidemment avant de perdre mon enfant, mais nous sommes nombreux à perdre un enfant sur la route, malheureusement.
Speaker: Aujourd'hui encore les chiffres, j'y reviendrai tout à l'heure si je peux en donner quelques-uns.
Speaker: mais voilà, j'ai constaté que beaucoup de personnes partagent ma douleur et j'ai eu envie de, en tout cas, de m'exprimer sur ma propre douleur et l'impact que ça pouvait avoir sur moi et cette envie de rendre justice à ma fille, à Maïlie, puisque c'est la dernière promesse que j'ai pu lui faire sur son lit d'hôpital.
Speaker: D'accord.
Speaker: Donc, du coup,
Speaker: Tu pourrais nous dire qui était Maëlie exactement et comment tu aimerais qu'on se souvienne d'elle?
Speaker: C'est une vaste question.
Speaker: Ça me fait penser à une question qu'on m'a posée au tribunal lorsque j'ai été auditionnée récemment.
Speaker: L'objectif de cette rencontre était d'expliquer ce que représentait ma fille pour moi.
Speaker: Pour moi, c'est une question qui m'a énormément...
Speaker: percuter, toucher parce que je suis très attachée aux mots, au poids des mots et au sens des mots et un enfant c'est tout et c'est tellement difficile de décrire qui était ma fille en construction il y avait 14 ans au moment du drame elle allait fêter ses 15 ans elle était à un mois de ses 15 ans
Speaker: Et elle était en train de se forger sa personnalité, elle était en train de se construire.
Speaker: Donc je peux parler de qui était Maïli, petite fille, bébé.
Speaker: Ses rêves aussi.
Speaker: Ça, ses rêves.
Speaker: Ce que je peux dire, c'est que Maïli a toujours été pleine de vie.
Speaker: quel que soit l'âge qu'elle pouvait avoir ce que je peux dire c'est que c'est celle qui m'a fait naître mère je suis née maman quand ma fille est venue au monde
Speaker: C'est mon aîné, c'est mon plus beau cadeau d'anniversaire, non pas que je préfère mon aîné à ma petite, mais moi je suis du 15 août et Maïlie est née à 1h du matin le 16 août, donc c'est pour ça que je l'ai toujours décrite comme mon plus beau cadeau d'anniversaire.
Speaker: Miley, elle était généreuse, petite fille et plus grande fille.
Speaker: Elle était altruiste, très engagée pour ses amis.
Speaker: Comme elle disait, ses amis, c'était toute sa vie.
Speaker: C'était une sœur aimante qui aimait taquiner sa petite sœur Aria, très complice et en même temps beaucoup de chamailleries aussi par l'écart d'âge, puisque Maïlie avait 14 ans et Aria avait 7 ans, donc elles ont 7 ans d'écart.
Speaker: Elle aimait beaucoup aider sa petite sœur à faire ses devoirs, la maquiller.
Speaker: Maïlie était une passionnée de rap français, donc beaucoup de bruit à la maison que nous n'avons plus aujourd'hui et donc c'est un vide immense.
Speaker: Pas que pour le rap, mais le rap faisait vibrer les murs souvent à la maison.
Speaker: Miley était passionnée de maquillage aussi et de mode, elle aimait beaucoup s'apprêter et pour autant c'était quelqu'un de très pudique, qui avait sa pudeur, une certaine pudeur, mais qui aimait en tout cas l'art du maquillage.
Speaker: C'était quelqu'un qui aimait le concret.
Speaker: Maïli, elle voulait travailler, elle le disait déjà depuis plusieurs années.
Speaker: Et la dernière fois que j'ai vu Maïli, c'était pour son inscription au lycée, puisque Maïli finissait son cursus au collège, elle était en troisième.
Speaker: Elle venait de passer son brevet des collèges et puis elle a eu deux, trois jours de vacances et le drame est arrivé.
Speaker: Elle n'a même pas pu savoir qu'elle avait obtenu son brevet.
Speaker: Maïli était passionnée par l'Espagne, c'était son pays de cœur.
Speaker: Son papy a une maison là-bas, mon père, et Maïli allait partir en Espagne à quelques jours près.
Speaker: Voilà, elle voulait faire des études via Erasmus, donc évidemment l'Espagne était son choix, étudier à Madrid notamment ou à Barcelone.
Speaker: Voilà ce que je peux dire de ma fille, ce que je peux dire aussi, j'en reviens à la montgolfière, Maïli souhaitait, elle le disait, devenir pilote comme sa maman.
Speaker: Elle était très impliquée dans ma passion et c'est devenu également sa passion.
Speaker: C'était mon équipière, elle avait une place de choix pour m'aider à l'installation, la préparation du vol et le rangement du matériel, la gestion des passagers.
Speaker: Maïli était une superbe photographe, c'était mon reporter,
Speaker: pour chaque vol, et aujourd'hui j'ai plus d'équipière.
Speaker: Donc c'est aussi ce qui fait que je ne vole plus.
Speaker: C'est trop compliqué pour moi aujourd'hui.
Speaker: Oui, c'est un peu concrétif.
Speaker: Est-ce que tu te sens, est-ce que tu peux nous raconter ce qui s'est passé exactement ce jour-là en fait?
Speaker: Oui, je trouve qu'il est important d'en parler, même si, comme dans l'introduction tu le précisais, aujourd'hui je souffre d'un syndrome de stress post-traumatique complexe.
Speaker: Alors il était déjà là avant l'accident, ce thématisme.
Speaker: Pour d'autres raisons, il avait été ravivé très violemment en 2023, et c'est ce qui m'avait amené aussi à prendre ce virage professionnel.
Speaker: mais voilà je te cache pas qu'aujourd'hui la puissance du stress post-traumatique et enfin voilà l'accident et la perte de ma fille n'a rien aidé donc je vais essayer d'être claire et de ne pas partir trop dans l'émotionnel mais c'est possible que ça fasse remonter quelques émotions parce que les images c'était il y a un peu plus d'un an mais c'est comme si c'était hier pour moi
Speaker: Alors, Maïlie, elle vivait en résidence alternée depuis une petite année.
Speaker: Donc, elle était, c'était la semaine chez papa, quand le drame est arrivé.
Speaker: Moi, je devais récupérer ma fille le dimanche 7 juillet 2024.
Speaker: Et j'ai bien récupéré ma fille le 7 juillet 2024, mais dans un grave état.
Speaker: Et donc, je vais décrire ce qui lui est arrivé.
Speaker: Maïlie avait invité une copine, Chloé, qui était au collège avec elle, une de ses meilleures amies.
Speaker: à passer un moment avec elle et à participer à une fête de village.
Speaker: En fait, nous habitons à la campagne et il y a chaque été régulièrement des fêtes de village.
Speaker: Maïlie adorait les fêtes de village et elle a souhaité convier son amie et donc elle se sent amusée toute la soirée.
Speaker: Et ils ont dansé, beaucoup rigolé à cette fête de village.
Speaker: Et puis, aux alentours d'une heure et quart, une heure trente, elles ont souhaité rentrer chez elles, donc chez le papa de Mailly.
Speaker: Et en fait, le papa de Mailly tient un restaurant qui donne sur la place du village où avait lieu la fête.
Speaker: Et pour des raisons que j'ignore, c'est une de ses employés qui a ramené les filles, enfin, qui était censée ramener les filles.
Speaker: et donc c'est là que le calvaire a commencé mais il a été de très très courte durée puisqu'en fait l'accident j'ai du mal à parler d'accident mais pour que tout le monde comprenne je vais quand même garder ce terme l'accident est arrivé à un kilomètre et demi de distance des lieux de la fête du village donc il est arrivé très très vite après que les filles soient montées à bord de la voiture
Speaker: de cette chauffarde.
Speaker: Donc, la chauffarde, c'était une employée du papa de Mailly qui, visiblement, au vu de l'expertise et de l'enquête qui est en cours et pour laquelle je n'ai pas encore tous les tenants, les aboutissants, en tout cas, il y a un excès de vitesse certain et très élevé qui a mené au drame et également aggravé par une consommation d'alcool excessive.
Speaker: Donc en fait, les filles étaient des proies d'une personne qui clairement faisait usage de son véhicule comme d'une arme au vu des conditions dans lesquelles elle conduisait.
Speaker: Le véhicule s'est accidenté tout seul, une sortie de route, elle a perdu le contrôle de sa voiture, il n'y avait pas d'autres véhicules impliqués,
Speaker: Ce n'est pas un animal qui aurait pu traverser, qu'elle aurait percuté, etc.
Speaker: C'est clairement dans l'expertise, il est mentionné que quand on consomme trop d'alcool, à partir d'un certain stade, il y a un effet tunnel et la vision s'en retrouve perturbée.
Speaker: Et donc, dans une légère courbe, elle a été tout droit et a perdu le contrôle de son véhicule qui a percuté un...
Speaker: un poteau téléphonique et qui s'en est suivi une série de tonneaux jusqu'à l'immobilisation du véhicule plusieurs dizaines de mètres après l'impact, ce qui a démontré la vitesse très importante.
Speaker: Le véhicule était complètement détruit.
Speaker: La conductrice et l'amie de ma fille ont pu sortir de la voiture assez rapidement,
Speaker: Miraculé, je peux dire, parce que ce sont les termes des pompiers, indemne, indemne physiquement, des petites contusions, mais trois fois rien.
Speaker: Et malheureusement, pour Miley, il en a été autrement, parce que Miley était passagère avant, et l'impact principal des tonneaux s'est situé sur cette zone,
Speaker: La voiture s'est retrouvée immobilisée sur le toit, écrasée.
Speaker: Ma fille n'a jamais été consciente, même à l'arrivée des secours, elle était déjà dans le coma.
Speaker: Pour autant, il y avait un pouls et une légère respiration.
Speaker: Les pompiers sont arrivés rapidement sur les lieux du drame et ont mis près de deux heures à
Speaker: sortir ma fille qui était donc bloquée, incarcérée dans le véhicule.
Speaker: Moi, j'ai été prévenue par le papa de Maïli à peu près une heure après l'accident.
Speaker: J'ai été réveillée, je dormais, j'ai été réveillée à 2h30 et quelques minutes du matin par ces annonces dans lesquelles ils me disaient « Miley a eu un accident ».
Speaker: Aujourd'hui, il y a encore des paroles qui sont très présentes dans ma tête et donc quand j'ai su ça…
Speaker: Eh bien, j'ai pris ma voiture et j'ai cherché... Je suis partie en pleine nuit.
Speaker: J'ai réveillé mon conjoint, Porguegaardaria.
Speaker: J'avais ma fille à la maison de mon autre fille qui dormait.
Speaker: Je ne savais pas à quoi m'attendre.
Speaker: Et donc, je suis partie avec ma voiture en pleine nuit et je me suis laissée guider par les gyrophares.
Speaker: Le papa de Maïlie habite à 15 minutes de chez moi environ.
Speaker: Je connais très bien la zone et...
Speaker: Et les gyrophares en pleine nuit m'ont guidée jusqu'au lieu du drame.
Speaker: Et en fait, j'ai assisté à l'intervention des secours.
Speaker: J'ai été accompagnée par une médecin du SAMU qui est restée à mes côtés tout le temps que les pompiers se démenaient à essayer de sortir mon enfant du véhicule.
Speaker: Ils étaient nombreux et moi, je voyais la sueur perler sur leur front.
Speaker: Je les voyais vraiment faire un effort...
Speaker: monstrueux et évidemment pour des raisons de sécurité, ils m'ont interdit de m'approcher de Maïlie.
Speaker: Je resterai toujours traumatisée de cette vision, la seule vision que j'avais de ma fille, puisque je la distinguais au loin, je distinguais sa main.
Speaker: Perfusée, puisque la médecin du SAMU lui avait juste pu lui mettre une perfusion de morphine pour qu'elle ne souffre pas.
Speaker: Quand ma fille a pu être extirpée du véhicule, elle a tout de suite été prise en charge par la médecin du SAMU, les pompiers, etc.
Speaker: Et Mailly est partie très rapidement par voie terrestre.
Speaker: à l'hôpital au CHU de Bordeaux au service des chocages urgences adultes puisque Maïlie avait 14 ans mais elle avait un gabarit d'une personne adulte.
Speaker: Et donc pour nous a commencé de très longues heures d'attente.
Speaker: et de profond désarroi, sans savoir ce qu'il allait advenir de mon enfant, et en même temps une petite voix qui résonnait à l'intérieur de moi, où j'avais perçu que ma Maïlie, elle n'était plus là, même à ce moment-là, et sur les lieux de l'accident.
Speaker: Miley a été admise en service de réanimation chirurgicale et traumatologique de l'hôpital Pellegrin, le CHU de Bordeaux, qui se situe à peu près à une heure de mon domicile.
Speaker: Et je n'ai jamais quitté Miley pendant tout son séjour à l'hôpital.
Speaker: Le pronostic était très pessimiste, très engagé.
Speaker: Ma fille avait un important traumatisme crânien, un œdème cérébral qui faisait pression dans son cerveau et ça a été une lutte acharnée de par les médecins et ma fille également à lutter.
Speaker: pour pouvoir stabiliser cette pression intracrânienne.
Speaker: Maïlie a passé 13 jours dans le commun, dans ce service réanimation, et les médecins, malgré tous leurs efforts, n'ont jamais réussi à stabiliser la pression intracrânienne.
Speaker: Donc, elle a eu plusieurs interventions lourdes.
Speaker: Les médecins ont tout tenté pour la sauver et donc moi, j'étais présente à chaque instant.
Speaker: Et jusqu'au moment où, 13 jours après, on nous a annoncé que Miley ne pourrait pas se réveiller, que le cerveau n'était plus oxygéné et que pour elle, il s'agissait d'une mort encéphalique.
Speaker: Voilà, si je peux résumer ce qui s'est passé sur les lieux de l'accident.
Speaker: Excuse-moi si je peux faire une petite pause.
Speaker: Oui, je te laisse.
Speaker: J'ai des chiens qui m'embêtent.
Speaker: Excuse-moi.
Speaker: Il n'y a pas de souci.
Speaker: C'est très dur à entendre.
Speaker: Là, je les ai changés de côté, ça sera beaucoup mieux.
Speaker: C'est bon.
Speaker: Du coup, par rapport à tout ça, ce que je disais, c'est vraiment, je pense que pour tous les parents qui entendent tout ça, c'est très dur à entendre, et c'est même innommable et inimaginable.
Speaker: Et pour continuer sur le sujet, qu'est-ce qui t'a le plus marqué dans la façon dont l'accident a été traité finalement?
Speaker: Alors, parfois les mots n'existent pas, il faudrait que j'en crée de nouveau.
Speaker: Je peux m'estimer, je vais dire « chanceuse », mais avec des gros guillemets, parce que ce qu'on vit, ce n'est absolument pas une chance.
Speaker: Moi, je n'ai jamais quitté mon enfant à partir du moment où je l'ai trouvé sur les lieux du drame, jusqu'à son décès, jusqu'au don d'organes, j'en reparlerai après.
Speaker: Mais que ce soit les pompiers, les gendarmes, le SAMU, tous les interlocuteurs présents,
Speaker: le soir du drame, ils ont fait preuve d'un courage et d'un travail acharné, absolument qualitatif.
Speaker: Je ne suis pas médecin et je n'y connais rien, mais il y a des regards qui ne trompent pas.
Speaker: Il y a des gestes qui ne trompent pas non plus.
Speaker: J'avais des vrais professionnels en face de moi, mais j'avais avant tout des humains.
Speaker: Et j'ai toujours eu affaire à des humains.
Speaker: Quand nous sommes arrivés à l'hôpital, nous avons eu affaire à un médecin qui nous a fait perdre du diagnostic, donc le trauma crânien Glasgow 3 pour ceux qui connaîtront, mais ça veut dire que Miley n'avait plus aucune réponse visuelle, aucun stimuli.
Speaker: et qu'elle était inconsciente.
Speaker: Ce médecin a été un peu abrupt dans l'annonce du diagnostic parce que moi, ça a été un tel choc que je ne contrôlais plus mes émotions.
Speaker: C'est le seul qui a été abrupt.
Speaker: Tous les autres au service de réanimation...
Speaker: enfin comment dire, tous les médecins, les infirmiers qui ont pu œuvrer pour Miley.
Speaker: Et un service de réanimation, ce n'est pas une chambre d'hôpital classique, ce n'est pas l'hôpital tel qu'on le connaît quand on vient rendre visite à quelqu'un qui a subi une intervention.
Speaker: Un service de réanimation, il faut imaginer...
Speaker: Des patients qui sortent d'une zone de guerre.
Speaker: Maïli, c'était comme un attentat, ce qu'elle a subi.
Speaker: Moi, ce que j'ai ressenti sur les lieux du drame, c'était la même chose.
Speaker: Et donc, tous les patients n'ont pas de chambre individuelle.
Speaker: C'est une unité où il y a des boxes et donc nous entendons aussi ce qui se passe pour les autres patients.
Speaker: Et donc, c'est 13 jours d'immersion.
Speaker: Plus qu'en enfer, parce qu'au-delà du traumatisme de voir son enfant branché à de multiples tuyaux, reliés à des machines pour l'aider à respirer, manger, uriner, etc., Miley étant très pudique, j'ai eu beaucoup, beaucoup, beaucoup de mal à...
Speaker: à accepter qu'en plus de l'accident, elle subisse, pareil, intrusion quelque part dans son intimité, mais pour autant, c'était pour la sauver.
Speaker: Et souvent, je lui parlais, je lui disais « fais confiance au médecin, fais confiance au médecin ».
Speaker: Et malheureusement, les séquelles étaient trop importantes, mais nous, on a eu à faire tout son cursus à l'hôpital, que ce soit de la prise en charge sur les lieux de l'accident.
Speaker: Pour nous, famille de victimes, ou pour Maïli, jusqu'à l'accompagnement funéraire, nous sommes tombés sur des humains qui ont vraiment eu beaucoup de compassion pour ce que l'on vivait, beaucoup de bienveillance et...
Speaker: Et comment dire, ça nous a porté, ça ne nous a pas enlevé la tristesse, la colère, ça ne nous a pas enlevé l'injustice, mais j'ai pu entendre beaucoup d'autres témoignages de parents ayant vécu un drame similaire qui n'ont pas eu cette chance-là d'être accueillis par des humains et qui, encore aujourd'hui, peuvent être malmenés par tout un système.
Speaker: Voilà.
Speaker: Moi, ce que je peux dire, c'est que tout le monde s'est battu pour sauver mon enfant.
Speaker: Et tout le monde a partagé, même s'il faut le vivre pour vraiment comprendre ce que ça fait, mais était dans l'empathie, dans la profonde empathie avec moi.
Speaker: Et quelles sont les injustices que tu ressens encore aujourd'hui?
Speaker: Il y en a beaucoup.
Speaker: Je commencerai par l'injustice envers la vie.
Speaker: J'en veux beaucoup à la vie.
Speaker: Je n'ai pas de croyances particulières.
Speaker: Je suis très curieuse et respectueuse de toutes les croyances.
Speaker: Mais moi, la vie m'a privée de mon enfant.
Speaker: Et comment dire, j'en veux à la vie pour ça.
Speaker: Parce que Maïlie était loin de mériter une pareille chose.
Speaker: Personne ne mérite ce qu'elle a vécu.
Speaker: Personne ne mérite ce qu'on vit aujourd'hui.
Speaker: Et encore une fois, je reviens à ce que je disais tout à l'heure, perdre un enfant, ça n'a aucun sens.
Speaker: Maïlie était en parfaite santé.
Speaker: Maïlie était en train de se construire jeune fille, il y avait plein de projets.
Speaker: On n'est pas censé partir avant nos enfants.
Speaker: Je sais bien que la vie ne prévient pas et qu'on peut mourir à tout âge, mais...
Speaker: Mais il faut le vivre aussi pour vraiment se rendre compte de ça, je crois.
Speaker: Je m'en suis voulu de ne pas m'être préparée à cette hypothèse-là.
Speaker: Et puis, beaucoup de professionnels de santé mentale m'ont dit « Mais madame, on ne peut pas se préparer à ça.
Speaker: » On ne peut pas se préparer à ça.
Speaker: C'est impossible de vivre en ayant cette peur quotidienne.
Speaker: Donc, j'essaye d'apprendre à vivre avec ou vivre sans.
Speaker: Je ne sais pas.
Speaker: Souvent, je dis ça dépend de comment on se positionne.
Speaker: Comment dire?
Speaker: Les injustices, en plus de celles de la vie et celles-ci, il n'y aura jamais de réparation puisque ma fille ne reviendra jamais.
Speaker: Je dois dire comme ça.
Speaker: J'ai l'habitude de dire, c'est moi qui ai pris perpétuité finalement.
Speaker: On ne m'a pas donné le choix, je suis sans ma fille et ce sera pour le restant de ma vie.
Speaker: J'ai 37 ans, il me reste environ 40 ans à vivre comme ça.
Speaker: Je ne parle pas de vie, je parle de survie.
Speaker: Ça fait un an que je survis et je pense que je serai en mode survie pour le restant de ma vie.
Speaker: Et ça, c'est injuste aussi, parce que ce n'est pas juste une vie qu'on a prise, ce n'est pas juste la vie de ma fille, c'est la vie de toute une famille qui s'en retrouve particulièrement.
Speaker: dévastés, pulvérisés.
Speaker: Les conséquences sont grandes et vont au-delà de la maman, au-delà de la petite sœur.
Speaker: Les grands-parents sont touchés, les tantes, les cousins...
Speaker: Nous étions une famille unie, nous le sommes encore aujourd'hui dans le drame et dans cette épreuve, et heureusement, là aussi, j'ai beaucoup de chance d'être soutenue et d'avoir une famille aimante et compréhensible.
Speaker: C'est pas le cas de tout le monde.
Speaker: Si j'en suis là aujourd'hui, c'est aussi grâce à ça, mais quelque part, c'est injuste parce qu'eux aussi subissent.
Speaker: Ah, ce sont des co-victimes.
Speaker: Ceux qui restent, c'est aussi des victimes.
Speaker: Et souvent, et je vais parler de la justice, celle des lois, celle qui est censée appliquer les lois, et là aussi, il y a beaucoup d'injustice.
Speaker: Alors, je le savais aussi pour d'autres raisons auparavant, mais là, je débarque dans un monde...
Speaker: où en fait je me rends compte qu'aujourd'hui en France, on est en 2025, on peut tuer quelqu'un sur la route, on peut utiliser sa voiture, en faire une arme, parce que quand on conduit à une vitesse très excessive alcoolisée, le véhicule devient une arme, et j'insiste là-dessus.
Speaker: Et on peut s'en sortir et continuer de mener sa vie à peu près normalement.
Speaker: voilà et quand on compare à d'autres types de peines pour des pour du matériel
Speaker: eh bien, parfois, les peines sont bien plus élevées que pour une vie perdue dans le cadre d'un homicide routier.
Speaker: Et ça, c'est pas tout à fait logique pour moi, c'est injuste.
Speaker: Voilà, ça, ça reste une injustice.
Speaker: Mais les lois sont faites comme celle-ci, et je sais très bien que, à mon petit niveau, je n'aurai pas d'impact là-dessus, mais je trouve que c'est important quand même de le rappeler.
Speaker: beaucoup diront aussi oui mais quelle que soit la peine votre fille ne reviendra pas merci à ces gens qui pensent comme ça je le sais très bien mais on a besoin d'être reconnue moi j'ai besoin que ma fille soit reconnue telle la victime qu'elle a été qu'elle est
Speaker: victime d'une chauffarde, pas morte dans un accident, morte dans un homicide routier, suite à des comportements irresponsables et égoïstes d'une ou de plusieurs personnes qui étaient censées avoir la responsabilité de ma fille mineure et de son amie également mineure.
Speaker: Et ça c'est important pour moi de le rappeler parce que
Speaker: Nous, on va encore entendre parler d'homicide involontaire, même si la loi... Voilà.
Speaker: Elle a été actée, enterrinée le 1er juillet dernier par le Sénat.
Speaker: Maintenant, il faut que le président Emmanuel Macron...
Speaker: acte aussi la validation de cette loi pour qu'elle soit inscrite dans le code pénal.
Speaker: Mais tous les accidents qui sont arrivés avant le vote de cette loi ne seront pas concernés par ce qualificatif d'homicide routier.
Speaker: Il n'y a pas de rétroactivité, ça c'est la Constitution qui le prévoit, et ça je le comprends aussi tout à fait, même si c'est difficile pour moi d'accepter dans notre situation ce principe de non-rétroactivité.
Speaker: Ça va être très dur parce qu'au procès, on entendra encore homicide involontaire.
Speaker: Comment dire?
Speaker: Involontaire, pour moi, je parlais du poids des mots et du sens des mots qui sont très importants pour moi.
Speaker: Involontaire, c'est « j'ai pas fait exprès, c'est pas de ma faute ».
Speaker: Et je regrette, je militerai toujours pour ça.
Speaker: Et justice pour Maïlie, la page, elle existe aussi pour ça.
Speaker: Maïlie devient l'image de cette cause sur laquelle je souhaite communiquer, mais...
Speaker: oui effectivement je sais que cette personne ne s'est pas levée le matin ce matin là du 6 juillet puisque c'était dans la nuit du 6 au 7 juillet que le drama je sais très bien qu'elle ne s'est pas levée en se disant tiens ce soir je vais tuer deux gamines de 14 ans je suis quand même très lucide pour autant son attitude et ses choix ont tout fait
Speaker: pour que cette situation, ce drame arrive.
Speaker: Donc on ne peut pas dire que ce n'est pas de ma faute parce que personne ne l'a obligé à boire.
Speaker: On ne peut pas dire que c'est de ma faute parce que personne ne l'a obligé à conduire en gros excès de vitesse sur une route absolument pas adaptée.
Speaker: Avec deux mineurs à bord, donc ça j'insisterai toujours là-dessus, c'est très injuste d'entendre ce qualificatif involontaire parce que ce n'est pas la réalité, ce n'est pas ce qui s'est passé.
Speaker: C'est pas un accident.
Speaker: C'est pas... Bien sûr que je sais aussi que les accidents, ça peut arriver et que parfois ça arrive et que personne n'est vraiment fautif.
Speaker: Là, il y a une fautive.
Speaker: Il y a des fautifs qui n'ont pas porté assistance à mon enfant et son ami et qui auraient pu éviter que le drame ne se produise.
Speaker: Ça, c'est très injuste aussi.
Speaker: Ce que je peux dire aussi sur les injustices, c'est...
Speaker: Comment dire?
Speaker: Quand on est victime, co-victime, parent, dans le drame, en fait, on est assez seul.
Speaker: Même si j'ai quand même pas été trop mal... On n'a pas été trop mal accompagné parce qu'on a pu avoir une psychologue au sein de l'hôpital qui nous a quand même bien aidé.
Speaker: Également, ma petite fille, Aria, qui avait ses temps et demi au moment des faits et qui...
Speaker: qui avait vraiment besoin d'être accompagnée pour comprendre ce qui arrivait à sa sœur.
Speaker: Mais on est tout seul quand même.
Speaker: C'est-à-dire qu'on est choqué par ce que l'on a reçu comme diagnostic, par ce que l'on a vu sur les lieux du drame, etc.
Speaker: C'est comme si on était... C'est le traumatisme, ce sont les mécanismes du traumatisme.
Speaker: C'est comme si on se sentait spectateur un petit peu.
Speaker: Comme une dissociation.
Speaker: Oui, clairement, il y a une dissociation.
Speaker: Et en même temps, pour moi, il y a eu une forte nécessité, un fort besoin de rester très lucide pour comprendre tout ce qui se passait.
Speaker: Donc, je devais jongler en permanence entre la maman pulvérisée et l'adulte responsable qui se doit de comprendre ce qui se passe pour son enfant.
Speaker: C'était très particulier le switch permanent dans ma tête.
Speaker: Comment dire, si je n'avais pas eu ce passé professionnel, à savoir j'accompagnais, j'orientais les personnes dans le besoin en fonction de leurs problématiques, je crois que si je n'avais pas eu ce passif professionnel, je n'aurais pas été en capacité de m'orienter comme je l'ai fait aujourd'hui.
Speaker: depuis un an, et je crois que beaucoup de personnes, face au choc d'une telle importance, n'ont pas cette capacité à s'orienter et à activer les leviers qui leur permettraient d'être aidées.
Speaker: comment dire, la coupable, enfin la coupable qui ne l'est pas reconnue encore, mais l'a présumée, la chauffarde, appelons-la la chauffarde, elle a pu activer ses droits très vite.
Speaker: Une personne comme ça, quand...
Speaker: En tout cas, il y a une enquête qui se met en place autour d'elle et de ce qui s'est passé ce soir-là.
Speaker: Elle a pu avoir accès à un avocat très vite, elle a pu avoir accès à un médecin très vite, un psychologue, etc.
Speaker: Et puis, s'est mis en place toute une série de droits dans le cadre de l'enquête.
Speaker: Elle a été mise en examen, etc.
Speaker: Et moi, j'ai été très interpellée.
Speaker: Je ne suis pas la seule victime ou seule famille de victimes à le dénoncer.
Speaker: très interpellé que finalement, pour elle, il s'est passé plein de choses quand on avait l'impression que pour nous, il ne se passait rien.
Speaker: Nous sommes restés six, sept mois sans aucune information, aucune, sur ce qui se passait dans l'enquête vis-à-vis d'elle,
Speaker: Voilà, et ça, ça se rajoute à la peine d'avoir perdu mon enfant, quoi.
Speaker: On a l'impression d'être laissé pour compte, et puis si on ne nous dit pas « il faut que vous preniez un avocat »,
Speaker: Si on ne nous dit pas « vous pouvez être suivi par telle ou telle structure dans le cadre de votre deuil », etc., eh bien, il ne se passe rien et on est tout seul.
Speaker: Et ça, c'est très injuste aussi parce que finalement, c'est le monde à l'envers.
Speaker: Pourquoi la personne responsable d'un tel drame a droit à un accompagnement, à un avocat, etc., tout de suite?
Speaker: Et pourquoi nous, on n'est pas pris en charge par...
Speaker: par une structure X ou Y, il existe évidemment plein d'associations, et je citerai l'association Antoine Alenaud, que je remercie énormément, parce que c'est une des premières associations que j'ai contactées, et ils sont spécialisés dans l'accompagnement des victimes, des familles de victimes, de jeunes, d'enfants perdus, dont la vie a été fauchée sur la route aussi par des chauffards, et donc je me suis reconnue dans tous les témoignages et
Speaker: et toutes les publications qu'il pouvait faire.
Speaker: Et je remercie énormément les associations, et en même temps c'est très injuste, parce que les associations elles sont là pour pallier à une absence de l'État.
Speaker: Je suis désolée, s'occuper des victimes et des familles de victimes, étant donné que c'est un drame qui est arrivé sur la route, causé par quelqu'un qui n'a pas respecté le code de la route, l'État devrait...
Speaker: fournir une prise en charge bien plus importante aux victimes et aux familles de victimes.
Speaker: Je pensais que c'était le cas.
Speaker: Je l'apprends en même temps.
Speaker: C'est incroyable de savoir qu'il n'y a pas de prise en charge par l'État dans ce genre de situation.
Speaker: Non.
Speaker: Il y a une prise en charge, si on peut parler de prise en charge, pour ne pas quand même...
Speaker: dire n'importe quoi.
Speaker: Il y a la CAF, par le biais de l'État, qui octroie une allocation, qui vient en aide notamment pour les frais d'obsèques, etc.
Speaker: Mais encore une fois, ce n'est pas forcément systématique la mise en relation, en tout cas, et quand on est sous le choc et qu'on doit organiser aussi, j'y viendrai, tout ce qui est en lien avec le funéraire et les obsèques de son enfant, c'est
Speaker: C'est une autre injustice, c'est une autre peine.
Speaker: Ça vient se rajouter, donc c'est parfois pas évident d'activer les bons leviers.
Speaker: Et justement, tu as organisé une marche blanche pour Maëlie lundi, 17 juillet.
Speaker: Quel message porte-t-il à cette marche blanche?
Speaker: Alors, j'ai effectivement...
Speaker: organiser une marche blanche en hommage à Maïli le 7 juillet dernier, même si ce n'est pas la date officielle, je dirais en guillemets, du décès de Maïli.
Speaker: Officiellement, Maïli est décédée le 20 juillet dernier, donc bientôt dans un an.
Speaker: Le 7 juillet, c'est la date du drame et pour moi, comme je le disais tout à l'heure, j'ai senti dès cette nuit-là que même si Maïli survivrait, ça ne serait plus ma Maïli.
Speaker: Et je dis bien « Ma Maïlie, pour moi, je l'ai perdue le 7 juillet ».
Speaker: Donc pour moi, c'était symbolique de l'organiser le 7 juillet, et puis également, ça me permettait de transmettre des messages.
Speaker: Évidemment que l'objectif premier de cette marche, c'était de rendre hommage à Maïlie, de se réunir et beaucoup de personnes.
Speaker: On était environ 100 personnes, des amis, des professeurs, sa famille.
Speaker: On s'est réunis au sein de son collège dans un premier temps.
Speaker: L'idée, c'était vraiment d'être ensemble un an après le drame.
Speaker: Mais également pour moi, je voulais aller plus loin que l'hommage à ma fille.
Speaker: parce que je cherche toujours cette question du sens, et pour moi, transmettre certains messages au nom de Maïli et au nom des autres victimes, puisque Maïli est loin d'être la seule, et faire changer des mentalités, même si ces deux personnes qui ce jour-là ont été sensibilisées par ce que j'ai pu leur dire, eh bien j'estime que c'est quelque chose de positif et de gagné.
Speaker: Voilà pourquoi j'ai fait cette marche blanche et les messages que je souhaitais transmettre, c'était notamment à rappeler que ça n'arrive pas qu'aux autres.
Speaker: Oui, il faut le rappeler, même si on le sait au fond de soi, mais on a souvent tendance à se dire « c'est tellement horrible, tellement impensable, tellement tabou ».
Speaker: « Tabou », c'est j'allais le dire, c'est ça.
Speaker: « Le deuil d'un enfant, surtout dans des conditions brutales comme celle-ci »,
Speaker: eh bien, c'est tabou.
Speaker: Et donc, on n'est pas préparé à ça, mais pour autant, ça n'arrive pas qu'aux autres.
Speaker: Et un jour, l'autre, c'est vous, c'est moi, c'est toi, c'est mon enfant, c'est ton enfant, c'est ton frère.
Speaker: Et ça, il faut vraiment que les gens arrivent à l'acter parce que les comportements routiers doivent changer, parce que Maëline n'est pas la seule à avoir subi...
Speaker: La délinquance routière.
Speaker: Je parlerai aussi de Chloé, son amie, qui certes a survécu, mais qui aujourd'hui doit vivre et se construire toute sa vie avec un traumatisme...
Speaker: et monstrueux, et ça je souhaite qu'on n'oublie pas Chloé.
Speaker: J'ai voulu effectivement rappeler que la loi pour l'homicide routier est passée et que c'est une victoire pour toutes les futures victimes, et que j'espère qu'aujourd'hui beaucoup de gens prendront conscience que, je le redis, qu'une voiture peut se transformer en arme selon comment on l'utilise.
Speaker: et que ce n'est pas juste des radars, des PV, l'État qui veut remplir ses caisses ou tout ce qu'on peut penser.
Speaker: Je crois que s'il existe un code de la route et une réglementation, ce n'est pas pour rien.
Speaker: On n'est pas tout seul sur la route.
Speaker: Donc je le répéterai, on le dit depuis longtemps, mais si on consomme de l'alcool, on évite de conduire.
Speaker: Tout à fait.
Speaker: on se fait ramener, on dort sur les lieux, on trouve tout un tas de solutions, mais pour moi, c'est important de le redire, même si on en parle depuis plus de 20 ans maintenant.
Speaker: C'était aussi l'occasion pour moi de parler de qui était Miley comme j'ai pu le faire un petit peu tout à l'heure pour se rappeler d'elle de façon positive et aujourd'hui ses amis sont nombreux encore à penser à elle et à me contacter très régulièrement et je les en remercie d'être encore autant investie pour Miley et dans cette cause qui est devenue la nôtre à tous.
Speaker: C'était également l'occasion pour moi de remercier et de rendre hommage, oui, de remercier ma fille pour ce geste d'une générosité absolue dont elle a fait preuve, généreuse jusqu'au bout.
Speaker: J'ai souhaité que ma fille puisse donner ses organes.
Speaker: Tu vois que c'est tellement d'organes.
Speaker: Pour sauver des vieilles.
Speaker: Est-ce que tu souhaites en parler, justement?
Speaker: Oui, parce que pour moi, c'est important aussi de militer pour cette cause.
Speaker: Je pense qu'aujourd'hui, je n'ai pas suffisamment d'énergie pour en faire quelque chose de concret, créer une association, faire des interventions, etc.
Speaker: Mais c'est vraiment quelque chose que je projette et ça fait partie des questions prochaines.
Speaker: je détaillerai tout à l'heure, mais comment dire, le don d'organes reste une thématique incontournable qui nous concerne aussi tous et dont on ne parle pas assez et pas assez tôt.
Speaker: Et du coup, on se retrouve démuni à faire des choix sans savoir et on se retrouve après l'annonce
Speaker: du décès de mon enfant, à devoir prendre ces décisions-là et en les prenant sans réellement savoir ce qu'elle en pensait elle.
Speaker: C'était difficile parce que finalement j'ai pris la décision que Maïlie donne ses organes parce que pour moi, je le redis, sa mort n'avait aucun sens et c'était le seul sens que je pouvais donner à sa vie
Speaker: parce que je me suis demandé à quoi aura servi sa vie, si ce n'est à me rendre la plus heureuse des mamans.
Speaker: Sa vie, elle aura servi à ça, à sauver d'autres vies.
Speaker: Et je crois, connaissant mon enfant, et tel qu'on me l'a décrit, tel que ses professeurs me l'ont décrite, ses amis me l'ont décrite, je crois que Maïli aurait vraiment beaucoup aimé...
Speaker: cette idée d'avoir sauvé des vies, et notamment des enfants.
Speaker: Maïlie a pu sauver quatre personnes.
Speaker: Elle a donné son foie et elle a donné ses reins.
Speaker: Elle a également donné son cœur.
Speaker: Principalement pour des enfants ou des personnes jeunes.
Speaker: La loi ne permet pas aujourd'hui de connaître les receveurs, ni de savoir qu'elles agisent, etc.,
Speaker: Mais on peut savoir comment vont les greffons.
Speaker: C'est difficile de le présenter comme ça, mais en tous les cas, les receveurs peuvent écrire une lettre pour remercier en restant anonyme, et moi aussi, je peux m'adresser à eux si je le souhaite.
Speaker: Et ça, c'est vraiment, je parlerai aussi de l'accompagnement extraordinaire dont on a bénéficié au CHU de Pellegrin.
Speaker: Il y a un service dédié aux dons d'organes, un centre de coordination de prélèvement de tissus et de dons d'organes.
Speaker: Et là aussi, on a des infirmiers, on a des médecins, on a même du personnel administratif.
Speaker: Ils sont tous, en tout cas pour ce que j'ai pu ressentir et
Speaker: Ils sont tous extraordinaires parce que c'est jamais facile et que dans cette démarche, nous avons été extrêmement bien accompagnés de façon très humaine.
Speaker: Et ma fille a été énormément remerciée pour son geste et on a pris soin d'elle énormément dans l'intervention.
Speaker: Et je n'ai aucun doute là-dessus parce que j'ai pu les accompagner.
Speaker: Alors pas au bloc, évidemment, mais jusqu'à la porte du bloc et
Speaker: Encore une fois, j'avais des humains avant d'avoir des professionnels, de bons professionnels, mais aussi de personnes très humaines, et les regards ne trompent pas.
Speaker: Et je sais que ma fille et ses organes ont été extrêmement bien en charge.
Speaker: La loi, aujourd'hui, elle fait de nous des donneurs, systématiquement.
Speaker: Si on décède et que l'on ne se positionne pas sur un refus,
Speaker: on est donneur d'organes immédiatement.
Speaker: On peut s'y opposer, il existe une plateforme sur laquelle on peut s'inscrire pour refuser d'être donneur ou bien refuser de donner tel ou tel organe.
Speaker: C'est une décision qui est tellement personnelle qu'elle ne se discute pas et
Speaker: Et si j'avais refusé ou si Maïli s'était inscrite sur cette plateforme, parce que les jeunes peuvent le faire à partir de 13 ans, et donc moi j'ai donné mon accord, mais ils se sont aussi assurés via cette plateforme que Maïli n'était pas opposée au don d'organes.
Speaker: Et donc suite à ça, quand toutes ces vérifications sont faites, ça va très très vite, et ça pour nous ça a été deux jours de plus à l'hôpital, même après...
Speaker: L'annonce terrible qu'on a eu à subir qui est la mort de notre enfant, mais ça a donné du sens.
Speaker: Ça n'a pas apaisé ma douleur, qui sera toujours très très vive.
Speaker: Ça n'a pas apaisé l'injustice de la vie, mais ça a donné un peu de sens à sa vie, à elle, pour moi.
Speaker: Et voilà pourquoi j'ai aussi organisé cette marche blanche, c'était pour que l'on pense aussi à Maïli, un être d'une absolue générosité jusqu'au bout, quoi.
Speaker: Merci, ça représente bien.
Speaker: Et après aussi, dans l'importance de pouvoir en parler à tout âge, parce que même les enfants, Aria, 8 ans aujourd'hui, se retrouve embarquée dans des...
Speaker: dans des thématiques qui sont lourdes, et on essaye de la préserver au maximum de tout ça, pour qu'elle vive sa vie de petite fille autant qu'elle pourra.
Speaker: Ça reste très compliqué pour Aria, mais Aria m'a énormément surprise, parce que
Speaker: Il y a peu de temps, fin juin, c'était la journée nationale de sensibilisation aux dons d'organes et nous avons participé à une action, ce n'était pas prévu.
Speaker: Et en fait, il y avait une association qui s'appelle France Adote.
Speaker: Donc cette association, elle est là pour faire principalement de la sensibilisation et l'accompagnement des receveurs ou des donneurs.
Speaker: Et il parlait de cartes d'ambassadeurs pour pouvoir parler du don d'organes auprès de ses proches.
Speaker: Maria, 8 ans, du haut de ses 8 ans, me dit « mais moi je suis trop petite pour être une ambassadrice ».
Speaker: Et donc on va essayer de lui faire comprendre que non, elle pouvait aussi être une ambassadrice.
Speaker: Alors oui, à 8 ans, c'est peut-être particulier de parler de don d'organes, mais finalement je crois que si on explique les choses simplement aux enfants,
Speaker: Au début, Aria a été un petit peu inquiète de savoir ça, mais finalement, elle s'est rendue compte qu'elle avait sauvé des vies.
Speaker: Et Aria a dit « Alors, si c'est pour sauver des enfants, oui, je suis d'accord ».
Speaker: Voilà, et ça, c'est important de le savoir, parce que ça évite pour les parents une double peine, une triple peine de se dire « je fais un choix parce que c'est mes convictions, mais finalement, quelles étaient les convictions de Maïlie à 14 ans?
Speaker: » C'est difficile en construction, et donc on fait des déductions par rapport à un profil généreux qui était là depuis longtemps, et on se dit que c'est ce qu'elle aurait voulu.
Speaker: Mais c'est important d'en être sûr, je crois, et ça peut arriver n'importe quand, et
Speaker: Et moi, si j'avais pu être dans la situation opposée avec un enfant, une de mes filles très malade, dialysée par exemple quotidiennement parce que ses reins ne fonctionnent plus, si j'avais pu recevoir ce cadeau, évidemment que c'est un geste... C'est inestimable.
Speaker: C'est inestimable et...
Speaker: Et je me suis imaginée à la place de ces familles et ça avait du sens pour moi.
Speaker: C'est magnifique, Néa.
Speaker: Et je vais rebondir par rapport à ça, puisque tu en parlais.
Speaker: Tu vis avec un syndrome de stress post-traumatique assez complexe.
Speaker: Et qu'a-t-il changé dans ta façon de vivre avec ce deuil?
Speaker: C'est comment dire, alors comme je l'expliquais au début, le stress post-traumatique complexe était là, diagnostiqué avant le décès de mon enfant, mais j'étais en pleine phase.
Speaker: Moi, ça fait maintenant deux ans que je suis suivie par une psychologue qui me propose des séances de MDR.
Speaker: Alors, je ne sais pas si tu en as déjà entendu parler, mais c'est vraiment une thérapie spécifique à la prise en charge du traumatisme, donc complètement adaptée à ma problématique.
Speaker: Et donc, au moment du drame, donc juillet dernier, j'étais dans une phase où j'allais beaucoup mieux.
Speaker: J'étais sortie de mon burn-out et donc j'avais repris tout juste une activité professionnelle en tant que pilote de Montgolfière.
Speaker: Et donc, j'ai pu exercer un mois dans cette branche-là et puis l'accident est arrivé.
Speaker: Donc, tout s'est cassé la figure et donc le syndrome de stress post-traumatique a pris une ampleur folle.
Speaker: Aujourd'hui, même si je continue le suivi régulier en EMDR, j'ai des revivissances, des images qui sont quand même encore très présentes à la vue de certaines choses ou à l'évocation de certains sujets.
Speaker: Comment dire?
Speaker: Ça peut être une odeur, ça peut être un son.
Speaker: L'exemple des sirènes, pardon,
Speaker: d'ambulance ou bien de voitures de gendarmerie, ça ce sont les gyrophards.
Speaker: C'est comme ça que je me suis orientée en pleine nuit pour trouver mon enfant sur les lieux du drame.
Speaker: Et ça reste des choses qui sont très perturbantes parce que ça réactive immédiatement le trauma et quand ça réactive le trauma, s'ensuit...
Speaker: s'en suit des réactions émotionnelles, des réactions physiques, de très forte angoisse, comme si j'y étais.
Speaker: On parle souvent de, pour comparer, parce qu'on a souvent présenté le stress post-traumatique, et on en parle beaucoup plus depuis les attentats,
Speaker: depuis le Bataclan.
Speaker: Et on en parle aussi beaucoup pour les militaires qui reviennent de la guerre.
Speaker: Clairement, moi, je n'ai pas vécu ni un attentat, ni une scène de guerre, mais c'est exactement le même mécanisme qui s'est instauré en moi.
Speaker: Et je ne suis pas à l'abri de faire une crise de panique parce que quelque chose va...
Speaker: va me rappeler ce que j'ai vécu à ce moment-là.
Speaker: Par exemple, le véhicule, je ne sais pas si on peut citer la marque, et donc du coup, je ne préciserai pas la marque, mais je dirais de marque allemande, le véhicule que conduisait la chauffarde.
Speaker: Ce logo, je ne peux plus le voir aujourd'hui, c'est un objectif tout de suite.
Speaker: comment dire ça m'empêche de ça me fatigue énormément parce que je suis sans arrêt en train de contenir ce trop plein d'émotions et je suis en hyper vigilance tout le temps et évidemment que maintenant j'ai peur que la vie me prenne aussi ma deuxième fille donc ça ça fait partie de moi tout le temps j'essaye de pas le reporter sur Aria donc c'est du contrôle aussi
Speaker: Et donc, je suis fatiguée tout le temps parce que ça me demande une consommation d'énergie de dingue, en fait, pour rester dans le contrôle.
Speaker: Donc la fatigue, elle est quotidienne et elle est physique parce que j'ai des douleurs de droite et de gauche à cause des tensions nerveuses et musculaires.
Speaker: Il y a des choses que je ne peux plus faire du tout, aller dans un centre commercial blindé de monde, c'est très compliqué.
Speaker: Récemment, on a été invité par le biais de l'association Aleno à un concert.
Speaker: Alors, Aria adorait la chanteuse, donc j'ai pris sur moi.
Speaker: Elle avait le droit à un moment pour elle aussi.
Speaker: Mais ça reste très compliqué parce que le bruit...
Speaker: En service de réanimation, il y avait tout le temps du bruit, tout le temps des bip-bip, tout le temps des stimuli et des lumières, des équipements bruyants, lumineux.
Speaker: C'est aujourd'hui des choses que j'ai beaucoup de mal à vivre bien.
Speaker: Je suis sous traitement pour pouvoir dépasser quand je n'ai pas le choix que de me retrouver dans des situations de ce type.
Speaker: J'ai été hospitalisée également pour ça, pour le stress post-traumatique, mais aussi pour ce qui en a découlé.
Speaker: J'essaye aujourd'hui, et ça prendra du temps, mais de...
Speaker: de survivre, et je le disais tout à l'heure, parce que ça en est découlé une dépression très importante.
Speaker: Alors, deuil, stress post-traumatique, tout ça se mélange et a fini par me faire complètement craquer au passage à 2025.
Speaker: En fait...
Speaker: Le 1er janvier 2025 a été très compliqué pour moi parce que j'ai réalisé que moi, j'étais en 2025, mais Mylie resterait éternellement en 2024.
Speaker: Ça, ça a été difficile et donc j'ai sombré à ce moment-là et j'ai été obligée de prendre la décision de me faire aider en étant hospitalisée.
Speaker: Et j'y suis restée un mois et ça a été très bénéfique, en tout cas pour restabiliser un peu sur le plan émotionnel et adapter mon traitement.
Speaker: Donc aujourd'hui, je suis sous traitement, je prends des antidépresseurs et par moments...
Speaker: de quoi apaiser les angoisses, mais ça ne peut pas être certaines molécules parce qu'elles ne sont pas adaptées avec le trauma.
Speaker: Enfin, voilà, on essaye de jongler vraiment et je sais que je serai dépendante de ces traitements-là pendant encore très très longtemps et peut-être pendant le restant de ma vie, si je peux, si je veux vivre en société, si je puis dire.
Speaker: Du coup, ça répond un petit peu à ma question, mais...
Speaker: Comment vis-tu le deuil, finalement, et qu'est-ce que tu aurais aimé qu'on te dise ou qu'on comprenne?
Speaker: Alors, moi, je me suis blindée parce que je savais que les gens pouvaient être maladroits dans leurs mots.
Speaker: Et je savais que, de toute façon, aucun mot ne pourrait apaiser aucune parole, aucun geste, aucun rien ne pourrait apaiser ce trou béant que j'ai dans mes entrailles.
Speaker: Donc, en fait, j'ai accepté toutes les paroles des gens, de mes proches, de mes moins proches.
Speaker: J'ai tout accepté parce que même s'il pouvait y avoir certaines maladresses, comme certains qui ont pu me demander si j'avais repris le travail quelques jours après, ça part d'un bon... Je veux dire, il y a...
Speaker: Il y a une volonté de bienveillance derrière et on ne peut pas empêcher les gens d'être maladroits.
Speaker: Mais souvent, les personnes me disent « je ne sais pas quoi te dire ».
Speaker: Et moi, je réponds « il n'y a rien à dire ».
Speaker: Je crois qu'il n'y a pas de mots.
Speaker: Il n'y a pas de mots.
Speaker: Et la douleur, pour la comprendre, il faut être parent ou avoir perdu un enfant.
Speaker: Et pour moi, ça sera toujours très compliqué d'expliquer ce que je ressens émotionnellement et physiquement parlant.
Speaker: C'est viscéral.
Speaker: Ça vient des entrailles et ça sera toujours présent.
Speaker: Et donc, je crois que beaucoup ont su accueillir ça et on n'empêche pas les maladresses, mais moi, je me suis toujours mise à distance de ça.
Speaker: Et j'ai toujours voulu voir le bon et la bienveillance dans ceux qui avaient une parole pour moi et une pensée pour Miley.
Speaker: Moi, ce qui m'importe, c'est que les gens n'oublient pas Miley.
Speaker: Donc, si on vient me parler d'elle ou qu'on me demande comment je vais, même si c'est difficile de répondre à cette question, j'y réponds.
Speaker: Et qu'est-ce qui t'aide à tenir à continuer malgré tout cela?
Speaker: Alors, bien malgré elle, celle qui m'aide à tenir sur tous ces arias, ma deuxième fille.
Speaker: J'ai dit bien malgré elle parce qu'elle est devenue mon moteur.
Speaker: Ça me dérange un peu parce que du haut de ses 8 ans, c'est quand même très très lourd à porter pour une petite fille d'être le moteur de sa maman.
Speaker: Donc j'essaye de ne pas trop lui montrer ou lui faire comprendre, mais je le dis très clairement sans Aria, il y a longtemps que j'aurais rejoint Maïlie, parce que ma place est auprès de mes filles, et qu'aujourd'hui j'en ai une ici, et une autre je ne sais où, s'il existe un je ne sais quoi où elle pourrait être, et que je me retrouve tiraillée.
Speaker: Tu as deux filles.
Speaker: Oui, deux filles, et ma place est auprès de mes filles.
Speaker: Tu as toujours deux filles.
Speaker: Oui.
Speaker: C'est ça.
Speaker: Donc, Aria, c'est vraiment mon moteur principal.
Speaker: Mais il y a d'autres choses que j'ai pu mettre en place avec le temps.
Speaker: Déjà, honorer la promesse que j'ai faite à Maïli, la dernière promesse.
Speaker: Alors, elle était inconsciente, mais voilà, c'est les derniers mots que j'ai pu lui prononcer.
Speaker: « Je tiendrai parole et promesses, je ferai tout pour que justice soit rendue à ma fille ».
Speaker: Et ça, ça me maintient aussi énormément, et cette cause et ce côté militant, en tout cas, faire quelque chose de ce drame, faire de la prévention, sensibiliser, et c'est ce que je fais un peu aujourd'hui aussi au travers de mon témoignage,
Speaker: Je sens que ça a du sens pour moi, c'est juste qu'aujourd'hui je suis trop fragile émotionnellement pour le faire quotidiennement ou en tout cas envisager d'en faire quelque chose professionnellement parlant.
Speaker: Mais en tout cas ça m'aide à tenir parce qu'il y a une petite projection de quelque chose.
Speaker: Ça, ça fait vraiment quelques semaines que je suis en capacité de parler et de me projeter comme ça, puisque la capacité de me projeter, je l'avais perdue pendant des mois et des mois.
Speaker: Je n'arrivais pas à envisager dans six mois, dans trois ans, dans quoi que ce soit.
Speaker: C'était impossible pour moi, sans MyLie.
Speaker: Aujourd'hui, je sens qu'avec le suivi, le traitement, etc., ça...
Speaker: Ça chemine un petit peu.
Speaker: Ça ne veut pas dire que ça sera guéri, mais ça chemine.
Speaker: Et du coup, ça chemine à tel point que j'ai ressenti le besoin dernièrement de faire quelque chose de mes mains,
Speaker: Je n'ai jamais été vraiment manuelle.
Speaker: Et puis, en fait, un jour, je me suis décrite comme une assiette brisée, cassée en mille morceaux et dont on ne peut pas recoller les morceaux tellement il y en a et tellement certains sont en poudre.
Speaker: Et en fait, j'expliquais... J'aime beaucoup utiliser les images pour essayer de décrire un peu ce qui se passe à l'intérieur de moi.
Speaker: Et en fait, cette image, elle a...
Speaker: Le fait de le dire et de m'entendre le dire, ça a généré un déclic et j'ai pensé à faire quelque chose avec des assiettes cassées.
Speaker: Et donc, je suis devenue petite créatrice de bijoux à mon niveau.
Speaker: Alors, je fais ça vraiment pour moi, je ne commercialise rien pour le moment, mais j'ai tellement de bons retours que je...
Speaker: je me dis que peut-être il y a quelque chose à faire de ce côté-là aussi.
Speaker: Et en fait, l'idée, c'est vraiment de redonner vie.
Speaker: Et ça, ça a du sens pour moi.
Speaker: Redonner vie à des objets anciens, brisés, destinés à la poubelle ou complètement oubliés au fond d'un tiroir.
Speaker: Et ça, c'est un peu moi.
Speaker: Et j'essaye de faire quelque chose, des fragments de...
Speaker: Et donc, c'est les fragments d'assiettes que je taille, que je sculpte pour en faire des bijoux, des boucles d'oreilles, des bagues, etc.
Speaker: Et donc, j'ai appelé cette activité-là la fabrique à reliques.
Speaker: Et cette fabrique à reliques, en fait, pour moi, la relique, c'est un objet précieux, quelque chose de...
Speaker: spirituel mais pas forcément que spirituel c'est quelque chose de précieux de brillant de cher à notre coeur et la vaisselle ancienne aussi peut être chère au coeur de beaucoup de personnes parce que c'est des repas de famille c'est des souvenirs inoubliables et
Speaker: et le fait de les porter sur soi, fabriquer des reliques avec quelque chose d'ancien, l'assiette ancienne, c'est upcycler, c'est bon pour la planète aussi, et ça, ça touche à mes valeurs.
Speaker: Et puis ça a tellement de sens.
Speaker: Et en fait, je me suis lancée là-dedans sans jamais avoir touché un outil...
Speaker: Une perceuse, etc.
Speaker: Et puis au début, je me disais « mais tu ne vas pas être capable ».
Speaker: Et puis finalement, si.
Speaker: Et je me rends compte que la matière, la porcelaine ou la faïence, m'apportent beaucoup de réconfort parce que quand je crée, je ne pense plus à rien.
Speaker: Ça ne veut pas dire que j'oublie Miley ou mes combats.
Speaker: Non, mais comme une forme d'art-thérapie, j'imagine.
Speaker: Exactement, tout à fait.
Speaker: Aria fait de l'art-thérapie d'ailleurs, ça fait partie des thérapies qu'on a mises en place pour elle.
Speaker: Aria s'exprime énormément par le biais de l'art et moi c'est venu comme ça, avec cette image, la façon dont je me suis décrite et aujourd'hui j'ai beaucoup de gentils retours de personnes qui trouvent que c'est très joli, c'est très chouette, c'est une belle idée et
Speaker: Je crois que je ne suis pas la seule à faire ça.
Speaker: Du coup, je me suis renseignée parce que j'ai découvert d'autres créatrices qui utilisent aussi la porcelaine, la faïence pour créer des bijoux.
Speaker: Et on n'est pas beaucoup, par contre.
Speaker: Je trouve que c'est assez.
Speaker: Moi, je suis allée voir la page un petit peu.
Speaker: D'ailleurs, j'ai vu ça sur Insta.
Speaker: Donc, la fabrique à reliques, pour ceux qui veulent aller jeter un œil.
Speaker: Voilà.
Speaker: Merci.
Speaker: Je trouve ça vraiment très beau, au passage.
Speaker: Merci.
Speaker: Et puis quelle belle lumière.
Speaker: Est-ce que tu as un message à faire passer aux autres parents, à la justice, aux politiques ou au public?
Speaker: Alors, je vais englober un petit peu tout le monde, parce que finalement, qu'on soit...
Speaker: dans le monde de la justice, du politique, de la médecine, ça peut toucher tout le monde.
Speaker: L'homicide routier peut toucher tout le monde.
Speaker: Personne n'est à l'abri.
Speaker: Ce que je peux dire aux parents plus précisément, mais on le dit, on le sait, mais profitez de chaque instant avec les enfants parce qu'on se dit qu'on a le temps, mais en fait, la vie, à tout moment, peut décider...
Speaker: de nous prendre un de nos proches et donc il faut chérir tous les moments.
Speaker: L'adolescence c'est une période pas facile du tout.
Speaker: Nous avons traversé quelques tempêtes avec Miley et puis c'était devenu bien plus stable depuis quelques mois avant son décès.
Speaker: Mais chérisser tous les moments et même les disputes
Speaker: Tous les moments sont bons et finalement, c'est les petits gestes du quotidien et les petites choses du quotidien qui manquent le plus.
Speaker: Donc, chérissez vos enfants et protégez vos enfants parce qu'aujourd'hui, on vit dans un monde où quand même les enfants sont très vulnérables pour différentes raisons, pas que pour la délinquance routière.
Speaker: Donc, attention à vos enfants, on ne le dit jamais assez.
Speaker: Ce que je peux dire quand même et rappeler aussi aux parents, aux politiques, à tout le monde, c'est que quand même en 2024, c'est 3432 personnes qui sont décédées sur les routes, c'est énorme.
Speaker: C'est environ 700 jeunes de moins de 25 ans.
Speaker: Et rien qu'en mai 2025, c'est 51 jeunes de moins de 24 ans qui sont morts sur les routes.
Speaker: On tue nos jeunes sur les routes françaises.
Speaker: C'est quand même inquiétant pour l'avenir du pays et de nous tous.
Speaker: Donc, s'il y a un code de la route, ce n'est pas pour rien.
Speaker: Et ça n'arrive pas qu'aux autres, je le redis.
Speaker: Donc, vous n'êtes pas seuls sur la route.
Speaker: Même si vous pensez que vous avez juste bu un petit coup de trop et que vous rentrez paisiblement chez vous sans excès de vitesse, dites-vous qu'il peut toujours y avoir quelqu'un sur la route.
Speaker: J'aimerais que la justice puisse reconnaître mieux les victimes, qu'il y ait une meilleure reconnaissance des victimes et des familles de victimes, qu'elles soient reconnues en tant que telles et que les peines soient appliquées.
Speaker: Les peines prévues par la loi existent, mais elles sont rarement ou trop rarement appliquées, à mon sens.
Speaker: Aujourd'hui, on peut tuer quelqu'un et continuer sa vie normalement sans faire de prison, etc.
Speaker: Alors que les peines prévues par la loi prévoient des peines d'emprisonnement, etc.
Speaker: Donc, évidemment que la prison ne ramènera pas mon enfant, mais je crois que si les peines étaient plus souvent appliquées, peut-être que le message auprès des usagers de la route serait peut-être plus percutant.
Speaker: j'imagine.
Speaker: Voilà.
Speaker: Et aussi, à tout le monde, vis-à-vis du don d'organe,
Speaker: parlez-en, parlez-en et positionnez-vous et ça restera votre décision et on n'obligera personne à donner ses organes si elle ne le souhaite pas.
Speaker: Mais c'est important de vous positionner auprès de vos proches et éviter de faire de ce sujet un sujet trop tabou parce que quand on se retrouve confiante à faire des choix, c'est terrible.
Speaker: Voilà ce que je peux dire.
Speaker: Surtout ce que je peux dire c'est que Miley n'a pas eu la chance de se faire connaître au monde et c'est devenu maintenant ma mission qu'elle soit connue.
Speaker: par le monde, notamment au travers de son geste lié aux dents d'organes, mais également parce qu'elle a subi la bêtise humaine et que l'irresponsabilité, l'égoïsme, et je crois que ça relève de chacun que de changer son mode de fonctionnement, et notamment sur la route.
Speaker: Oui, exactement.
Speaker: Je t'en remercie, Aurélie.
Speaker: Et si tu avais un dernier message à adresser directement à Maïlie, que lui dirais-tu?
Speaker: Je lui dirai « je t'aime », mais même si je suis perdue dans mes croyances, je lui dis tous les jours.
Speaker: Je lui dirai que, certes, je suis pulvérisée, qu'il y a une hémorragie dans mon cœur qui ne sera jamais soignée, mais la seule chose qui reste intacte de moi, c'est l'amour que j'ai pour elle, et de ce que je peux constater, pour l'expérimenter, depuis un an,
Speaker: c'est que l'amour est bien plus fort que la mort et que je continuerai d'aimer je continuerai de t'aimer ma fille je te l'avais dit tu peux faire ce que tu veux de toute façon je t'aimerai toujours et c'est réellement c'est réellement ça je suis comme ces assiettes complètement en mille morceaux mais malgré tout mon amour pour ma fille il est toujours intact et je m'accroche à ça merci énormément Aurélie
Speaker: Merci pour ton courage, pour ta vérité, pour ton amour immense.
Speaker: Je suis un peu émue, je suis désolée.
Speaker: Merci d'avoir posé ta voix ici.
Speaker: Elle restera, elle comptera.
Speaker: À vous qui écoutez, ce que vous venez d'entendre n'est pas une exception.
Speaker: C'est malheureusement un exemple parmi tant d'autres de ce que vivent des familles qui ont les seules face à la justice.
Speaker: Si vous avez été touché par ce témoignage, par l'histoire de Miles,
Speaker: Soutenez Aurélie.
Speaker: Partagez sa voix.
Speaker: Faites du bruit pour ceux qu'on veut faire taire.
Speaker: Pour Maïlie.
Speaker: Pour les autres.
Speaker: Pour que justice rime enfin avec vérité.
Speaker: Je vous remercie pour votre écoute.
Speaker: Je vous dis à bientôt dans un prochain épisode de Je te vois.
Speaker: Et d'ici là, prenez soin de ce qui ne se vaut pas.
Speaker: Et Aurélie, je te remercie infiniment pour ton témoignage.
Speaker: Merci beaucoup à toi aussi.
Speaker: A bientôt.
Speaker: Je t'embrasse très très fort.
Speaker: Prends soin de toi.
Speaker: Merci.
